Archives de catégorie : psychanalyse

theories freudienne et lacanienne. concepts-clé. application clinique et réflexion sur le malaise et les symptômes actuels.

Ruines et Lumière

« La lucidité est la blessure la plus proche du soleil » René Char

aout 2015 © evah5

 Dans les rues de Paris, je suis tombée plusieurs fois, récemment, sur une affiche qui disait à peu près ceci : si vous deviez mettre un mot pour dire ce que représente Paris pour vous quel serait-il ? / Chaque fois c’est « tension » qui est venu dans mon esprit.

« Tension » bien sûr joue avec sa polysémie : libido, moment d’avant l’extase, l’acmé de jouissance ; son envers : guerre, conflit, là où ça va péter et… ça pète partout.

Oui ça pète partout. La guerre ? Mais quelle guerre ? Il y a une guerre ? Une guerre ? Des guerres ? Les petits, les opprimés, contre les forts, les riches, les nantis? Au bout de la pique ? Les honnêtes gens contre les fourbes et voyous? Non, pas vraiment, ce n’est pas cela. C’est plutôt une tension palpable à chaque pas, presque à chaque échange, ici là ; une exaspération, une exacerbation, que l’on sent avec les autres, dans la rue, pour la moindre chose ; comme une suspicion paranoïaque, une certitude d’être visé, sans cesse, que ce qui est dit s’adresse à moi, que l’autre m’en veut déjà au fond d’exister. Une sur-interprétation permanente de tout, la jouissance médiatique en boucle aux premières loges…

Une fiction ? Hélas non ? Une « hainimosité » récurrente, montante déclenchée dès l’abord (j’ai déjà dit ça il y a longtemps avant l’avènement du précédent Président qui en a usé et abusé pendant sa campagne, du temps déjà de Chirac déjà) ; l’autre jouit plus que moi, il a plus, c’est sûr, il s’en sort mieux, c’est sûr il…ne l’emportera pas au paradis. Là où devrait venir une curiosité de l’autre.

Le paradis et son double : l’enfer. Les martyrs au premier plan, « sans pitié et sans crainte »[i] les fous allumés, les fous d’un dieu sanguinaire, les herméneutiques délirantes d’une religion qui sait pourtant être humaniste et civilisatrice. Ailleurs, pas si loin, les couteaux et les bébés brûlés vifs, par ceux-là que les « paisibles » acteurs de « Plomb durci » au pouvoir aiment tant qu’ils les ont nourris et ont encouragé leurs cerveaux paranoïaques. En plus soft, on a ici même notre #MPT plus soft, encore que.. dans les bas-fonds de ce que peut-être on ignore…Ailleurs l’Afrique, le faux Islam meurtrier, les femmes, les jeunes filles en première ligne, viol, mort.. L’Amérique et ses racistes partisans, ces tea-timer bibliques…Le Sud et ses faux révolutionnaires, marchands de coke, celle-là que l’on aime tant par ici. Enfin, tout partout un monde de feux et d’explosions, de haine, de ségrégation[ii]. Croyance, religion-illusion (S.Freud), la seule, la vraie, qui ne trompe pas et qui peut envahir l’univers, et réclamer la dette.. le prix pour chaque vie impie.. Mais Le Réel ne fait pas monde, le UN absolu de la religion fondamentaliste est duperie[iii].

 Le sang, les ruines, la haine[iv], la catastrophe. Non ce n’est pas l’apocalypse ; l’urgence, l’attentat à venir, le dérèglement des sens qui n’a de rimbaldien que la formule. La fascination nihiliste pour ce fake islam. Ados paumés, instruits ou non, de banlieues- territoires-zones, vies cassées, enfants perdus, mais aussi bourgeois en panne, dans l’ennui, en manque d’identification, en voyage vers leur mort.. La mauvaise rencontre qui devient tuche, idéal, offre enfin d’existence.. Méfait du capitalisme consommateur et du « dé-lien » social…charge maléfique.

Je pense ici particulièrement à tous ces adolescents en panne, dans leurs remaniements errants, perdus, sans boussole. Je pense aussi ici à tous ces chômeurs désemparés. Je pense ici aussi à tous ces étrangers en quête d’espoir, foulant nos sols idéalisés. N’y a-t-il plus du tout de place pour quelque milliers d’humains ? La menace de la Parricide nous fait-elle peur à ce point ? Et puis, nos villes françaises, Capitale first, ne peuvent-elles davantage prendre en compte ces jeunes migrants, mais aussi tous ces jeunes que je côtoie, et qui doivent garde la tête haute pour ne pas s’engouffrer dans la spirale djihadiste (ou d’autres). Rejetés, mal aimés, chez eux, ou bien par nous aussi. Les quais de la Seine peuvent attendre, ils sont pas mal comme ils sont, quand on peut s’y promener, mieux vaudrait mettre un peu plus de monnaie pour tout ça. Et puis, les collectivités locales comme on dit, ne peuvent-elles faire le choix de ne pas laisser tomber les associations qui jour après jour tissent des liens, nouent et renouent avec les misères sociales, affectives, et mentales, et qui parfois œuvrent d’une façon admirable ? Faut-il juste se soucier de « déradicaliser » ou bien ne vaut-il pas mieux en amont, très en amont, tisser, nouer, parler, échanger, faire existence, faire corps.. là est l’action juste.. Elle manque hélas bien trop partout ; et je me désole que ce gouvernement ne se soucie aucunement de ce délitement social, père et mère de tous les vices et de toutes les dérives. Cela fait symptôme et fait malaise, trop. Cela viendrait avec force occuper ce trou du Réel, et introduire la lumière dans ces êtres en ruine. Cela ne serait pas ruineux, mais fertile. Cela manque trop douloureusement, trop tragiquement…et creuse les sillons de la haine.

Alors est-ce pour cela, entre autre, que l’on invente cette drôle d’idée du partage, qui court partout? Comme en contrepoint, en défense, en idéal ? Que l’on voit fleurir dans ce monde.2 voire .3, dans les nouvelles générations bourgeoises, cet espèce de concept bizarre du « partage » ? Idée ô combien humaniste, généreuse ! Mais ce partage n’en est pas un. Ce n’est plus le « flower power d’avant ». Car que partage-t-on ? Partage t-on les profits, son petit gain de plus, à faire le taxi, son petit gain de plus à louer -assez cher- son appartement, et à garder son petit gain pour soi ? Son plus de jouir, sa plus-value privée, que l’on ne songe pas un instant à remettre dans le pot commun d’une solidarité nationale par exemple en le fiscalisant. (ou alors on engraisse une société qui surfe sur ces belles idées et se décharge des taxes afférentes). Ah le mythe du partage, qui n’est que nouveau gain souvent au black.. (Il paraît que même Mme Varoufakis avec sa belle maison d’été, mais..) Un pour-soi plutôt qu’un pour-tous. Cela a-t-il vraiment à voir avec quelque don, quelque échange ? La duperie semble entière bien que très à la mode.. Nos rezosocio s’activent, certes ils sont belle invention mais ils savent aussi comment nous aliéner avec notre consentement…

Oui esclaves nous le sommes, d’abord de nous-mêmes, de nos passions, haines recuites et non digérées, pourries jusqu’à l’os, de nos ambitions déçues, de nos rivalités vaincues, de nous-mêmes projetant dans l’autre ce que nous ne supportons pas du Réel et dont pourtant il n’est guère responsable. Car quelque chose fait trou dans nos existences. Cela n’a jamais été aussi patent que ce creux, ce vide, ce manque, mais bien plus ce trou du Réel, ce fiat trou[v], (plutôt qu’un fiat lux). Quelle réponse aux ruines du siècle ? Quelle solution ? Quelle issue ? N’y a-t-il que le UN et la lumière de Dieu pour venir combler le trou du réel et son apparat de tromperie ?

Sommes-nous en marche vers la liquidation de la/des démocraties, pourries de corruption, défaites par les pouvoirs financiers, détruites par le mentir, la canaillerie, les haines égoïstes recroquevillées ou bien les idéalismes révolutionnaires, tout aussi bien en impasses ? Allons-nous vers des théocraties perverses, des pseudo-démocraties financières ou populistes, des semblants de pensée libre et de libre entreprise ? Ou bien allons-nous enfin inventer un peu mieux nos liens sociaux, nos gouvernances ? Revisiter le socialisme, faire enfin fructifier nos savoirs ? Eradiquer nos corruptions et nos mainmises médiatiques ?

La lumière n’est pas là sans l’ombre, autant que le jour et la nuit qui sont encore pour l’instant notre rythme; l’ombre de nos vies, de nos pensées intimes si cachées, celles qui nous font haïr, un frère un père une mère un cousin un bébé un voisin un professeur un amant une amie. Oh que de sourires et de civilités, mais que de noirceur aussi dans nos cœurs et nos âmes. Sauf que.. de cela si nous sommes comptables, nous ne l’élevons pas au rang d’universel d’absolu.. Nous ne le passons pas (en général) à l’acte. Même si cela est là tapi, surgissant dans nos cauchemars, dans nos angoisses, dans nos tentatives insensées de refoulement et de déni. C’est ce qui nous fait plutôt névrosés. D’autres, fous autrement, peuvent le prendre à la lettre, et en faire pouvoir et loi universelle. Mais ce lien qui nous est nécessaire, le lien d’amour, d’amitié, de référence, et parfois de révérence, nous le cherchons, mais aussi souvent nous le détruisons, car nous sommes à l’ère de consommer, du trop au rien au pas du tout au plus du tout au trop plein, et à l’anéantissement, au meurtre de soi ou de l’autre comme de toute chose. En but à la Jouissance sans fin.. (« ça finit à la flambée à l’essence » Lacan V-83 ou à la décapitation qui sait?).

