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C’était un temps déraisonnable..

« On prenait les loups pour des chiens.. »

 C’était un temps déraisonnable
On avait mis les morts à table
On faisait des châteaux de sable
On prenait les loups pour des chiens
Tout changeait de pôle et d’épaule
La pièce était-elle ou non drôle
Moi si j’y tenais mal mon rôle
C’était de n’y comprendre rien
Est-ce ainsi que les hommes vivent
Et leurs baisers au loin les suivent

Louis Aragon, Le Roman inachevé

* « C’était un temps déraisonnable on avait mis les morts à table .. On prenait les loups pour des chiens ».. chantait Ferré honorant Aragon. Cette petite phrase court en moi depuis des semaines, ce signifiant s’en va tout seul comme une rengaine. Ça résonne sans que je puisse l’arrêter. Pourtant je ne suis pas plus pessimiste que de raison (ni aveuglément optimiste non plus d’ailleurs). Ni dans le regret ou la nostalgie d’un temps révolu idéalisé en âge d’or, ne supportant pas la perte d’un avant, comme souvent la mélancolie, à son acmé, dans son deuil impossible, installe du délire comme seule parade.

Pourtant le Réel, alentour, jour après jour résonne de sa haine et de sa bêtise cruelle, les discours discriminants tiennent l’affiche en boucle, ceux-là qui aisément déclenchent beaucoup les esprits confus.

Ce ne sont pas forcément d’ailleurs esprits « simples », ce peut être esprits « bien » formés, éduqués, instruits, cultivés, maniant le concept et la philosophie, la rime et la syntaxe ardemment. C’est souvent là que l’on trouve foisonnement délirant. Car un endroit a toujours son envers, la théorie a toujours sa part de délire, elle la nécessite, la vérité a valeur de fiction, elle est sœur de Jouissance (Lacan) ; cela n’est pas à déplorer, le monde des idées doit rester vivant, extrême, outrancier. Pas plus, l’art devrait-il être normé, normal, répréhensible, sa subversivité (quand c’est le cas) n’est pas en cause. Pour qu’advienne un peu de vérité, il est nécessaire de forcer la raison. Simplement, ces temps-ci, les « chiens » sont vraiment lâchés : le « théoricien » a trouvé son partenaire, le media, le faux-prophète a trouvé son système de vente et de publicité, a table ouverte dans les media, le poète-écrivain idem. La représentation subjective du monde d’un seul, toujours partielle, se veut totalisante, totalitaire, elle surfe sur les passions obscures, car elle-même en son sein abrite ses passions obscures, elle veut de sa vérité faire universel. Certains croient à leur dire, croient dur comme fer leur annonce cataclysmique, d’autres en jouent, s’en servent en politicien(n)e, quoi qu’ils en disent. Quant aux politicien(e)s ils n’ont plus qu’à se baisser pour ramasser, les « grands » esprits leurs sont caution. Partenaires contre nature ? Un trio inédit entre des media aux mains de financiers, des penseurs-créateurs soumis plus que de raison à leurs agités inconscients, des politiques qui guettent, avides. Les alliances objectives des « contraires », les véhémences langagières, les irresponsabilités des dirigeants (Europe) font le reste.. Les Daech, les intégrismes de tous horizons, les obscurantismes à petite ou haute dose, les intouchables colonisateurs soutenus par nos grands intellectuels rajoutent à la sauce.. L’exaspération et les contrariétés quotidiennes alimentées par ces rengaines en boucle produisent ce ressentiment bilieux, haineux, égotiste.

