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C’était un temps déraisonnable..

« On prenait les loups pour des chiens.. »

 C’était un temps déraisonnable
On avait mis les morts à table
On faisait des châteaux de sable
On prenait les loups pour des chiens
Tout changeait de pôle et d’épaule
La pièce était-elle ou non drôle
Moi si j’y tenais mal mon rôle
C’était de n’y comprendre rien
Est-ce ainsi que les hommes vivent
Et leurs baisers au loin les suivent

Louis Aragon, Le Roman inachevé

* « C’était un temps déraisonnable on avait mis les morts à table .. On prenait les loups pour des chiens ».. chantait Ferré honorant Aragon. Cette petite phrase court en moi depuis des semaines, ce signifiant s’en va tout seul comme une rengaine. Ça résonne sans que je puisse l’arrêter. Pourtant je ne suis pas plus pessimiste que de raison (ni aveuglément optimiste non plus d’ailleurs). Ni dans le regret ou la nostalgie d’un temps révolu idéalisé en âge d’or, ne supportant pas la perte d’un avant, comme souvent la mélancolie, à son acmé, dans son deuil impossible, installe du délire comme seule parade.

Pourtant le Réel, alentour, jour après jour résonne de sa haine et de sa bêtise cruelle, les discours discriminants tiennent l’affiche en boucle, ceux-là qui aisément déclenchent beaucoup les esprits confus.

Ce ne sont pas forcément d’ailleurs esprits « simples », ce peut être esprits « bien » formés, éduqués, instruits, cultivés, maniant le concept et la philosophie, la rime et la syntaxe ardemment. C’est souvent là que l’on trouve foisonnement délirant. Car un endroit a toujours son envers, la théorie a toujours sa part de délire, elle la nécessite, la vérité a valeur de fiction, elle est sœur de Jouissance (Lacan) ; cela n’est pas à déplorer, le monde des idées doit rester vivant, extrême, outrancier. Pas plus, l’art devrait-il être normé, normal, répréhensible, sa subversivité (quand c’est le cas) n’est pas en cause. Pour qu’advienne un peu de vérité, il est nécessaire de forcer la raison. Simplement, ces temps-ci, les « chiens » sont vraiment lâchés : le « théoricien » a trouvé son partenaire, le media, le faux-prophète a trouvé son système de vente et de publicité, a table ouverte dans les media, le poète-écrivain idem. La représentation subjective du monde d’un seul, toujours partielle, se veut totalisante, totalitaire, elle surfe sur les passions obscures, car elle-même en son sein abrite ses passions obscures, elle veut de sa vérité faire universel. Certains croient à leur dire, croient dur comme fer leur annonce cataclysmique, d’autres en jouent, s’en servent en politicien(n)e, quoi qu’ils en disent. Quant aux politicien(e)s ils n’ont plus qu’à se baisser pour ramasser, les « grands » esprits leurs sont caution. Partenaires contre nature ? Un trio inédit entre des media aux mains de financiers, des penseurs-créateurs soumis plus que de raison à leurs agités inconscients, des politiques qui guettent, avides. Les alliances objectives des « contraires », les véhémences langagières, les irresponsabilités des dirigeants (Europe) font le reste.. Les Daech, les intégrismes de tous horizons, les obscurantismes à petite ou haute dose, les intouchables colonisateurs soutenus par nos grands intellectuels rajoutent à la sauce.. L’exaspération et les contrariétés quotidiennes alimentées par ces rengaines en boucle produisent ce ressentiment bilieux, haineux, égotiste.

L’un dit, sans même en sourire, « je ne suis que le reflet de la réalité », et exige que les autres soient des mêmes, prône l’assimilation parfaite, (soit : manger l’autre, avec le risque d’en être empoisonné, oui l’autre ça (m)empoisonne), un autre dans sa foulée, peu discrètement, voit dans le dernier livre de l’écrivain-génie la fin de la civilisation, idée qu’il ne désapprouve pas ; le journaliste ce soir-là non plus ne désapprouve pas, prend un air entendu, le fantasme du grand remplacement, de l’invasion par l’autre, les barbares, est à l’œuvre, viendrait vite tout recouvrir, s’universaliser. D’ailleurs si le philosophe est en désaccord avec le pamphlétaire sur beaucoup de ses thèmes (on en saura plus puisqu’il va le recevoir « chez lui » à FC), pas un mot sur la vision délirante de l’invasion musulmane (Remember « le communiste avec le couteau entre les dents » j’ai connu ça enfant au village)…*Notez bien d’ailleurs la curiosité des équivalences : l’un  agite la peur de l’islam invasif, porte accusation féroce contre les Femmes et le féminisme, les femmes libérées quoi. L’autre invente la prise du pouvoir par un parti de l’Islam, et évoque la mise en scène de polygamies bienheureuses où l’Homme jouit enfin en paix. Chacun est à sa place, le Père Jouisseur et les esclaves.. et la nostalgie des femmes asservies. (Plus drôle encore leur acoquinement idéologique avec une certaine femme politique qui elle s’entoure, dit-on, d’hommes homosexuels.. No comment.)