C’est l’été, le soleil brûle la peau, on pourrait danser tranquille, boire du vin, s’enivrer, goûter la fraicheur du soir.. aimer, juste aimer, mais…l’horreur est là si proche, l’imminence des morts, l’imminence du crime…comme une chape qui nous étouffe.. sans peur.. mais non sans lucidité. La trop grande impuissance des politiques et de leur volonté sans doute souvent sincère…les boots s’activent, produisant encore et encore l’argent fou, qui n’a plus d’existence que ce nom, le profit planétaire, délire lui aussi. Les deux faces,les deux complices d’une même folie. La jouissance qui se veut UNE…qui se veut Loi.

Bon, peut-être, il resterait un idéal, un autre Un, la Nature. La sauver, nous sauver avec elle, la sauver pour nous sauver… pas une Terre-Mère, un monde pas forcément rond, incomplet, entamé, mais où nous danserions au soir couchant ; si cette Cop21 faisait faire un bout du chemin alors tant mieux ; si tous ces pays, ces puissants de partout se rencontraient, s’engageaient, se parlaient alors.. et laissaient tomber les armes, alors.. Si les citoyens ici et là, s’orientaient un peu plus dans cette sublimation collective, cela les éloignerait de leur propre miroir haineux qui nous mène à la perte..

Une issue pour nous tous, lumineuse, ardue et fière. Une fides, une foi confiante qui ne soit pas une croyance aveugle.

baccanal

 Bel été dans vos vies

© evah5

[i] Lacan « Il n’y a que les martyrs pour être sans pitié ni sans crainte. Croyez-moi, le jour du triomphe des martyrs, c’est l’incendie universel. » Ethique 7-311 1960/1986

[ii] Lacan : « Notre avenir de marchés communs trouvera sa balance d’une extension de plus en plus dure des procès de ségrégation. » « Proposition du 9 octobre 1967 sur le psychanalyste de l’École », Autres Ecrits, 2011, p. 257.

[iii] Lacan Quand au réel…le définir comme univers c’est l’imposer comme cyclique comme circulaire,.. c’est le faire monde. Dans le Réel introduire l’Un c’est ça la notion d’univers. Or, je ne suis pas sûr que le réel fasse monde. ..il n’est pas sûr que le réel fasse un tout » « Des religions et du Réel » texte établi par JAM extrait du discours de clôture des Journées d’études des cartels de l’ECF 13 AVRIL 1975 in Cause du désir n°90

[iv] Lacan « Nous sommes déjà très suffisamment une civilisation de la haine. Le chemin de la course à la destruction n’est-il pas vraiment très bien frayé chez nous ? La haine s’habille dans notre discours commun de bien des prétextes, elle rencontre des rationalisations extraordinairement faciles… »1-306 Ecrits techniques de Freud 1954/1975

[v] Lacan urverdrängt freudien : « nommer le trou . C’est dire non pas Fiat lux mais Fiat trou » « Des religions et du Réel »  ibid

 

 

 

#zyedetbouna

                                         # ZyedetBouna  « ce sont des enfants, des écoliers »


Jean-Pierre Mignard : « C’est comme si dix… par franceinter

18 mai 2015 Le Tribunal Correctionnel de  Rennes relaxe des policiers suite à la  mort  en 2005 de Zyed et Bouna, écoliers à Clichy sous Bois . Décision de justice éprouvante…

« Rien à voir circulez » / « le regard parce que c’est les quartiers..le racisme s’asseoit sur de la bonne conscience » / « nous sommes déjà dans les têtes sous la pression du front national et de cette idéologie »..

Ecouter les explications précises  de JP Mignard, son analyse lucide, sa  colère légitime et son alerte éveillée sur notre lente dégradation mentale et morale.

Une France (déjà?) trop (?) sous influence??

© evah5

 

être–et-ne pas être /#Charlie/ ensemble/différents

Peu après les massacres.. « Ils allaient mettre la clé sous la porte, ceux-là les ont ressuscités ». dit une kiosquière. « On n’a pas de travail pas d’argent on prend la kalach.; oui les jeunes st perdus » dit l’autre.. Chacun veut donner son sens, sa signification.

république #charlie janvier 2015
république #charlie janvier 2015

«Pourquoi?» dit une banderole à République, sous la statue. Pourquoi? Eux, ils ont dit « Allah ! » le nom de leur Dieu. Aussi : « Venger le prophète! » Inconcevable! Ensuite dans les pays arabes on réagit : « Je suis muslim et j’aime mon prophète. ». Mais personne ne les empêche de l’être, muslim, là où ils sont, si ça leur va. Ici en France laïque il n’y a pas l’interdit du blasphème, il y a la laïcité qui signifie aussi le respect des religions.

#Jesuischarlie, beaucoup se rangent sous ce hashtag ; pour d’autres c’est non, je ne suis pas Charlie, je ne veux pas me ranger là-dessous. Si on veut la liberté d’expression on doit respecter ça.

Ce #, symbole, signe, fanion de ralliement pour une marche en silence émouvant, alternant avec la Marseillaise. Déjà, dès le 7, les rassemblements sur la place Répu, silence triste, recueillement, mots qui surgissent, banderoles, chacun vient mettre son mot, son message, son dessin, son crayon. Le créateur de ce « slogan » (c’est ainsi qu’il le nomme) J. Roncin en donne sa version signifiante : « je suis libre »-« je n’ai pas peur », dès sa création sur twitter. Sous le choc, la nécessité se fait des corps rassemblés, pressés, cette foule compacte.. comme enfants, quand on se serre dans le lit, face à l’angoisse du cauchemar.

Seulement, ce Un est éphémère. Ce « rassemblés » a valeur de fiction trompeuse, trompeuse et nécessaire. Mais c’est beau et fort quand même quand ça parle de la République. Car c’est cela au fond le lien par en-dessous. Un semblant qui nous tient contre les obscurantismes. Ça, la République et son tryptique, à la « place » de Dieu, notre nouage collectif. (Avant on disait « nous », « nous sommes tous des.. juifs allemands », des ceci, des cela, on est passés du nous au je plutôt maintenant..). Et puis du Signifiant #charlie on est passé à l’objet a agalma, si précieux, la parole, le livre, le journal, la liberté, et aussi son envers, objet dérivé, monnayable, du commerce, destiné à quoi ? Une boîte, un placard, la poubelle ? Ainsi de la folie Charlie, les kiosques dévastés, il me le faut, je dois le voir, l’avoir cet objet.. que j’ai tant ignoré précédemment, mais qu’importe. Bientôt je l’oublierai, peut-être, un autre surgira.

Dans son for intérieur, pour chacun avec sa vérité singulière, qu’est-ce qui mobilise, qu’est ce qui pousse à être là, quelle jouissance, quel désir, quelle morale, quelle haine enfouie éventuellement ? Car sans doute pour certains, ne soyons pas naïf, il devait bien y avoir tout de même –un peu- d’amalgame dans les fantasmes au fond, dans des mobilisations de Jouissance guère avouable (tout de même ces musulmans, ces.. arabes..) Et puis reviennent à flots, comme un automatisme, les discours essentialistes, les vieux réflexes de confondre musulmans et banlieues, même si bien d’autres français de religion musulmane ne sont pas dans les ghettos et que « la communauté musulmane en tant que telle n’existe pas » (Olivier Roy). En tout cas pas plus ou moins que toute autre, ici, dans notre pays.

Je ne lisais plus Charlie depuis pas mal de temps. J’avais cessé. Bien sûr je savais qu’il était là, qu’ils étaient là dans notre monde, je jetais un coup d’œil sur les Unes en passant, mais l’envie m’avait quittée.. Je ne sais depuis quand (avant le clash Val/Siné déjà, même si cela n’a pas aidé). Parfois, pour le train, mais tant d’autres livres à lire. Sans doute cette outrance parfois m’insupportait ou plutôt ne me disait rien, les textes non plus. Dernièrement je ne sais, je ne peux dire.. Cela n’empêche pas de les pleurer, de pleurer tous les morts de ce terrible massacre. De vouloir que l’ironie et la moquerie et le persiflage puissent avoir libre court dans les limites de la loi. (Trop de lois peut-être d’ailleurs qui empêchent la parole, l’insulte ? Non ?). C’est là un premier hic, car il faut interpréter la loi, et de préférence à géométrie pas trop variable. Car il y a une certaine sensibilité chez les musulmans, quant au « deux poids-deux mesures ». On peut le penser comme parano ou pas, mais cela est bien réel et bien ancré. Je n’oublierai pas la tête de mon kiosquier le jour des caricatures : accablé, désemparé, comme si l’atteinte avait été physique.. Lui un homme éclairé, éveillé, imaginons bien d’autres..

Je suis.., un Signe, unité Symbolique un instant, comme un seul Homme, et.. « le sang impur des « féroces soldats » qui viennent égorger nos fils nos compagnes ». Je suis ceci, je suis cela, registre des identifications, comme appartenant à un ensemble ou s’en différenciant, comme Un ou comme tous, en tout cas toujours dans le registre des semblants, et soumis à une incomplétude fondamentale de l’être, ou comme dit la psychanalyse au manque-à- être. Aucune identité ne me définit tout. Peut-être est-ce une différence avec le « sujet » de la religion, déjà et toujours identifié, identifiable avec son Dieu? Comme un Tout.

Etre-ne pas être, qui suis-je, où puis-je me ranger, avec qui, contre qui? Qui me reconnaît comme enfant de sa patrie, et qui pourtant m’exclue dans ses discours et me discrimine ? A foison, les questions fusent, les reproches, les certitudes voire les convictions ; quand elles se disent, c’est déjà mieux, mieux que le silence et la fausse quiétude qui dissimulent la détermination criminelle à venir.. (Mais comment pouvaient-ils tenir ainsi, déterminés à tuer, et en apparence si conformes, si bons voisins, sinon convaincus par une telle « foi », une sorte d’envoûtement? (selon les témoignages de Dounia Bouzar : tentatives de déstabilisation, d’isolement, de déconsidération des proches des familles.. surfer sur les crises existentielles des adolescents. « Ma famille est pourrie » me dit une adolescente..)