L’un dit, sans même en sourire, « je ne suis que le reflet de la réalité », et exige que les autres soient des mêmes, prône l’assimilation parfaite, (soit : manger l’autre, avec le risque d’en être empoisonné, oui l’autre ça (m)empoisonne), un autre dans sa foulée, peu discrètement, voit dans le dernier livre de l’écrivain-génie la fin de la civilisation, idée qu’il ne désapprouve pas ; le journaliste ce soir-là non plus ne désapprouve pas, prend un air entendu, le fantasme du grand remplacement, de l’invasion par l’autre, les barbares, est à l’œuvre, viendrait vite tout recouvrir, s’universaliser. D’ailleurs si le philosophe est en désaccord avec le pamphlétaire sur beaucoup de ses thèmes (on en saura plus puisqu’il va le recevoir « chez lui » à FC), pas un mot sur la vision délirante de l’invasion musulmane (Remember « le communiste avec le couteau entre les dents » j’ai connu ça enfant au village)…*Notez bien d’ailleurs la curiosité des équivalences : l’un  agite la peur de l’islam invasif, porte accusation féroce contre les Femmes et le féminisme, les femmes libérées quoi. L’autre invente la prise du pouvoir par un parti de l’Islam, et évoque la mise en scène de polygamies bienheureuses où l’Homme jouit enfin en paix. Chacun est à sa place, le Père Jouisseur et les esclaves.. et la nostalgie des femmes asservies. (Plus drôle encore leur acoquinement idéologique avec une certaine femme politique qui elle s’entoure, dit-on, d’hommes homosexuels.. No comment.)

Si l’on ne retient pas ce sens si peu caché d’un texte subjectif qui interroge sur le sexuel, on perd une bonne part de la problématique à l’oeuvre chez ces Messieurs. La question éminemment subjective et inconsciente de leur être sexuel et de leur rencontre avec l’Autre sexe, et la représentation de cet Islam menaçant, (mais aussi apaisant, enfin! un Ordre !), comme ce qui viendrait suppléer au sens manquant, à ce qui fait trou, à l’énigme inépuisable de l’être et du manque-à-être. (ou plus simplement a minima une forte angoisse de castration).

Et puis il y a aussi des gens simples, mais désarrimés, désarçonnés par l’infini du monde, leur déracinement géographique, leur déclassement professionnel, leur éviction forcée du monde social, le « tout va trop vite », le «  trop de guerres partout » le « l’autre a plus que moi », l’injustice, (récurrent central efficace toujours, graine de l’envie et de la haine) les ritournelles télévisuelles ad nauseum auxquelles viennent répondre en écho des « Allah Akhbar » réels ou imaginaires ; des jeunes djihadistes allumés, phénomène peut-être un peu beaucoup monté en épingle (même si la question est sérieuse).. des esprits simples, confus aussi, leurrés par de faux prophètes et aussi par une politique internationale trop fragile, trop peu déterminée, trop peu audacieuse.. alors ils arrivent qu’ils passent à l’acte, quand un désarrimage symbolique se fait. Rien ne les excuse, juste ils ont de solides partenaires…

La fin de LA civilisation, il dit, vous vous rendez compte ? Pas moins, rien que ça ! LA étant l’absolue, la NÔTRE, celle dans laquelle l’autre devrait venir s’insérer, s’inscrire, laisser sa peau à la porte (même le choix des prénoms est suspect !!), disparaître. La fin de la civilisation résonne pour moi, ça -cette idée bancale et folle-, comme l’entrée dans le monde crépusculaire de l’asile. La Création réactionnaire comme représentation crépusculaire du monde, qui vaut pour un dans sa Jouissance d’être, deviendrait vérité universelle, annonce politique, prophétie ! Ciel !