Si l’on ne retient pas ce sens si peu caché d’un texte subjectif qui interroge sur le sexuel, on perd une bonne part de la problématique à l’oeuvre chez ces Messieurs. La question éminemment subjective et inconsciente de leur être sexuel et de leur rencontre avec l’Autre sexe, et la représentation de cet Islam menaçant, (mais aussi apaisant, enfin! un Ordre !), comme ce qui viendrait suppléer au sens manquant, à ce qui fait trou, à l’énigme inépuisable de l’être et du manque-à-être. (ou plus simplement a minima une forte angoisse de castration).

Et puis il y a aussi des gens simples, mais désarrimés, désarçonnés par l’infini du monde, leur déracinement géographique, leur déclassement professionnel, leur éviction forcée du monde social, le « tout va trop vite », le «  trop de guerres partout » le « l’autre a plus que moi », l’injustice, (récurrent central efficace toujours, graine de l’envie et de la haine) les ritournelles télévisuelles ad nauseum auxquelles viennent répondre en écho des « Allah Akhbar » réels ou imaginaires ; des jeunes djihadistes allumés, phénomène peut-être un peu beaucoup monté en épingle (même si la question est sérieuse).. des esprits simples, confus aussi, leurrés par de faux prophètes et aussi par une politique internationale trop fragile, trop peu déterminée, trop peu audacieuse.. alors ils arrivent qu’ils passent à l’acte, quand un désarrimage symbolique se fait. Rien ne les excuse, juste ils ont de solides partenaires…

La fin de LA civilisation, il dit, vous vous rendez compte ? Pas moins, rien que ça ! LA étant l’absolue, la NÔTRE, celle dans laquelle l’autre devrait venir s’insérer, s’inscrire, laisser sa peau à la porte (même le choix des prénoms est suspect !!), disparaître. La fin de la civilisation résonne pour moi, ça -cette idée bancale et folle-, comme l’entrée dans le monde crépusculaire de l’asile. La Création réactionnaire comme représentation crépusculaire du monde, qui vaut pour un dans sa Jouissance d’être, deviendrait vérité universelle, annonce politique, prophétie ! Ciel !

* Le délire vient toujours s’accrocher, s’épingler sur des signifiants-maître, sur ce qui fait saillie dans le Réel, au joint du réel et du Symbolique, causant un gonflement Imaginaire ; il s’élabore dans l’actualité du temps et du discours, dans ce qui est le plus visé en bien ou en mal qu’importe (délires mystiques, politiques, terroristes, attirances pour violence, crime, ou à l’inverse délire bienfaiteur universel, ordalie..) pourvu que ce soit proéminent et que l’on puisse y accrocher sa parole, son être comme porte-manteau, métaphore délirante. Des signifiants comme des spots, des slogans, en écho, redondants, ritournelles. Ce sont des théories folles et délirantes qui entraînent des esprits simples vers le délire aussi et le passage à l’acte. Pour des esprits agiles, la production intellectuelle si vantée et admirée comme celle d’un « essayiste » est aussi bien remarquable dans son exaspération Imaginaire. Ou bien, il y a un glissement de sens tel que toute théorie religieuse devient délirante, ce qui n’est pas faux au sens où le délire peut être création voire créationniste (ce qui est aussi pour une part le lot de toute religion). Freud a montré la bonne part du délire comme pacificateur voire civilisateur, mais aussi la phase du délire non pacifié, source et cause extrême de ce qui ne va pas, de ce qui ne peut se raccorder, faire compromis. Ce qui resurgit dans le réel, gonflement Imaginaire, paranoïa, déchaînement psychotique fore-clos. Ce qui capitonne, ou bien à un moment donné ce qui ne tient plus, le symptôme comme barrage à la Jouissance ou cause de la Jouissance. Tout intégrisme, dans sa lecture extrême d’un texte sacré, d’une théorie, dans son interprétation totalitaire, quand il appelle implicitement ou explicitement au meurtre et à la haine, sert de terreau aux dérèglements. La peur ancestrale et archaïque infantile, cette peur Imaginaire fantasmatique, crée les représentations des hordes de musulmans qui vont venir nous envahir, alors bien sûr il devient logique de désirer les renvoyer dans des bateaux et des avions. Le raisonnement marche aussi dans l’autre sens : désirer le rejet des autres, donc être certain qu’ils vont venir. Prophétie auto réalisatrice dit-on souvent, mécanisme de la paranoïa.. (après « le suicide » ça y est « la soumission » c’est parti ça marche ; c’est peut-être ça la seule clé d’ailleurs choisir ce thème parce que ça va marcher… )