Détermination des désespérés, construite sur un sentiment d’abandon de l’autre (Les deux frères « retournés » en venant dans la ville, et passage par la prison) ? Je n’excuse rien n’est ce pas, je parle pour créer un peu de vérité et de sens. « Si à la sortie du foyer, on s’était occupé des Kouachi, cela ne serait peut-être pas arrivé », peut-être.. Quelle est la part de chacun dans son destin, dans la conduite de son destin, dans des rencontres qui sont des mauvaises rencontres…Il faudrait faire la genèse d’une conversion, et puis.. d’un crime. Sa causalité inconsciente. Comment se noue pour eux intimement le destin : par exemple, l’ironie de se faire abattre dans une imprimerie ? Calcul, stratégie, message ? Et puis abattre une policière, intention, vengeance d’un ami abattu lors d’un vol ? Ces « coïncidences » sont glaçantes.

La parole des imams, sans aucun doute, doit changer, leur formation, leurs prêches. Déjà cela bouge ; certes, pour certains, c’est sciemment qu’ils endoctrinent, convaincus eux aussi, mais pour d’autres, c’est faute de pouvoir oser se démarquer.. Il leur faut faire preuve de courage et de clairvoyance, mais quelle est leur marge de manœuvre ? Comment s’opposer aux positions idéologiques, aux enjeux autant politiques que religieux ? On dit qu’il faut construire l’Islam de France, certains évoquent l’idée d’un clergé. Eclairer sur les malentendus, les mésinterprétations volontaires (djihad, charia, prophète..). Les imams doivent expliquer, mais il n’y a pas une seule parole, pas une seule ligne ; inventer un islam français ? « La théologie n’incombe qu’au croyant. Le blasphème aussi », « Dans ces caricatures, je ne voyais pas d’insulte. La liberté en général, c’est ce qu’il y a de plus cher », « Chercher le martyre à travers le crime c’est une aberration théologique » des paroles sont celles de Tareq Oubrou, recteur de la mosquée de Bordeaux. ici et ici.

Nous ne sommes pas exclus de la crise de mutation profonde de l’Islam, ses extrémismes rivalitaires, salafistes, djihadistes, ses tactiques (ennemi proche, ennemi lointain), ses lectures et ses interprétations multiples, ses orientations plus religieuses ou politiques, le chisme chiite-sunnite. Ce qui, peut-être, à contre-courant d’un obscurantisme à l’oeuvre (on le voit ces jours-ci), se lève dans tous ces états au pouvoir fort, où la religion n’est pas séparée du pouvoir, redouble ainsi la crise par un conflit entre aspiration à la démocratie (printemps arabes), et pouvoir fort de la religion. (Contre ce mouvement djihadiste politique, ne pas perdre de vue que pour les « djihadistes » les musulmans sont aussi des mécréants, et les premières victimes). Tout cela qui s’agite partout nous traverse du coup aussi, pour le meilleur et pour le pire. On ne peut être à l’abri des effets de cette crise généralisée. Espérons que l’islam d’éveil, dans sa richesse (soufisme etc..) viendra à bout des monstres. (Sophie Makariou l’Obs). Espérons qu’ici même les musulmans, par ce choc, oseront plus sortir du bois, et affirmer à la fois leur appartenance religieuse et leur appartenance citoyenne, leur fierté d’être à la fois les deux, et diront que cela n’est pas incompatible. Qu’ils sauront faire exister auprès des jeunes notamment cet Islam ouvert et cultivé, là où grandit hélas un Islam appauvri, étiolé, obscurci. Comme dans ce hadith « L’ encre du savant est plus précieuse que le sang du martyr » (hadith prophétique de Mohammed rapporté par Nu’man ibn Bashir, et ‘Imran ibn Hussayn). Enseigner les jeunes, mais encore faut-il soi-même être éveillé..

République #jesuischarlie 14 janvier 2015
République #jesuischarlie 14 janvier 2015

Alors réjouissons-nous de ceci par exemple : Le manifeste des 5oo noms arabes essentiellement « je suis musulman et je suis Charlie » – « nous ne cèderons pas à la peur ». Des intellectuels musulmans s’unissent contre la terreur. (Dominique Eddé). « Nous sommes Charlie » s’inscrit sur la façade de l’IMA en français et en arabe.

Quant à la politique étrangère française, elle se doit de tenir ferme dans ses décisions, ses choix, sans se mettre sous influence. Tache ardue. Complexité géopolitique, forces destructrices apparemment ennemies, et au fond très complices. Alliés objectifs. Oui bien sûr nous sommes en guerre, la France est en guerre, au Mali, en Irak, en guerre contre DAECH, contre une force criminelle. Elle s’est engagée là et à ce titre elle est très ciblée. Mais attention au choix sémantique, tout mésusage langagier a bien plus qu’on ne le pense un effet en retour, qui peut ici en France être contre- productif. Ainsi devons-nous différencier guerre et lutte contre le terrorisme, faire attention à l’idée de l’ « ennemi intérieur » et à sa localisation exclusive dans les banlieues, qui stigmatise et exclue encore davantage (Attention M. le Premier Ministre à vos « envolées » tellement convaincues.. l’indignation et le diktat ne suffisent pas à soigner les maux profonds de notre France). Et puis, cruelle ironie de voir à Gaza ces manifestants nous menacer de mort, Gaza, Palestine pour laquelle, pour la première fois depuis longtemps, un gouvernement et un Président français ont osé une parole et une position si justes.

Les enfants, les adolescents. Le complot. Ils disent ça certains, on nous la fera pas, c’est un complot, de toute façon on nous exclue. Ils ne comprennent pas, ne veulent rien savoir, baissent les yeux, sont construits comme ça, avec ça, l’idée des injustices du monde, et que (comme dans toutes les religions) une solution, un nouage de paix intime se fait avec et grâce à Dieu comme un sinthôme (Lacan). Ils ne séparent pas, ou difficilement, ces actes impies de leur religion (actes pris dans une logique au fond débile, au sens clinique du terme, si elle ne poussait pas à passer à l’acte, s’ils ne rencontraient pas là les « pousse-à-tuer »), mais aussi de leur rage. Ils sont dans le jeu vidéo, l’armature Symbolique a pas mal pété ; juste Allah sert de poinçon, et l’Imaginaire déferle. La vérité est sur la toile, souvent hélas logée dans des sites et des vidéos fort malveillantes. Il faut bien avoir en tête l’excitation que procure l’idée et la représentation des conspirations, comme un jeu stratégique dans sa logique parano, avec ses traîtres, ses messages cachés, ses espions, ses agents retournés ; se méfier de tout, de tous, plutôt que penser et réfléchir, une défense contre la pensée. L' »autre scène » freudienne n’est plus vraiment « autre », le nouage est défaillant. La pulsion en lieu de savoir, le commandement de tuer pour combler le trou de l’énigme humaine. C’est un peu la guerre leur « survie », ceux-là, à qui se joignent les enfants des plus beaux quartiers, eux aussi en panne de cause, en épreuve du vide, en quête d’humanisme, de virilité ou d’adoration sacrificielle hystérique ; s’en remettre à l’autre, s’en remettre à un dieu jusque dans l’aveuglement des discours délirants et des actes sanguinaires. Ne pas vouloir savoir ça, où ça mène, où ça va, plutôt que rester là les mains vides et le cœur sec à ne pas palpiter.. Des jeunes filles que je reçois affichent pour la première fois le foulard, la robe de prière.. Nécessité identitaire (ponctuelle ? à plus long terme ?). Ces ghettos tout de même ça n’en finit pas.. Les classes moyennes qui défilent pensent-elles au choix qu’elles font si souvent d’éloigner leurs enfants des classes de quartier par exemple ? Car le rassemblement n’exonère pas de repenser son rapport au monde et aux autres.. ni d’interroger nos responsabilités, un par un. Et puis la propagande, les infos en boucle ne nous la servent-elles pas dans une moindre mesure à l’échelle nationale ? A tout un chacun qui peut en faire sa vérité sans mesure ?

Un éducateur « qui travaille dans un collège au pied de la cité » (Marseille) : « ces gamins sont dans un autre monde. Je ne vois pas où a commencé leur mal-être, mais je ne sais plus comment leur parler. Et je me demande qui pourrait le faire. » Lemonde 17 janvier

Espérons que tous ces enfants ne soient pas déjà perdus (Dans une moindre mesure comme ceux de Gaza, de Syrie, et d’ailleurs..). Etre exclu/s’exclure, dans quel sens ça marche, quoi d’abord ? Dans les deux sens. Une alliance objective, entre une défaillance sociale, idéologique, politique de la République, et une montée en puissance de l’appartenance religieuse, de la suprématie de la loi divine sur la loi républicaine de la Nation. Cela semble une constante : la loi religieuse se substituerait à l’être-citoyen ; l’identité serait épinglée par le rapport à Dieu comme principe. Cela vaut autant pour les trois religions ; on l’a vu avec Civitas & co, on l’a entendu dans la bouche d’un ancien président (le prêtre au-dessus de l’instituteur) ; on le remarque dans cette annonce publique faite en terre de France par le premier ministre israélien aux familles des victimes juives : « votre foyer c’est Israel »… Ce ne serait donc pas la terre de France ? Il y a une terre sacrée ? (Ce que l’on reproche tant aux musulmans français, cette double appartenance, pourtant). Merci à cette belle prise de parole : »La France est mon pays.. » (Coralie Miller libé 20 janvier). Et n’oublions pas : « En de nombreux cas un français, né musulman, refuse l’assignation identitaire, veut être un citoyen comme un autre. » (Dominique Eddé. Le monde 21 janvier 2015).