* Le délire vient toujours s’accrocher, s’épingler sur des signifiants-maître, sur ce qui fait saillie dans le Réel, au joint du réel et du Symbolique, causant un gonflement Imaginaire ; il s’élabore dans l’actualité du temps et du discours, dans ce qui est le plus visé en bien ou en mal qu’importe (délires mystiques, politiques, terroristes, attirances pour violence, crime, ou à l’inverse délire bienfaiteur universel, ordalie..) pourvu que ce soit proéminent et que l’on puisse y accrocher sa parole, son être comme porte-manteau, métaphore délirante. Des signifiants comme des spots, des slogans, en écho, redondants, ritournelles. Ce sont des théories folles et délirantes qui entraînent des esprits simples vers le délire aussi et le passage à l’acte. Pour des esprits agiles, la production intellectuelle si vantée et admirée comme celle d’un « essayiste » est aussi bien remarquable dans son exaspération Imaginaire. Ou bien, il y a un glissement de sens tel que toute théorie religieuse devient délirante, ce qui n’est pas faux au sens où le délire peut être création voire créationniste (ce qui est aussi pour une part le lot de toute religion). Freud a montré la bonne part du délire comme pacificateur voire civilisateur, mais aussi la phase du délire non pacifié, source et cause extrême de ce qui ne va pas, de ce qui ne peut se raccorder, faire compromis. Ce qui resurgit dans le réel, gonflement Imaginaire, paranoïa, déchaînement psychotique fore-clos. Ce qui capitonne, ou bien à un moment donné ce qui ne tient plus, le symptôme comme barrage à la Jouissance ou cause de la Jouissance. Tout intégrisme, dans sa lecture extrême d’un texte sacré, d’une théorie, dans son interprétation totalitaire, quand il appelle implicitement ou explicitement au meurtre et à la haine, sert de terreau aux dérèglements. La peur ancestrale et archaïque infantile, cette peur Imaginaire fantasmatique, crée les représentations des hordes de musulmans qui vont venir nous envahir, alors bien sûr il devient logique de désirer les renvoyer dans des bateaux et des avions. Le raisonnement marche aussi dans l’autre sens : désirer le rejet des autres, donc être certain qu’ils vont venir. Prophétie auto réalisatrice dit-on souvent, mécanisme de la paranoïa.. (après « le suicide » ça y est « la soumission » c’est parti ça marche ; c’est peut-être ça la seule clé d’ailleurs choisir ce thème parce que ça va marcher… )

Le thème de l’invasion, de l’empoisonnement, est un des thèmes majeurs de la persécution paranoïaque psychotique. Esprits dérangés dit-on, jeunes égarés, enfants perdus…la médiatisation à outrance de tout cela n’aide pas dans cette période trouble. C’est une fausse idée de penser que tout doit toujours être dit. La Jouissance, on n’en est pas maître, on ne peut en calculer les effets. L’acte civilisateur c’est aussi  dire stop ! Belle initiative à cet égard que le discours du Président pour inaugurer (enfin !) le Musée de l’Immigration. (Mais qui en a vraiment parlé ?). Cela, ce n’est pas assez vendeur, pas assez fascinant, pas assez « glauque » ; car le névrosé est fasciné par la folie, envieux de cela qu’il pense tellement Jouissif.

*C’est là où la démocratie est à la peine. Que peut le politique ? Tout est dans tout et inversement, les frontières Réel-Symbolique-Imaginaire sont poreuses en permanence, et entretenues ainsi par tous les gigolos de la démagogie et du pouvoir, comme enjeu narcissique stricto sensu. Dérèglement de tous les sens, disait Rimbaud. Là où le poète s’autorise dans sa singularité, le dérèglement de notre communauté est quasi général. Les causes, (zadistes, black block..) qui souvent sont justes, sont mise au service d’agitations souvent infondées (on se croirait presque avant 68, et les agit’ contre l’ordre établi, sauf que là de l’ordre autoritaire, il y en avait vraiment beaucoup, à ce jour il n’y en a plus guère..). Ceux qui, au pouvoir, essaient de tenir la barre, le font hélas trop souvent en ordre désordonné et coups de menton inutiles, en déclarations à la hâte succédant à déclarations trop tardives (pourquoi tout de suite épingler de terroriste un acte sans doute désespéré ?) Le pouvoir se coltine un réel sans loi, fou. Le verbe marche tout seul, l’apparole jouissante (Lacan) se déchaîne sans fin, les marchands du temple médiatique en font leurs choux gras et quelques écervelés sans âme (dans une ville de France aujourd’hui on refuse une sépulture à un tout petit bébé rom…) explosent leur ignorance.