Le thème de l’invasion, de l’empoisonnement, est un des thèmes majeurs de la persécution paranoïaque psychotique. Esprits dérangés dit-on, jeunes égarés, enfants perdus…la médiatisation à outrance de tout cela n’aide pas dans cette période trouble. C’est une fausse idée de penser que tout doit toujours être dit. La Jouissance, on n’en est pas maître, on ne peut en calculer les effets. L’acte civilisateur c’est aussi  dire stop ! Belle initiative à cet égard que le discours du Président pour inaugurer (enfin !) le Musée de l’Immigration. (Mais qui en a vraiment parlé ?). Cela, ce n’est pas assez vendeur, pas assez fascinant, pas assez « glauque » ; car le névrosé est fasciné par la folie, envieux de cela qu’il pense tellement Jouissif.

*C’est là où la démocratie est à la peine. Que peut le politique ? Tout est dans tout et inversement, les frontières Réel-Symbolique-Imaginaire sont poreuses en permanence, et entretenues ainsi par tous les gigolos de la démagogie et du pouvoir, comme enjeu narcissique stricto sensu. Dérèglement de tous les sens, disait Rimbaud. Là où le poète s’autorise dans sa singularité, le dérèglement de notre communauté est quasi général. Les causes, (zadistes, black block..) qui souvent sont justes, sont mise au service d’agitations souvent infondées (on se croirait presque avant 68, et les agit’ contre l’ordre établi, sauf que là de l’ordre autoritaire, il y en avait vraiment beaucoup, à ce jour il n’y en a plus guère..). Ceux qui, au pouvoir, essaient de tenir la barre, le font hélas trop souvent en ordre désordonné et coups de menton inutiles, en déclarations à la hâte succédant à déclarations trop tardives (pourquoi tout de suite épingler de terroriste un acte sans doute désespéré ?) Le pouvoir se coltine un réel sans loi, fou. Le verbe marche tout seul, l’apparole jouissante (Lacan) se déchaîne sans fin, les marchands du temple médiatique en font leurs choux gras et quelques écervelés sans âme (dans une ville de France aujourd’hui on refuse une sépulture à un tout petit bébé rom…) explosent leur ignorance.

 Qui lui jettera la pierre, au « politique », de n’en pouvoir mais que les symboliques Nation/République, que l’ordre des Institutions, tiennent si mal le coup dans ce maëlstrom mondial ? Pourquoi demanderait-on encore un maître, voire un Père, que l’on dégomme à chaque coup, pourquoi, comment, incarner un stop à la Jouissance, qui trouve ses alliances dans les porte-voix, les caisses de résonance médiatiques ? Que chacun réfléchisse au(x) pire(s) qui pourrait venir qui n’est sans doute pas l’insurrection qui vient, même si celle-ci dans son aspect rêveur, utopiste, pourrait nous séduire tout autant. Que chacun pense bien, de sa place, dans son action quotidienne, de là où il est, où il opère, où il parle, chaque jour, dans la sphère publique, ou dans sa sphère privée, aux ravages possibles, sans retour. Beaucoup « jouent un jeu » dangereux tout en se proclamant dans le vrai, la « bonne » conscience, le pire, fascine toujours ; l’exaspération, le dénigrement continuel, la contrariété critique en boucle, rejet, déni, un état d’être furieusement mélancolique, humeur noire. Et au milieu le Bonimenteur le grimaçant avide, trace sa route, auprès de sa blonde.