Laïcité, posture des politiques, cadre vide ou réelle armature collective ? Alors il faut écouter, parler, punir mais aussi ne pas punir. Est-ce surtout cela qu’il y a dire M. le Premier Ministre : « il n’est pas acceptable que des gamins. etc..», Table ronde à Libération; est-ce le plus opportun ? Le plus productif ? Ne vaudrait-il pas mieux annoncer sa détermination à faire que tous les enfants de la République aient leur place, chercher l’apaisement ? (Pas plus « utile » et opportun le concept d' »apartheid » ; si M. le Premier Ministre, les mots, choisis, ça compte)..

La minute de silence ? Humm..Leur dire République, faire société, prendre langue. Difficile face au refus, à l’évitement, à la fuite. Les propagandes en boucle, discours de haine.. (Je reçois des jeunes, certains sont tentés par là, je ne crois pas que ce soit la minute de silence qui aide, bien au contraire, laissons les un peu crier leur rage.). Eux/elles, perméables à des discours destructeurs ambiants, en chaine épidémique. Ça ne résonne pas pour tous heureusement. Les aider à se déprendre. A mettre sur la table leurs questions identitaires, à les aider à ne pas dénier leur part d’humanité, leur faire savoir qu’il y a d’autres voies pour être un héros. Ainsi du témoignage de Mourad Benchelali (parti en Irak puis revenu de Guantanamo et de la prison française) : on peut être radicalisé et ne pas le montrer (ça fait peur), comment décider, les mettre face à leur responsabilité les jeunes ? On peut se radicaliser dans sa maison…

Enfin, faut-il encore une fois seriner la nécessité absolue de remettre en circulation associations, éducateurs, psys, lieux d’accueil, de rencontre, avec tous ceux qui veulent (policiers, juristes, historiens des religions, vidéastes, artistes, imams- prêtres-rabbins « éclairés » etc..) pour que la jeunesse de France puisse trouver où échanger in « real life ». Car un corps ça existe, ce n’est pas qu’une image, une vie c’est ici, ce n’est pas forcément le paradis, l’au-delà.., un humain, ça parle, ça échange, ça contrarie, mais ça ne tue pas, ou alors c’est halluciné. La langue, l’usage des mots, la richesse du savoir, inventer, « trouver des phrases qui donnent à réfléchir » (Barbara Cassin), faire jouir la langue, le verbe, leur faire aimer la langue. Leur faire tenir le crayon qui trace la trace de la vie, avec lequel ils se découvrent.

Ils ont aussi raison dans les écoles de dire que la tâche n’est pas que la leur. Leur difficulté aussi. Comment faire ? Comment dire ? D’abord faut-il être un peu soi-même au clair avec tout cela, pas simple, sans manichéisme. Expliquer les lois de la République et qu’ici en France il n’y en a pas d’autres, au-dessus ; expliquer les différences entre offense et préjudice, opinion, délit, liberté d’expression et idées qui choquent à différencier d’incitation à la haine, liberté/sécurité, et tout cela qui sont nos lois communes, et qui nous contraignent tous. Car la liberté d’expression n’est pas absolue, elle trouve ses limites dans le droit, la justice, mais aussi la morale, l’éthique pour chacun. Donc il faudrait qu’essaiment tous ces essaims de mots, de savoir, de corps, d’autres, pour faire barrage aux vérités totalitaires et obscurantistes. Dire l’histoire aussi, leur dire l’histoire, la leur, et celle de l’humanité.. Le sentiment d’abandon est une terre fertile pour tout ensorceleur assassin.

Pour le moins essayons d’élever au mieux nos enfants dans plus de justice et d’égalité ; essayons que les religions ne soient pas sans cesse sur le devant de la scène, dressées, inondant le champ public , mais à leur place. Qu’elles restent dans l’espace intime, dans leur « foyer », qu’elles puissent bien évidemment participer aux réflexions, au lien social, à la culture partagée, mais que leur champ cultuel soit circonscris. Surtout, que les politiques n’en rajoutent pas dans leurs messages, discours, et actes, à laisser penser au statut préférentiel de l’une ou l’autre. Que les politiques fassent exister l’espace commun de notre communauté commune, de nos lois communes, soient acteurs de la clarté et de la différenciation des instances, des lieux, des registres. Ne pas se faire surtout le porte-voix d’une « communauté » (j’en ai marre de ce mot !) Et puis que nos media voraces et trop souvent déchaînés veuillent bien se pencher un peu sérieusement sur leurs comportements et les conséquences parfois peu citoyennes qui en découlent : dérèglement médiatique, outrances voyeuses, dangereuses, attention au glissement Foxnews à la française ! Il a fallu les rappels à l’ordre (Intérieur GIGN CSA) ! Mais je reste sceptique, ça repart de plus belle, qu’importe, ils pensent qu’ils ont tout bon ..ça repart.. Le dialogue des deux frères avec BFMTV tourne en boucle sur les sites islamistes nous apprend Gilles Keppel, par exemple.

Le choc des massacres est toujours là présent, il faut le temps pour comprendre (mais y a-t-il à comprendre?). L’Histoire a-t-elle jamais une fin, une sorte de conclusion, sinon dans les cataclysmes, les déluges, ou autres paradis éternels (et encore!)? L’Idéal doit être à laisser à sa place d’idéal. Le gap entre idéal et réalité est toujours opératoire, il est constituant pour le désir, sauf quand la réalité prend visage de haine/exclusion, qu’elle annihile l’idéal, qu’elle crée le sentiment d’abandon, même si c’est dans une dimension aussi fantasmatique et victimaire. Si cela pouvait réveiller un peu plus « nos » politiques all over the world, et les religieux de partout, et nous tous.. Que d’incohérences dans les mots et les actes, que d’écart entre les mots et les actes : le durcissement récent qui enverrait quelques jeunes en prison pour quelques mots provocateurs, (et aussi des malades psychiques), le discours du PM tant applaudi dont pourtant la tonalité n’est presque que sécuritaire, surveillance.. On attend plus de perspectives éducatives sociales culturelles soignantes aussi.

Le Président français semble avoir pris la dimension souterraine des enjeux discriminatoires. le Président se réveille, ose, dit des paroles justes et mesurées (IMA) s’adressant « aux peuples arabes grands pays amis » et posant les limites : « les règles principes et valeurs de la RF dont une est non négociable : liberté et démocratie ». Il rassemble avec ses mots et sa parole, plutôt que déclencher encore ce qui à chaque instant comme mot malheureux viendrait viser une inscription paranoïaque. Prenons garde à remettre de « l’ordre juste »..La déferlante islamiste et tous les intégrismes doivent être combattus partout, par tous et chacun. Le refoulé coupable de notre histoire commune, la nostalgie inconsciente, Vichy, guerre d’Algérie, colonies, séparation église/état, pointe son nez en chacun de nous dans ses différences, ses exclusions, ses haines, ses deuils non faits, ses divorces (sur lesquels surfent quelques irresponsables), agite encore les vieux fantômes ; il y aurait aussi ici ceux qui n’auraient pas à y être…il y aurait aussi ici ceux qu’il faudrait éliminer, renvoyer pour garder notre vieille terre française catholique blanche. C’est toujours là, à l’oeuvre hélas, ces haines enfouies, recuites !!

Une autre horreur pourrait surgir, surgira bien sûr. Nous sommes dans ce temps là.. mondial.. C’est ainsi.. Vers où ? Vaincront les pulsions de vie. Déjà, de partout, les voix de vie s’élèvent.

republique 10 janvier2015
republique 10 janvier2015

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Je vous renvoie à d’autres billets ici même.

Brouhaha Un « enfant perdu », criminel.. Cette jeunesse, notre symptôme et d’autres.

Je vous renvoie aussi au dernier billet tristement anticipateur, C’était un temps.. Sans être en rien Cassandre, je comprends mieux la phrase dans ma tête depuis un certain temps. Annonciateur de ce discours de haine et de fausse analyse distillé par des « penseurs » « écrivains » « pamphlétaires » « journalistes », et leurs mots perçants :. Identité malheureuse, souche, suicide, soumission.. Tous ceux qui mettent leur intelligence rusée, leur savoir, et leur art, et leur névrose, au service d’un discours empoisonné et rance.. (Ce n’est que mon sentiment..)

© evah5

C’était un temps déraisonnable..

« On prenait les loups pour des chiens.. »

 C’était un temps déraisonnable
On avait mis les morts à table
On faisait des châteaux de sable
On prenait les loups pour des chiens
Tout changeait de pôle et d’épaule
La pièce était-elle ou non drôle
Moi si j’y tenais mal mon rôle
C’était de n’y comprendre rien
Est-ce ainsi que les hommes vivent
Et leurs baisers au loin les suivent

Louis Aragon, Le Roman inachevé

* « C’était un temps déraisonnable on avait mis les morts à table .. On prenait les loups pour des chiens ».. chantait Ferré honorant Aragon. Cette petite phrase court en moi depuis des semaines, ce signifiant s’en va tout seul comme une rengaine. Ça résonne sans que je puisse l’arrêter. Pourtant je ne suis pas plus pessimiste que de raison (ni aveuglément optimiste non plus d’ailleurs). Ni dans le regret ou la nostalgie d’un temps révolu idéalisé en âge d’or, ne supportant pas la perte d’un avant, comme souvent la mélancolie, à son acmé, dans son deuil impossible, installe du délire comme seule parade.

Pourtant le Réel, alentour, jour après jour résonne de sa haine et de sa bêtise cruelle, les discours discriminants tiennent l’affiche en boucle, ceux-là qui aisément déclenchent beaucoup les esprits confus.