 Qui lui jettera la pierre, au « politique », de n’en pouvoir mais que les symboliques Nation/République, que l’ordre des Institutions, tiennent si mal le coup dans ce maëlstrom mondial ? Pourquoi demanderait-on encore un maître, voire un Père, que l’on dégomme à chaque coup, pourquoi, comment, incarner un stop à la Jouissance, qui trouve ses alliances dans les porte-voix, les caisses de résonance médiatiques ? Que chacun réfléchisse au(x) pire(s) qui pourrait venir qui n’est sans doute pas l’insurrection qui vient, même si celle-ci dans son aspect rêveur, utopiste, pourrait nous séduire tout autant. Que chacun pense bien, de sa place, dans son action quotidienne, de là où il est, où il opère, où il parle, chaque jour, dans la sphère publique, ou dans sa sphère privée, aux ravages possibles, sans retour. Beaucoup « jouent un jeu » dangereux tout en se proclamant dans le vrai, la « bonne » conscience, le pire, fascine toujours ; l’exaspération, le dénigrement continuel, la contrariété critique en boucle, rejet, déni, un état d’être furieusement mélancolique, humeur noire. Et au milieu le Bonimenteur le grimaçant avide, trace sa route, auprès de sa blonde.

*C’est tout de même aussi un idéal, des joies, des valeurs, des réussites, une démocratie. Un printemps après l’hiver.. Encore faut-il vouloir les relayer, lever la tête hors du marigot des soupçons nauséabonds. Cesser ce déferlement de critiques incessantes, déferlantes, des « petits » procureurs de partout, les plus « libertaires » n’étant pas les moins virulents! Attention à ne pas le générer ce pouvoir « fort » à venir ! A t on vraiment quitté l’ambiance vichyssoise ? Déjà NS fut élu sur l’éveil de sentiments d’envie, jalousie, discrimination, racisme, immigration; c’est bien reparti, et justifié d’ailleurs par des journalistes comme répondant à l’insécurité des français. Insatisfaction : ça ne va pas, c’est pas assez. Colères, exaspération, crispations rancœurs, aversion pour le politique, nostalgie, assomption identitaire. La RF en prend un coup de tous les bords. Veulent l’état protecteur, l’état providence, les bénéfices, mais pas les contraintes. Demandent qu’on leur donne des moyens, mais si c’est le cas, ne saisissent pas. Râlent. Encore. Donne-moi ce que tu n’as pas. Tout de suite. Eclatement des significations. Appauvrissement du sens de la vie : A France-Inter, Florence Aubenas raconte : »Dans un village où on a fermé la station service, « on a même plus le droit de consommer » dit un habitant » ..Terrible. Vouloir consommer de l’essence…

La crête du discours, la phrase, le S1 qui va faire mouche en boucle (on écoute pas les développements éclairant de Royal sur la Loi Transition Energétique, on ne retient que les autoroutes..). Intox. Ne pas dire ce qui marche. Amalgamer. Mais comment peut-on porter crédit à de telles sornettes ? Ça prend, ça fait mayonnaise, pas forcément sur la pauvreté, sinon morale et psychique. Entretenir l’insécurité affective mentale, assécher l’espoir, à quelles fins ? (marchandes ? armes? publicités ?) Tous ces penseurs sans courage, immobiles, méprisants, eux aussi dans leur certitude sans vision, sinon celle de leur conviction inébranlable, souvent figée dans une posture communautaire (quelle qu’elle soit). A rebours d’une avancée civilisatrice, quoi qu’ils en pensent et quel que soit le grand estime qu’ils ont d’eux-mêmes. Tous ceux-là en portent une responsabilité.

Misère de la vertu disparue. De nos écrans en tout cas, car ailleurs loin des brouhaha médiatiques, c’est certain, des êtres œuvrent dans l’ombre, sans bruit, des médecins, des enseignants, des juristes, des soldats, des artistes, des ceci, des cela..