Ce ne sont pas forcément d’ailleurs esprits « simples », ce peut être esprits « bien » formés, éduqués, instruits, cultivés, maniant le concept et la philosophie, la rime et la syntaxe ardemment. C’est souvent là que l’on trouve foisonnement délirant. Car un endroit a toujours son envers, la théorie a toujours sa part de délire, elle la nécessite, la vérité a valeur de fiction, elle est sœur de Jouissance (Lacan) ; cela n’est pas à déplorer, le monde des idées doit rester vivant, extrême, outrancier. Pas plus, l’art devrait-il être normé, normal, répréhensible, sa subversivité (quand c’est le cas) n’est pas en cause. Pour qu’advienne un peu de vérité, il est nécessaire de forcer la raison. Simplement, ces temps-ci, les « chiens » sont vraiment lâchés : le « théoricien » a trouvé son partenaire, le media, le faux-prophète a trouvé son système de vente et de publicité, a table ouverte dans les media, le poète-écrivain idem. La représentation subjective du monde d’un seul, toujours partielle, se veut totalisante, totalitaire, elle surfe sur les passions obscures, car elle-même en son sein abrite ses passions obscures, elle veut de sa vérité faire universel. Certains croient à leur dire, croient dur comme fer leur annonce cataclysmique, d’autres en jouent, s’en servent en politicien(n)e, quoi qu’ils en disent. Quant aux politicien(e)s ils n’ont plus qu’à se baisser pour ramasser, les « grands » esprits leurs sont caution. Partenaires contre nature ? Un trio inédit entre des media aux mains de financiers, des penseurs-créateurs soumis plus que de raison à leurs agités inconscients, des politiques qui guettent, avides. Les alliances objectives des « contraires », les véhémences langagières, les irresponsabilités des dirigeants (Europe) font le reste.. Les Daech, les intégrismes de tous horizons, les obscurantismes à petite ou haute dose, les intouchables colonisateurs soutenus par nos grands intellectuels rajoutent à la sauce.. L’exaspération et les contrariétés quotidiennes alimentées par ces rengaines en boucle produisent ce ressentiment bilieux, haineux, égotiste.

L’un dit, sans même en sourire, « je ne suis que le reflet de la réalité », et exige que les autres soient des mêmes, prône l’assimilation parfaite, (soit : manger l’autre, avec le risque d’en être empoisonné, oui l’autre ça (m)empoisonne), un autre dans sa foulée, peu discrètement, voit dans le dernier livre de l’écrivain-génie la fin de la civilisation, idée qu’il ne désapprouve pas ; le journaliste ce soir-là non plus ne désapprouve pas, prend un air entendu, le fantasme du grand remplacement, de l’invasion par l’autre, les barbares, est à l’œuvre, viendrait vite tout recouvrir, s’universaliser. D’ailleurs si le philosophe est en désaccord avec le pamphlétaire sur beaucoup de ses thèmes (on en saura plus puisqu’il va le recevoir « chez lui » à FC), pas un mot sur la vision délirante de l’invasion musulmane (Remember « le communiste avec le couteau entre les dents » j’ai connu ça enfant au village)…*Notez bien d’ailleurs la curiosité des équivalences : l’un  agite la peur de l’islam invasif, porte accusation féroce contre les Femmes et le féminisme, les femmes libérées quoi. L’autre invente la prise du pouvoir par un parti de l’Islam, et évoque la mise en scène de polygamies bienheureuses où l’Homme jouit enfin en paix. Chacun est à sa place, le Père Jouisseur et les esclaves.. et la nostalgie des femmes asservies. (Plus drôle encore leur acoquinement idéologique avec une certaine femme politique qui elle s’entoure, dit-on, d’hommes homosexuels.. No comment.)

Si l’on ne retient pas ce sens si peu caché d’un texte subjectif qui interroge sur le sexuel, on perd une bonne part de la problématique à l’oeuvre chez ces Messieurs. La question éminemment subjective et inconsciente de leur être sexuel et de leur rencontre avec l’Autre sexe, et la représentation de cet Islam menaçant, (mais aussi apaisant, enfin! un Ordre !), comme ce qui viendrait suppléer au sens manquant, à ce qui fait trou, à l’énigme inépuisable de l’être et du manque-à-être. (ou plus simplement a minima une forte angoisse de castration).

Et puis il y a aussi des gens simples, mais désarrimés, désarçonnés par l’infini du monde, leur déracinement géographique, leur déclassement professionnel, leur éviction forcée du monde social, le « tout va trop vite », le «  trop de guerres partout » le « l’autre a plus que moi », l’injustice, (récurrent central efficace toujours, graine de l’envie et de la haine) les ritournelles télévisuelles ad nauseum auxquelles viennent répondre en écho des « Allah Akhbar » réels ou imaginaires ; des jeunes djihadistes allumés, phénomène peut-être un peu beaucoup monté en épingle (même si la question est sérieuse).. des esprits simples, confus aussi, leurrés par de faux prophètes et aussi par une politique internationale trop fragile, trop peu déterminée, trop peu audacieuse.. alors ils arrivent qu’ils passent à l’acte, quand un désarrimage symbolique se fait. Rien ne les excuse, juste ils ont de solides partenaires…

La fin de LA civilisation, il dit, vous vous rendez compte ? Pas moins, rien que ça ! LA étant l’absolue, la NÔTRE, celle dans laquelle l’autre devrait venir s’insérer, s’inscrire, laisser sa peau à la porte (même le choix des prénoms est suspect !!), disparaître. La fin de la civilisation résonne pour moi, ça -cette idée bancale et folle-, comme l’entrée dans le monde crépusculaire de l’asile. La Création réactionnaire comme représentation crépusculaire du monde, qui vaut pour un dans sa Jouissance d’être, deviendrait vérité universelle, annonce politique, prophétie ! Ciel !

* Le délire vient toujours s’accrocher, s’épingler sur des signifiants-maître, sur ce qui fait saillie dans le Réel, au joint du réel et du Symbolique, causant un gonflement Imaginaire ; il s’élabore dans l’actualité du temps et du discours, dans ce qui est le plus visé en bien ou en mal qu’importe (délires mystiques, politiques, terroristes, attirances pour violence, crime, ou à l’inverse délire bienfaiteur universel, ordalie..) pourvu que ce soit proéminent et que l’on puisse y accrocher sa parole, son être comme porte-manteau, métaphore délirante. Des signifiants comme des spots, des slogans, en écho, redondants, ritournelles. Ce sont des théories folles et délirantes qui entraînent des esprits simples vers le délire aussi et le passage à l’acte. Pour des esprits agiles, la production intellectuelle si vantée et admirée comme celle d’un « essayiste » est aussi bien remarquable dans son exaspération Imaginaire. Ou bien, il y a un glissement de sens tel que toute théorie religieuse devient délirante, ce qui n’est pas faux au sens où le délire peut être création voire créationniste (ce qui est aussi pour une part le lot de toute religion). Freud a montré la bonne part du délire comme pacificateur voire civilisateur, mais aussi la phase du délire non pacifié, source et cause extrême de ce qui ne va pas, de ce qui ne peut se raccorder, faire compromis. Ce qui resurgit dans le réel, gonflement Imaginaire, paranoïa, déchaînement psychotique fore-clos. Ce qui capitonne, ou bien à un moment donné ce qui ne tient plus, le symptôme comme barrage à la Jouissance ou cause de la Jouissance. Tout intégrisme, dans sa lecture extrême d’un texte sacré, d’une théorie, dans son interprétation totalitaire, quand il appelle implicitement ou explicitement au meurtre et à la haine, sert de terreau aux dérèglements. La peur ancestrale et archaïque infantile, cette peur Imaginaire fantasmatique, crée les représentations des hordes de musulmans qui vont venir nous envahir, alors bien sûr il devient logique de désirer les renvoyer dans des bateaux et des avions. Le raisonnement marche aussi dans l’autre sens : désirer le rejet des autres, donc être certain qu’ils vont venir. Prophétie auto réalisatrice dit-on souvent, mécanisme de la paranoïa.. (après « le suicide » ça y est « la soumission » c’est parti ça marche ; c’est peut-être ça la seule clé d’ailleurs choisir ce thème parce que ça va marcher… )

Le thème de l’invasion, de l’empoisonnement, est un des thèmes majeurs de la persécution paranoïaque psychotique. Esprits dérangés dit-on, jeunes égarés, enfants perdus…la médiatisation à outrance de tout cela n’aide pas dans cette période trouble. C’est une fausse idée de penser que tout doit toujours être dit. La Jouissance, on n’en est pas maître, on ne peut en calculer les effets. L’acte civilisateur c’est aussi  dire stop ! Belle initiative à cet égard que le discours du Président pour inaugurer (enfin !) le Musée de l’Immigration. (Mais qui en a vraiment parlé ?). Cela, ce n’est pas assez vendeur, pas assez fascinant, pas assez « glauque » ; car le névrosé est fasciné par la folie, envieux de cela qu’il pense tellement Jouissif.

*C’est là où la démocratie est à la peine. Que peut le politique ? Tout est dans tout et inversement, les frontières Réel-Symbolique-Imaginaire sont poreuses en permanence, et entretenues ainsi par tous les gigolos de la démagogie et du pouvoir, comme enjeu narcissique stricto sensu. Dérèglement de tous les sens, disait Rimbaud. Là où le poète s’autorise dans sa singularité, le dérèglement de notre communauté est quasi général. Les causes, (zadistes, black block..) qui souvent sont justes, sont mise au service d’agitations souvent infondées (on se croirait presque avant 68, et les agit’ contre l’ordre établi, sauf que là de l’ordre autoritaire, il y en avait vraiment beaucoup, à ce jour il n’y en a plus guère..). Ceux qui, au pouvoir, essaient de tenir la barre, le font hélas trop souvent en ordre désordonné et coups de menton inutiles, en déclarations à la hâte succédant à déclarations trop tardives (pourquoi tout de suite épingler de terroriste un acte sans doute désespéré ?) Le pouvoir se coltine un réel sans loi, fou. Le verbe marche tout seul, l’apparole jouissante (Lacan) se déchaîne sans fin, les marchands du temple médiatique en font leurs choux gras et quelques écervelés sans âme (dans une ville de France aujourd’hui on refuse une sépulture à un tout petit bébé rom…) explosent leur ignorance.