Sur le devant de la scène, que choisit on d’y mettre ? Qui choisit ? Vers où se précipite-t-on ? Qui peut le dire ? Sommes-nous dans « les années 30″ ou dans la propagande soviétique? Ou les deux à la fois après tout? Une nouvelle « dictature » qui viendrait.. sous forme de NS ou MLP. Qui n’aurait bien sûr pas la même forme, pas la même ossature caricaturale, mais.. dans la structure, au fond..

Que peut le politique ? Comment encore faire tenir ensemble ce qui nous rassemble comme communauté nationale, comme Nation, dans notre bien commun ? La cause commune, qui n’est en rien la cause de chacun pour lui-même, ce qui le cause dans son désir de sujet, même si faire lien, être ensemble, implique un nouage entre ces deux instances. Il n’y a pas ici maintenant de prophète, le politique n’est pas là pour exciter les peurs et les inquiétudes excluantes, le philosophe ne devrait sans doute pas nous faire prendre pour vérité les contorsions de sa propre confusion névrotique, obsédée par ses peurs anciennes, l’artiste œuvre d’abord pour lui-même, pour sa sublimation privée, ou alors s’il verse à l’obscurantisme réactionnel et réactionnaire, peut-on encore dire qu’il fait œuvre civilisatrice ?

*La parole politique quand elle est déterminée, franche, et qu’elle n’hésite pas à rappeler avec autorité l’éthique et les valeurs républicaines et humaines, à chaque fois que cela est nécessaire, quand elle fait œuvre civilisatrice, quand elle laisse à chacun sa liberté mais est garante de la liberté pour tous, sans doute peut-elle être là comme pare-feu à la haine qui monte. L’action publique, l’action politique, ne doit jamais se départir de sincérité, ni non plus d’audace. Elle ne doit s’en laisser compte par aucun conseiller de l’ombre qui roulerait pour sa chapelle ; elle devrait être irréprochable.

Vœu pieu, doux rêve ? Devant les épouvantails dressés, les récits d’horreur agités sans cesse, ne pas nier, ne pas reculer, ne pas céder. Se tenir debout et porter sa voix au plus près du Réel.

 

    Lorsque celui qui chemine dans l’obscurité chante, il nie son anxiété,  mais il n’en voit pas pour autant plus clair. Sigmund Freud

H : Il a l’air mélancolique F. : Non. …Pas du tout. Il rêve aux Iles Marquises

JLG Adieu au langage

Parce que cette douceur a été nécessaire pour enfanter la douleur  H : Une inquiétude douloureuse. F : Mais celle-ci n’aurait pu naître sans la douceur préalable.

    

« Moi, mon rôle c’est de dire : ne nous laissons pas emporter par ce climat, ne nous laissons pas dévorer par la peur, par l’angoisse. L’idée de la submersion, de l’invasion, de la soumission est une vieille idée. La France, elle a été parfois occupée, submergée, envahie, elle sait ce que c’est. Qu’est-ce qui fait qu’à un moment on a été capable de résister, de nous dépasser? C’est ça, moi, qui m’intéresse. Qu’est-ce qu’il y a dans notre pays comme forces positives? Il y en a beaucoup, énormément! C’est sur les forces positives que je veux, moi, m’appuyer pour la France. »

– François Hollande (FInter 5 janvier 2015)

nota : ce billet a été écrit et publié la veille des terribles attentats…

© evah5

#DDAY70


Cérémonie internationale d'hommage aux victimes… par elysee

De la jeunesse. Quel destin?

On a vu avec la ManifPourTous (ré)apparaître le discours de la prévalence de Dieu sur les lois de la République,  sans retenue, sans gêne (cf. billet infra). On avait déjà pu d’entendre cela de la bouche de NS, vous savez le prêtre au-dessus de l’instituteur.. Si la position de foi est respectable dans son intimité et son lien au divin un par un, si l’Eglise, les Eglises sont acceptées voire bienvenues dans l’espace républicain en tant qu’insitutions qui ont  un point de vue, une charge, et une responsabilité morale par rapport à la communauté, on peut à juste titre s’inquiéter, se désoler, voire s’emporter contre un envahissement idéologique manifeste qui ne cache pas sa volonté d’évangélisation ici et là. Ainsi le « bon » pape François, sous couvert d’être du côté des pauvres, exhorte-t-il la jeunesse du monde à ne pas reculer devant la tâche. De même les salafistes optent-ils pour la charité pour mieux exercer la prédication et la conversion. La place qu’occupe ainsi de nos jours la/les religions dans l’espace public des démocraties invite à quelques réflexions plus larges concernant la jeunesse, son devenir, et les perspectives identificatoires offertes en ce début 21ème siècle. Continuer la lecture de De la jeunesse. Quel destin?

Dérives/Ce vieux Fonds de (F)Rance

 La loi autorisant le « mariage pour tous » a été votée à l’Assemblée Nationale. Enfin ! A quel prix ! Que de dégâts, de remous ! Non pas qu’elle ne soit pas légitime, mais ce que tout cela a déclenché, a révélé, dans notre beau pays mérite que l’on s’y arrête. Mais après tout, cela aura fait réveil et rappelé la réalité d’un certain  « fonds » français. Continuer la lecture de Dérives/Ce vieux Fonds de (F)Rance

« Allez courage! »

C’est J-P Mignard qui exhorte ainsi le gouvernement et sans doute aussi le Président à faire une vraie réforme judiciaire (Médiapart). « Promesse de modifier la loi statut des parquets..Allez! courage ! » Cela ne vaut-il pas pour beaucoup  des actions gouvernementales?

Au moment où j’écris, le « retoquage » par le Conseil Constitutionnel de la taxation exceptionnelle à 75%  fait beaucoup causer. Trop sans doute par rapport à la mesure elle-même, équivoque, maladroite et surtout assez inefficace. Certes, elle apparaît presque comme un acte manqué, un désir inavoué que ça ne puisse se faire; même si le Premier ministre annonce d’ores et déjà une nouvelle disposition en 2013.Incompétence disent certains, une « improvisation fiscale consternante » selon Piketty (Libé 31 décembre). C’est bien l’impression que tout cela donne.

Ce gouvernement, constitué pour mettre en oeuvre un projet de justice et de lutte contre la financiarisation, ne cesse de pratiquer la reculade. Les  promesses ne sont pas tenues. Continuer la lecture de « Allez courage! »

« Un sursaut est impérieux » S. Royal Toulouse

« La politique ce n’est pas ma partie, je le rappelle tout au long de ces billets, des éléments plus techniques peuvent bien sûr m’échapper, mais je fais retour ici sur ce que j’en entends au rythme du temps et des échos assourdissants de l’univers médiatique, mais aussi des analyses plus poussées dans tous les domaines, hélas trop rares. « L’inconscient c’est le Réel » (J. Lacan). Je suis moi-même aux prises et au service chaque jour de ce qui parle et fait symptôme, de ce Réel, là où ça rate. Et cela est politique.

« Cela fait déjà pas mal de temps  que je voulais en dire quelque chose de cette « arrivée » de la Gauche au pouvoir, (beaucoup de places de pouvoir, très lourde responsabilité). Ne trouvant ni le temps ni l’envie, parce que ne voulant pas  donner prise à ce « hurler-avec-les loups » médiatique, ni participer à cette curée aveugle (ou intentionnel?), ne voulant pas donner l’impression que je participe à l’abattage déchaîné et systématique, comme toute une part des media, signe s’il en était besoin que la presse est bien aux mains des libéraux, et aussi que le « dire tous pareils » de nombre de journalistes, leur slogans en boucle, leurs exégèses parfois « délirantes »  fonctionne à plein. « les moutons.. » Marianne. Mais ce dont on est  là les témoins, je l’ai bien souvent dénoncé  et depuis longtemps! Avec S. Royal  (2007, Primaires PS), on a déjà depuis longtemps l’entraînement au bashing (les « camarades » ne le dénonçaient guère alors!).