 Qui lui jettera la pierre, au « politique », de n’en pouvoir mais que les symboliques Nation/République, que l’ordre des Institutions, tiennent si mal le coup dans ce maëlstrom mondial ? Pourquoi demanderait-on encore un maître, voire un Père, que l’on dégomme à chaque coup, pourquoi, comment, incarner un stop à la Jouissance, qui trouve ses alliances dans les porte-voix, les caisses de résonance médiatiques ? Que chacun réfléchisse au(x) pire(s) qui pourrait venir qui n’est sans doute pas l’insurrection qui vient, même si celle-ci dans son aspect rêveur, utopiste, pourrait nous séduire tout autant. Que chacun pense bien, de sa place, dans son action quotidienne, de là où il est, où il opère, où il parle, chaque jour, dans la sphère publique, ou dans sa sphère privée, aux ravages possibles, sans retour. Beaucoup « jouent un jeu » dangereux tout en se proclamant dans le vrai, la « bonne » conscience, le pire, fascine toujours ; l’exaspération, le dénigrement continuel, la contrariété critique en boucle, rejet, déni, un état d’être furieusement mélancolique, humeur noire. Et au milieu le Bonimenteur le grimaçant avide, trace sa route, auprès de sa blonde.

*C’est tout de même aussi un idéal, des joies, des valeurs, des réussites, une démocratie. Un printemps après l’hiver.. Encore faut-il vouloir les relayer, lever la tête hors du marigot des soupçons nauséabonds. Cesser ce déferlement de critiques incessantes, déferlantes, des « petits » procureurs de partout, les plus « libertaires » n’étant pas les moins virulents! Attention à ne pas le générer ce pouvoir « fort » à venir ! A t on vraiment quitté l’ambiance vichyssoise ? Déjà NS fut élu sur l’éveil de sentiments d’envie, jalousie, discrimination, racisme, immigration; c’est bien reparti, et justifié d’ailleurs par des journalistes comme répondant à l’insécurité des français. Insatisfaction : ça ne va pas, c’est pas assez. Colères, exaspération, crispations rancœurs, aversion pour le politique, nostalgie, assomption identitaire. La RF en prend un coup de tous les bords. Veulent l’état protecteur, l’état providence, les bénéfices, mais pas les contraintes. Demandent qu’on leur donne des moyens, mais si c’est le cas, ne saisissent pas. Râlent. Encore. Donne-moi ce que tu n’as pas. Tout de suite. Eclatement des significations. Appauvrissement du sens de la vie : A France-Inter, Florence Aubenas raconte : »Dans un village où on a fermé la station service, « on a même plus le droit de consommer » dit un habitant » ..Terrible. Vouloir consommer de l’essence…

La crête du discours, la phrase, le S1 qui va faire mouche en boucle (on écoute pas les développements éclairant de Royal sur la Loi Transition Energétique, on ne retient que les autoroutes..). Intox. Ne pas dire ce qui marche. Amalgamer. Mais comment peut-on porter crédit à de telles sornettes ? Ça prend, ça fait mayonnaise, pas forcément sur la pauvreté, sinon morale et psychique. Entretenir l’insécurité affective mentale, assécher l’espoir, à quelles fins ? (marchandes ? armes? publicités ?) Tous ces penseurs sans courage, immobiles, méprisants, eux aussi dans leur certitude sans vision, sinon celle de leur conviction inébranlable, souvent figée dans une posture communautaire (quelle qu’elle soit). A rebours d’une avancée civilisatrice, quoi qu’ils en pensent et quel que soit le grand estime qu’ils ont d’eux-mêmes. Tous ceux-là en portent une responsabilité.

Misère de la vertu disparue. De nos écrans en tout cas, car ailleurs loin des brouhaha médiatiques, c’est certain, des êtres œuvrent dans l’ombre, sans bruit, des médecins, des enseignants, des juristes, des soldats, des artistes, des ceci, des cela..

Sur le devant de la scène, que choisit on d’y mettre ? Qui choisit ? Vers où se précipite-t-on ? Qui peut le dire ? Sommes-nous dans « les années 30″ ou dans la propagande soviétique? Ou les deux à la fois après tout? Une nouvelle « dictature » qui viendrait.. sous forme de NS ou MLP. Qui n’aurait bien sûr pas la même forme, pas la même ossature caricaturale, mais.. dans la structure, au fond..

Que peut le politique ? Comment encore faire tenir ensemble ce qui nous rassemble comme communauté nationale, comme Nation, dans notre bien commun ? La cause commune, qui n’est en rien la cause de chacun pour lui-même, ce qui le cause dans son désir de sujet, même si faire lien, être ensemble, implique un nouage entre ces deux instances. Il n’y a pas ici maintenant de prophète, le politique n’est pas là pour exciter les peurs et les inquiétudes excluantes, le philosophe ne devrait sans doute pas nous faire prendre pour vérité les contorsions de sa propre confusion névrotique, obsédée par ses peurs anciennes, l’artiste œuvre d’abord pour lui-même, pour sa sublimation privée, ou alors s’il verse à l’obscurantisme réactionnel et réactionnaire, peut-on encore dire qu’il fait œuvre civilisatrice ?

*La parole politique quand elle est déterminée, franche, et qu’elle n’hésite pas à rappeler avec autorité l’éthique et les valeurs républicaines et humaines, à chaque fois que cela est nécessaire, quand elle fait œuvre civilisatrice, quand elle laisse à chacun sa liberté mais est garante de la liberté pour tous, sans doute peut-elle être là comme pare-feu à la haine qui monte. L’action publique, l’action politique, ne doit jamais se départir de sincérité, ni non plus d’audace. Elle ne doit s’en laisser compte par aucun conseiller de l’ombre qui roulerait pour sa chapelle ; elle devrait être irréprochable.

Vœu pieu, doux rêve ? Devant les épouvantails dressés, les récits d’horreur agités sans cesse, ne pas nier, ne pas reculer, ne pas céder. Se tenir debout et porter sa voix au plus près du Réel.

 

    Lorsque celui qui chemine dans l’obscurité chante, il nie son anxiété,  mais il n’en voit pas pour autant plus clair. Sigmund Freud

H : Il a l’air mélancolique F. : Non. …Pas du tout. Il rêve aux Iles Marquises

JLG Adieu au langage

Parce que cette douceur a été nécessaire pour enfanter la douleur  H : Une inquiétude douloureuse. F : Mais celle-ci n’aurait pu naître sans la douceur préalable.

    

« Moi, mon rôle c’est de dire : ne nous laissons pas emporter par ce climat, ne nous laissons pas dévorer par la peur, par l’angoisse. L’idée de la submersion, de l’invasion, de la soumission est une vieille idée. La France, elle a été parfois occupée, submergée, envahie, elle sait ce que c’est. Qu’est-ce qui fait qu’à un moment on a été capable de résister, de nous dépasser? C’est ça, moi, qui m’intéresse. Qu’est-ce qu’il y a dans notre pays comme forces positives? Il y en a beaucoup, énormément! C’est sur les forces positives que je veux, moi, m’appuyer pour la France. »

– François Hollande (FInter 5 janvier 2015)

nota : ce billet a été écrit et publié la veille des terribles attentats…

© evah5

JLG France_inter 21 mai

27’ Le bon cinéma a toujours annoncé en avance les catastrophes.. sans succès. 30’ je suis pour les frontières mais contre les douaniers.. les frontières sont faites pour passer. Entre une haie et une route on passe. 32’ ils ont fait une monnaie commune avant de faire une culture commune.. 34’ il vaut mieux que ça aille mal à un moment le mal vs dit quelquechose 35’ je me sens européen depuis Vercingétorix ou Charlemagne 41’ ce ne st pas des citations ce sont des preuves dit Sollers 45’ à propos du titre « film socialisme » : en banque on dit qu’il y a des obligations bancaires des titres ou même des produits qui ne valent rien et on les titrise ils obtiennent de la valeur même si ça ne vaut rien à cause du titre…Dans la métaphore de banque il y a le mot dette ce que j’aime pas c’est avoir des dettes et faire un film c’est payer ma dette aussi d’une certaine façon qui doit être inconsciente ou symbolique ou tout ça, donc le titre dit j’ai un titre obligataire le voilà film socialisme, ou bien adieu langage, et bien je dois payer ma dette (-ah qui ?) à ceux qui verront que je l’ai payée, s’ils le voient parce que souvent on me dit que je ne l’ai pas payée.. 52’ je suis né en même temps que le parlant et du reste j’ai peu parlé j’ai parlé très tard, vers 15-16 ans j’ai quasiment cessé de parler comme un autiste (pendant un an ou 2) ma mère s’est inquiétée j’ai dit dit non c’est de la philosophie.. 59’ le chien : comme il y a le chien on parle du chien et il n’y pas de dispute, si on veut du lien social il faut du chien 64’ il ne faut pas restaurer la Sixteen elle est comme ça si elle s’effondre elle s’effondre…il serait mieux de faire des films plutôt que de sauver de maquiller le visage.. produire, pas besoin d’engranger du capital du capital culturel.. de la valeur ajoutée séparée du capital 66’ les cahiers : on ne savait pas qu’il y avait des grands maîtres un jour on l’a découvert 68’ on ne fait pas table rase elle se fait elle-même, ne pas transformer les pyramides en tour Montparnasse… (ne pas) sauver à chaque saison les feuilles qui deviennent automnales.. 77’ on était plutôt des moines (les cahiers) 80’ la mort non je pense à la souffrance …j’ai souvent pensé à la fin de Paul Lafargue à l’âge de 69 décidé d’arrêter de partir…

 

faire un film c’est payer ma dette j’ai un titre obligataire  le voilà

© evah5

Brouhaha!

Un tel brouhaha. Comment entendre, comment s’entendre ? Le monde est en tumulte. Un déluge d’informations, souvent sans intérêt. Que peut-on fixer par les mots, écrire sans que déjà une « nouvelle » info arrive ? Peut-on prendre le temps ? On croirait un bourdonnement incessant souvent anxieux, plaintif, critique ou plutôt critiqueur, négatif avant même que rien n’arrive, n’ait fait ses preuves, malveillant souvent ; parfois émergent quelques actes, concepts, idées, perspectives, qui sont annoncés ou reçus comme satisfaisants, mais c’est bien rare. Parole vide/parole pleine disait Lacan. De lui aussi l’idée que nous sommes parlêtres, parlés par l’autre, et que la parole a aussi cette fonction de jouissance. Sur la crête de la vague de l’info-buzz, l’écume signifiante laisse une effluve peu emballante. La démocratie de l’opinion et son partenaire le maître argent, dans leur tyrannie, construisent à un rythme incessant une négativation malfaisante, rejetante, destructrice, sans que l’on n’y prenne toujours garde. (un exemple récemment : Ségolène et les décolletés…vendre.. vendre.. mais ce n’est pas elle qui fait tout ce buzz!! malveillance intentionnelle et méprise! « Osez-le-féminisme condamne la décence selon Ségolene Royal » nous informe Madame Figaro ; Osez le féminisme relayé par Madame Figaro, ça c’est top de chez top comme raccourcissement de la pensée et alliance objective!!

Le danger est partout, rien ne pourra marcher, tout est voué à l’échec, d’ores et déjà : réforme territoriale, pacte de responsabilité, chômage pas d’évolution, non-cumul trop tard, loi Duflot etc.. etc… Pourquoi toute tentative de réforme est-elle systématiquement vouée à l’échec en France ? Pourquoi aussi laisse-t-on passer sans les voir, en tout cas sans leur faire la place qui leur est due, les pionniers, et pionnières, les inventeurs, les visionnaires ?

Ce rétrécissement du jugement, constant, est causé  pour une part par la sur-médiatisation ; le gavage impose la perte de sens, le trop-plein devient du vide, vide de la raison laissant la place au pulsionnel immédiat. Mais ce gavage, cette info en boucle sans analyse (si rare, et presque toujours avec les mêmes intervenants) qui ne permet pas la coupure signifiante, le silence, le manque, où viendrait se loger le désir, n’est pas un hasard, il est pensé dans les agences de com. de sondages, de média (Souvenons-nous « le temps de cerveau disponible »). La précipitation à la fois du temps et du discours obligerait à n’avoir plus aucune autre opinion que celle donnée, désignée, imposée, par les « décideurs » de l’ombre. Nous sommes  dans le temps de la Jouissance : Tout pour frémir jouir râler mais de préférence dans l’insatisfaction, la plainte, le pas assez, le trop, humain bien sûr. Humain car sans aucun doute beaucoup de situations matérielles, financières, sociales, sont préoccupantes. Seulement l’humain équivaut maintenant à des chiffres, pourcentage ceci, taux cela, augmentation ceci, réduction cela. Un être de chiffre à la place d’un être de langage. Le bonheur comme un chiffre, quand aussi et pourtant il est de ce palpitement de la vie… simplement.

Tout de même on y met le paquet en France pour que ça rate. Il semble que jamais autant de monde, media,  politiques, n’aient été contre, n’aient joint leurs voix(es) pour dire que non, que ça ne va pas, que ça ne peut pas marcher. Les opposants et les media en boucle sont les alliés-bazooka, un miroir déformant qui sème la désespérance, source du rejet et de la ségrégation haineuse. D’autant plus que les patrons des media pour la plupart sont majoritairement hostiles à ce pouvoir, une vraie machine de guerre qui rappelle un peu la campagne de 2007. Un raz-de-marée de dénigrement permanent. Hélas avec des alliés objectifs à gauche…Sans doute une certaine croyance et vénération tenace de nos « mythes » fondateurs, la Révolution notamment, nous maintient-elle à la fois dans un mirage et une nostalgie. Le récit « révolutionnaire » sincère parfois, mais aussi propagandiste, peut faire écran à la profonde mutation du monde. Il ne faudrait pas que nos mythes soient une entrave, nous devons les loger à leur place, avec le respect de l’héritage, mais aussi avec la bonne distance.

La plainte, le dénigrement, le blabla en rond, le rien ne va,  c’est dans une cure un moment qu’il faut tenter de faire cesser, par une coupure, une interprétation ; de là,  ouvrir vers le désir de savoir et de faire vérité. Ça opère, bien souvent, sinon c’est la répétition mortifère qui reste à l’œuvre dans son travail de sape dépressive. Notre pays, je le crains, en est là d’une dépression plaintive, récurrente, et de son corollaire inévitable : une demande exigeante de réussite immédiate, pourtant impossible, que savent entretenir tous les bonimenteurs idéologues ; les oiseaux de malheur, les prédicteurs scientistes qui, un an, deux ans, trois ans à l’avance, voient déjà le déficit, la dette, le chômage, notre pensée, notre avis, nos désirs, notre…vie. Les nouveaux divinateurs maudits. La pensée prédictive dans ses ravages, et le formatage sondagier qui se repaît de fabriquer une Misère Mentale qu’il a beau jeu ensuite d’analyser, comme s’il n’en était pas le créateur. J’y vois là un glissement (irrémédiable ?) de notre démocratie. La France serait-elle ingouvernable ? Une « société bloquée » comme disait Michel Crozier  autour de 1968. Une grande difficulté à réformer. On a reproché une absence de cap, mais on a aussi dit ici et là «chiche ».

Et demain questionne l’enfant ? Et après ? L’anxieux aussi demande « et après » ; il n’ose plus sortir de chez lui, ne veut pas voir le voisin, a peur de qui arrive, demande demain, qu’on lui dise demain, ce qui va arriver, que ce soit certain, qu’on ne le trompe pas…Assurez-moi de ma vie, de l’avenir, dit le peuple dans une demande certes légitime, mais aussi, souvent extrême et infantile.. Que l’autre me satisfasse là tout de suite maintenant, ça ne va pas assez vite, ce n’est pas comme ça disent les experts de tous bords, je sais mieux que vous ce que vous devez faire.. (un exemple : chez Taddéi, vendredi 25 avril, beau débat, bel échange concernant les jeunes «djihadistes », cette question plus que complexe, apport précieux de Dounia Bouzar et d’autres.. et bien voilà, déjà les mesures de Cazeneuve ce n’est pas ça, ça ne sert à rien clament des intervenants forts de leur « savoir »). Ne bougeons pas, ne faisons rien, ou alors faisons comme MOI je veux, comme MOI je pense.. la « Je-cratie » disait Lacan « comme égalité à soi-même », sans autre.

Et bien oui, il y a les nouveaux bonimenteurs, qui savent déjà dire.. demain. Qui promettent : Donne-moi donne-moi plus pour jouir pour consommer pour avoir plus, là où le pouvoir impose pour l’heure un moins..

Car bien sûr les politiques doivent se plier aux calculs aux robots aux statistiques, etc.. aux marchés avides de profits criminels et déshumanisés. Ici un billet documenté sur le « trading de haute fréquence » donne le vertige.  Et bien sûr les/des politiques font ce qu’ils peuvent de  là où ils sont, coincés entre le marché spéculatif fou, l’engagement contraignant dans les traités, et le souci (dont je ne doute pas) qu’ils ont de la nation, et du bien-être des citoyens. Le compromis quoi. Là où comme dit Piketty : «Le capitalisme et les marchés devraient être les esclaves de la démocratie et pas le contraire » (Libé 26-27 avril). Devraient  mais..ne sont pas!

Sans doute nos gouvernants socialistes n’ont-ils pas joué de finesse et de détermination, voire de préparation (je l’ai déjà beaucoup dit). Sans doute de vraies réformes fiscale et bancaire, (Piketty, encore, ignoré) dès l’arrivée au pouvoir, auraient-elles permis d’envoyer un message apaisant pour plus d’égalité, sans transgresser les traités Europe. Sans aucun doute le Mariage pour Tous, nécessaire, aurait-il pu être envisagé autrement, avec plus de conviction et d’autorité venant du Président, sans doute, je le dis sans détour, a-t-il déclenché encore plus de peur, de haine, de rejet, révélant s’il en était besoin la gravité d’un fonds réactionnaire terrifiant et.. terrifié face au « progrès », sentiment humain par ailleurs. Cette agitation des peurs recuites et rances, (sexualité, genre, enfants, etc..) révélant une grande bouillasse d’ignorance. ( « dérives » infra).

Alors… faut-il que sur tous les bords autant de « non » s’élèvent ? A propos de tout, sans cesse ? Alors quand tous ces « non »  se lèvent, opposants, on souhaiterait bien aussi entendre des « oui ». On ne peut aller contre le Réel, on doit bien faire avec, en tout cas « du passé faisons table rase » est maintenant utopie mensongère. Car qui a pu croire que François Hollande allait tout seul se battre contre la finance mondiale, allait pouvoir se dédire des traités européens votés, allait pouvoir récupérer, créer ainsi des emplois sans que cela ne touche personne, allait pouvoir « forcer », imposer à des patrons qui pour une grande part souhaitent son échec, qu’ils consentent sans « cadeaux » ? Qu’il allait pouvoir éponger une dette augmentée de 700 MDS comme ça ? Peut-on vivre raisonnablement en continuant d’emprunter autant pour rembourser cette dette ? On peut constater en tout cas la solidité du « modèle français ».