Sans doute suis-je baignée de ce sentiment sourd et confus de ne rien pouvoir attraper, épingler, qui ferait signe, oui, on ne peut le nier, d’un « cap« . Une « marche en crabe » dit  Domenach dans Marianne. Oui, bien vu. Ou bien, j’apprécie cet autre point de vue : « L’art de M. Hollande est à son comble dans cette retenue, ce retrait…Il triomphe à se dérober dans un invincible incognito. On ne saurait être plus habile. Mais qui prendrait comme phare dans la tempête une étoile filante qui clignote sur le bord de sa disparition. ». François Hollande, avion furtif, par Jacques-Alain Miller

« Loin de moi l’envie de critiquer aveuglément ce gouvernement et ce Président avant qu’ils n’aient eu le temps de faire leurs preuves. Ils ont bien sûr mon soutien de coeur et de raison. J’ai élu F. Hollande sans état d’âme, tant j’étais déjà consciente d’une position politique et éthique peu tranchée. Je n’ai cependant aucune sympathie pour la stratégie de  JL Mélenchon qui, même si les arguments sont souvent fondés, entretient un climat permanent de catastrophisme, d’agressivité, et de critique souvent injurieuse à l’égard du pouvoir, tant il vise à le déstabiliser pour s’en emparer (il a eu pour cela une longue formation militante).

« Un désir peu décidé, dis-je. Bien sûr, on a quitté un état de « terreur » et de démolition quasi permanent, style du sarkozysme. Bien sûr il faut reconstruire autre chose, autrement. Bien sûr ce n’est pas le même style et le même projet politique, et c’est tant mieux.  Cependant, d’ores et déjà des signes me paraissent préoccupants. Continuer la lecture de « Un sursaut est impérieux » S. Royal Toulouse

Morale, éthique, et conviction(s).


Serais-je désenchantée, déjà? Encore aurait-il fallu être enchantée. J’ai joué le jeu, fidèlement, je le reconnais, surtout par conviction « derrière » S. Royal, me situant depuis toujours à gauche. J’attends, j’écoute, j’observe. L’investiture m’a semblé pas trop mal.Les 60 propositions me conviennent bien, on y retrouve des visions de Royal. J’ai bien conscience que la politique est toujours un combat un peu compliqué face au  réel (et souvent perdu d’avance), nous savons bien cela en psychanalyse, combien nouer les registres, forger les compromis, est un art difficile. « Gouverner, éduquer, soigner », tâches impossibles disait S. Freud. Donc indulgence, respect. Ne pas hurler avec les critiques permanents de tout, les « y’a qu’à », prendre la mesure du Réel et de cette tâche si ardue au sommet de l’Etat Français, et dans les ministères où beaucoup de personnes s’engagent avec conviction.

Et puis, pourtant, jour après jour quelques « déconvenues » : Nicole Bricq, le mystère du ministère de l’écologie, comprendre; les déclarations de Cahuzac, Moscovici (ça on n’espérait pas trop de surprises), la contribution Aubry-Ayrault, comprendre. Et puis le non-cumul qui semble partir dans l’arrière-cour. Ah ça! La culture socialiste du pouvoir! Et puis, chère Najat, cette déclaration très volontariste  sur la prostitution à éradiquer, un peu à la grosse, là où il faut bien sûr considérer la question dans toute sa complexité. Et puis Montebourg et le gaz de schiste…Bref! C’est bien le moins qu’en simple citoyenne je n’ai pas trop envie de manger mon chapeau. Même si, j’insiste, j’ai grand respect pour  ces élus et ces ministres de la République, je suis bien attentive au respect des engagements pris.