Que veulent-ils ? Que veut-il ce « peuple » ? Ce peuple à qui sans cesse on dit qu’il souffre, qu’il va mal, qu’il est malheureux, qui bien sûr pâtit, mais qui pense surtout, chacun par chacun, qu’il est plus malheureux que l’autre, c’est toujours la même rengaine, je suppose à l’autre plus de jouissance, je t’envie, je te veux prendre ta jouissance, je te hais, (au fondement de tout rejet, de tout racisme, de toute exclusion, qui ne rend d’ailleurs pas plus heureux puisque ce vœu se double toujours d’une grande culpabilité..)
Bref. Que demande « le peuple », comment le satisfaire qu’est-ce d’abord que le peuple ? Ce mot, cette chose, dont tout le monde se gargarise, au nom de qui tant  prétendent parler ? (Taisant les mensonges, les inexactitudes, les leurres à la fois de leurs interprétations et de leurs propositions hors Réel). Est-on assez naïf pour penser que le Président et le gouvernement français sont libres de leurs décisions, leurs mouvements, leurs partenaires, libres de l’autre, tout-puissants à dézinguer la finance internationale. Qui peut faire croire que ce n’est pas une lutte de dizaines, voire centaines d’années, ces combats réellement engagés dans les démocraties contre terrorismes, blanchiments, finances, paradis fiscaux etc.. (sans doute pas assez annoncés martelés déterminés armés mais..) Qui veut faire croire qu’il est possible de gouverner la France sans tenir compte des contraintes européennes est un(e) bonimenteur (euse). On doit regarder la vérité en face mais aussi dire stop à l’ auto-flagellation et aux lamentations. Dire aussi ce qui marche et ce qui peut marcher : ah Royal dit qu’elle veut créer 100 000 emplois (Conférence de presse 25 avril) et … ricanements déjà !…

Dans ce brouhaha, cette confusion mêlée et emmêlée où prospèrent les faux prophètes et les marchands du Temple, dans la traversée d’une crise aussi bien mentale, psychique, que socio-économique, un choix s’impose, à un moment donné, il est forcé sans doute comme tout choix quand il engage le destin, et que le Réel cogne si violemment : ce peut–être celui du repli un certain mode du non/ ce peut être celui de l’ouverture, du pari, un certain mode du oui. Car il n’est d’autre choix. Et il s’agit de faire le bon.

Dire oui/dire non

Il est des situations où il est noble de dire non certes ; mais toutes les oppositions, toutes les résistances ne se valent pas. Se dresser contre, s’opposer est légitime, mais à quelles fins, pour quel but, vers quel avenir ? La résistance, si elle fut Acte dans l’histoire, est aussi un frein quand elle serait idéologique ; la résistance comme un déni, un refus de savoir, une entrave au risque de l’insu.
Oui/non, cette alternance signifiante ne prend sens que par rapport à un contexte historique, signifiant, moral. Ainsi ce Père toujours pensé comme l’interdicteur, celui qui dit non, est aussi celui qui dit oui ; cette fonction Président/Etat que l’on veut tellement paternelle (mais aussi maternelle comme celle qui pourvoit), qui devrait nous satisfaire, mais qui pour l’heure nous impose des privations, elle est celle contre qui pour l’heure on s’insurge de toutes parts. Ainsi, le sujet, l’infans, est d’abord pris dans une Bejahung primordiale disait Freud, un dire oui, puis, dès qu’il parle, il veut dire non, à tout, c’est bien, et puis il accepte, il consent, il aime, il dit oui, à sa vie, à l’autre, au monde. Un assentiment, un consentement. En chacun de nous, un dire non qui s’oppose, qui dit stop, mais aussi qui freine, empêche, alterne avec un dire oui béat naïf  voire lâche, mais aussi un tu peux Jouir, prends ton risque, consent en conscience. Rêver d’une révolution est un leurre, (l’heure n’est pas à la révolution), un rêve, comme sortir de l’euro est un leurre, comme ne pas régler sa dette est un leurre. On peut rêver mais gouverner n’est pas un rêve. On peut être en opposition mais contester tout sans cesse est une lourde responsabilité, un empêchement, un frein à ce qui est si difficile à construire (et à réparer des héritages budgétaires). Et si pour l’heure c’était dire oui qui était le moins conforme et le plus  « révolutionnaire » ?

Sur cette question-ci, bien sûr, comment ne pas penser là à ce cher Edwy Plenel et son « dire non »  déplié tout au long de son livre (le trait Paternel source s’y indique en clôture du livre). Bien sûr ce « non » là me touche, j’y adhère souvent, mais est-ce le temps politique du non, du non permanent au pouvoir, comme hélas Médiapart en fait maintenant style, Mediapart si précieux, qui n’échappe pas non plus aux commentaires de haine et de rejet ? Ce non ne doit-il pas être plutôt critique constructive ? Et puis ce moment si rare de rencontre avec Christiane Taubira, cet échange, où l’on entend à bas bruits la complicité, mais aussi le point de butée entre celui qui dit non, et celle qui est aux manettes. (lassée peut-être des difficultés du pouvoir mais..). Je vous invite vivement à regarder l’enregistrement de la Rencontre entre Christiane Taubira et Edwy Plenel organisée par l’Institut du Tout-Monde et Mediapart à la Maison de l’Amérique latine le lundi 31 mars 2014.

Je voudrais dire concernant aussi cette ode à la beauté, du début de la conférence, qu’elle est nourri d’un peu d’idéalisme, ou  de platonisme curieusement, car « Le beau n’est que le premier degré du terrible » comme nous dit Rilke bien justement.…(Elégies de Duino 1ère élégie).  C’est bien sûr une poétique de vouloir faire du politique avec du beau. Mais hélas c’est un mirage. Même les artistes ne font plus du «beau ». Peut-être d’ailleurs font-ils plus de la politique ou de la finance ou du commerce… Désenchantement du monde…Et puis comme le dit Edgar Morin, le même jour, le non est l’autre face d’un oui, « il ne suffit pas de dénoncer, mais énoncer » .

Donc..

Les gouvernants sont aux prises avec le mondialisme, la tâche n’est pas aisée; avec le Réel sauvage de la finance sans autre Loi qu’un profit avide et déchainé ; et avec le deal à faire sans cesse avec les autres. Que feriez-vous tous les beaux parleurs toujours contre? Que feriez-vous aux commandes ?

Si l’on prenait conscience des conséquences que tous ces « non » souvent n’enrichissent pas le destin collectif mais font inertie, si l’on se demandait sérieusement : est-ce le temps de l’autrement, ou de l’ensemble ? Et si l’on disait un peu plus « oui » collectivement, pour relever la Nation?  Et pour tracer notre chemin dans l’Europe et dans le Monde ?

Car le Monde lui est ouvert ; ouvert et en même temps traversé de murs. Il n’est pas temps des barbelés aux frontières des pays, et aux frontières de nos âmes (sur cette question des étrangers, ici en France, la politique actuelle continûment ségrégative, suscite à chaque coup mon « non » inquiet pour le coup). Les espaces et les temps s’ouvrent dans une grande confusion parfois, une crise forcément cela génère une mutation subjective, ébranlement de nos pensées, de nos marchés, de nos coutumes, de nos autres, de nos plaisirs. De nos économies. Nos références idéologiques elles aussi doivent s’ouvrir vers l’inconnu. L’étrange. L’Inédit. L’ Etranger.

dyptik

© evah5

L’affaire du siècle disent-ils..

La Garde des Sceaux aurait menti…c’est l’affaire du siècle… tellement plus grave que toutes les affaires et agissements d’un certain M. NS et de sa troupe. Pensez donc.Ça se déchaîne comme rarement à droite mais peut-on encore l’appeler droite républicaine cette meute, quand on voit et entend ce qui se dit, les positions outrancières qui sont prises sans aucun respect des lois et institutions républicaines? C’est un cauchemar de penser qu’ils pourraient de nouveau avoir le pouvoir, ceux-là et celles-là qui d’ailleurs considèrent qu’ils ne l’ont jamais perdu. Les coups d’état ne sont pas forcément en dehors de nos frontières, c’est certain qu’un certain nombre d’esprits (fragiles, très fragiles pour certains, quand ils sont frustrés du pouvoir) en rêvent..
Hélas la caisse de résonance médiatique dans sa presque totalité surfe sur ce courant délaissant toute indépendance de jugement, tout fondement d’enquête, toute information sur les textes et les lois. Jouissant eux aussi d’alimenter la bête avide, le monstre accusatoire. Hélas, trois fois hélas, les Français ont les oreilles pleines des « fautes » (Le Monde) du gouvernement, oui vous avez bien lu, c’est le gouvernement, Mme Taubira first, qui est en faute.
L’art du retournement langagier  et  idéologique est à l’oeuvre encore une fois (déjà en 2007 NS invoquant Jaurès!!). C’est la nouvelle mode, la nouvelle stratégie de la droite (et ses extrémités) de renverser signifiants signifiés significations, semer le trouble dans les esprits, retourner sur l’autre sa propre cause. L’accusatoire aveugle, sans foi, sans loi..
Merci Madame Taubira de vos explications franches et claires.


Indépendance de la justice : Extrait de la… par Najat-Belkacem

© evah5

Vers 2014


 

vx_eva

N’ai je plus rien à dire? Suis-je comme une poule devant un peigne à rester muette devant l’étrangeté du réel politique, de l’action politique qui est plutôt  l’initiative du non-faire des retournements, donc d’un certain immobilisme, ainsi qu’en est l’issue lorsque l’on fait la même chose et son contraire?  Bref d’une praxis politique qui semble animée d’une idéologie soit londonienne (pour l’idée du brouillard) soit moralisante ? Sociale-démocrate? Est-ce une praxis qui vaut pour maintenant et qu’a-t-elle à porter de neuf devant le déferlement spéculatif?

Ai-je difficulté à trouver l’angle pour dire nos glissements nationaux…à les mettre en mots, à les penser, voire même les concevoir, de même que l’interprétation vient à manquer à l’écoute d’un patient qui ratiocinerait sans cesse, sans qu’une pointe vive de son « âme » vienne à se dire, sans qu’il ne cède rien de sa défense pour « révéler » son désir? Ne pas déranger, ne rien déranger, ne pas mécontenter les « siens » (encore que). Jouir en rond. Continuer la lecture de Vers 2014