Et puis vient le 14 juillet, l’interview du Président, beaucoup de temps sur PSA, bien sûr la gravité de l’évènement le mérite, et vaut d’affirmer avec force l’intervention de l’Etat, mais cependant des chiffres sans trop de vision, quelques formules parfois à résonance ségoléniste, « l’effort juste », mais sans l’âme. Je tends l’oreille, espérant entendre croissance verte, écologie, Continuer la lecture de Morale, éthique, et conviction(s).

Le Vainqueur, la Semeuse et…«Zorro»!


Voilà, c’est fait, François Hollande est élu président; je m’en réjouis; il sera un bon président. Il aura aussi, de plus, et en tout cas, vengé la défaite de Royal, cette défaite qui n’aurait pas dû être, on le voit bien maintenant; lorsque tout le monde rame dans le même sens avec les forces unies, la victoire est possible. Même si les conditions objectives sont bien différentes.  C’est bien que depuis quelques temps il lui ait clairement envoyé le signe de sa reconnaissance et de sa légitimité pleine et entière. Car elle a sa place au premier rang. Sans doute a-t-il pris la mesure de sa propre passivité antérieure, voire de son absence, et de ses conséquences. Les derniers rapprochements en tout cas sont heureux et riches de promesses. Car c’est elle parmi tant d’autres mais bien plus que d’autres qui a semé. Elle, qui promettait « d’autres victoires », avait vu juste. Celle d’aujourd’hui porte aussi en filigrane sa signature.

FH dit : « Elle laboure, je sème » (FR3 film), métaphore de terre corrézienne qui peut tout aussi bien être terre charentaise. Pourtant il serait plus juste de dire qu’elle a labouré et semé, elle a enlevé les mauvaises herbes, (attention ça repousse!),  elle a essuyé les plâtres, elle est restée debout malgré les vents contraires et les « animosités amicales »,  les « entourages » comme elle dit. 2007 l’a vue courageuse, déterminée, et inventive, relever la Gauche défaite, affronter le Président sortant présenté comme un homme neuf, celui qui avait pour lui sondages, media (de droite bien sûr mais aussi de gauche  hélas, tout le monde était béat devant ce personnage, sa rupture, son style, n’oublions pas! Lui qui se réclamait de Jaurès!). On se demande encore pourquoi et comment tant de gens se sont laissés ainsi bernés en 2007! Cette fascination naïve! 2012 a pu surfer aussi sur ce mécontentement, cette déception lourde. Et récolter sur l’entente, sur le choix incontournable, nécessaire.

Alors, merci Ségolène! Et tant mieux pour ces retrouvailles qui sonnent si bien avec les semailles. Continuer la lecture de Le Vainqueur, la Semeuse et…«Zorro»!

« Ferveur d’un instant »/Un instant de ferveur.


Hollande/Royal
capture d’écran France2 Des paroles et des actes 15 mars 2012

Cet homme regarde-t-il avec ferveur, avec froideur, cette femme?  Est-ce un instant de ferveur, la ferveur d’un instant?

Vers la 5ème minute de l’émission DPDA sur France2, Pujadas compare les sondages intentions de vote Royal-Hollande  concernant les votants (votes pour le candidat et votes contre l’autre candidat). 45/45 pour la première, 63/36 pour le second. A la question posée par Pujadas, qui lui demande si ce qui lui manque n’est pas d' »avoir su ou de pouvoir créer un lien  avec les français », voilà-t-il pas que la réponse arrive, sèche, cassante : « Rappelez-moi ce qui s’est passé  en 2007? » Puis silence. Puis, « Ce qui compte c’est de gagner l’élection. Je ne veux pas créer je ne sais quelle ferveur d’un instant (temps de silence)…nécessaire« , puis « J’ai conscience de ce que me disent les français etc.. la vie chère…prix de l’essence, denrées alimentaires.. » Donc, si l’on suit bien, en 2007 c’était juste une « ferveur d’un instant…nécessaire ». Continuer la lecture de « Ferveur d’un instant »/Un instant de ferveur.