*C’est tout de même aussi un idéal, des joies, des valeurs, des réussites, une démocratie. Un printemps après l’hiver.. Encore faut-il vouloir les relayer, lever la tête hors du marigot des soupçons nauséabonds. Cesser ce déferlement de critiques incessantes, déferlantes, des « petits » procureurs de partout, les plus « libertaires » n’étant pas les moins virulents! Attention à ne pas le générer ce pouvoir « fort » à venir ! A t on vraiment quitté l’ambiance vichyssoise ? Déjà NS fut élu sur l’éveil de sentiments d’envie, jalousie, discrimination, racisme, immigration; c’est bien reparti, et justifié d’ailleurs par des journalistes comme répondant à l’insécurité des français. Insatisfaction : ça ne va pas, c’est pas assez. Colères, exaspération, crispations rancœurs, aversion pour le politique, nostalgie, assomption identitaire. La RF en prend un coup de tous les bords. Veulent l’état protecteur, l’état providence, les bénéfices, mais pas les contraintes. Demandent qu’on leur donne des moyens, mais si c’est le cas, ne saisissent pas. Râlent. Encore. Donne-moi ce que tu n’as pas. Tout de suite. Eclatement des significations. Appauvrissement du sens de la vie : A France-Inter, Florence Aubenas raconte : »Dans un village où on a fermé la station service, « on a même plus le droit de consommer » dit un habitant » ..Terrible. Vouloir consommer de l’essence…

La crête du discours, la phrase, le S1 qui va faire mouche en boucle (on écoute pas les développements éclairant de Royal sur la Loi Transition Energétique, on ne retient que les autoroutes..). Intox. Ne pas dire ce qui marche. Amalgamer. Mais comment peut-on porter crédit à de telles sornettes ? Ça prend, ça fait mayonnaise, pas forcément sur la pauvreté, sinon morale et psychique. Entretenir l’insécurité affective mentale, assécher l’espoir, à quelles fins ? (marchandes ? armes? publicités ?) Tous ces penseurs sans courage, immobiles, méprisants, eux aussi dans leur certitude sans vision, sinon celle de leur conviction inébranlable, souvent figée dans une posture communautaire (quelle qu’elle soit). A rebours d’une avancée civilisatrice, quoi qu’ils en pensent et quel que soit le grand estime qu’ils ont d’eux-mêmes. Tous ceux-là en portent une responsabilité.

Misère de la vertu disparue. De nos écrans en tout cas, car ailleurs loin des brouhaha médiatiques, c’est certain, des êtres œuvrent dans l’ombre, sans bruit, des médecins, des enseignants, des juristes, des soldats, des artistes, des ceci, des cela..

Sur le devant de la scène, que choisit on d’y mettre ? Qui choisit ? Vers où se précipite-t-on ? Qui peut le dire ? Sommes-nous dans « les années 30″ ou dans la propagande soviétique? Ou les deux à la fois après tout? Une nouvelle « dictature » qui viendrait.. sous forme de NS ou MLP. Qui n’aurait bien sûr pas la même forme, pas la même ossature caricaturale, mais.. dans la structure, au fond..

Que peut le politique ? Comment encore faire tenir ensemble ce qui nous rassemble comme communauté nationale, comme Nation, dans notre bien commun ? La cause commune, qui n’est en rien la cause de chacun pour lui-même, ce qui le cause dans son désir de sujet, même si faire lien, être ensemble, implique un nouage entre ces deux instances. Il n’y a pas ici maintenant de prophète, le politique n’est pas là pour exciter les peurs et les inquiétudes excluantes, le philosophe ne devrait sans doute pas nous faire prendre pour vérité les contorsions de sa propre confusion névrotique, obsédée par ses peurs anciennes, l’artiste œuvre d’abord pour lui-même, pour sa sublimation privée, ou alors s’il verse à l’obscurantisme réactionnel et réactionnaire, peut-on encore dire qu’il fait œuvre civilisatrice ?

*La parole politique quand elle est déterminée, franche, et qu’elle n’hésite pas à rappeler avec autorité l’éthique et les valeurs républicaines et humaines, à chaque fois que cela est nécessaire, quand elle fait œuvre civilisatrice, quand elle laisse à chacun sa liberté mais est garante de la liberté pour tous, sans doute peut-elle être là comme pare-feu à la haine qui monte. L’action publique, l’action politique, ne doit jamais se départir de sincérité, ni non plus d’audace. Elle ne doit s’en laisser compte par aucun conseiller de l’ombre qui roulerait pour sa chapelle ; elle devrait être irréprochable.

Vœu pieu, doux rêve ? Devant les épouvantails dressés, les récits d’horreur agités sans cesse, ne pas nier, ne pas reculer, ne pas céder. Se tenir debout et porter sa voix au plus près du Réel.

 

    Lorsque celui qui chemine dans l’obscurité chante, il nie son anxiété,  mais il n’en voit pas pour autant plus clair. Sigmund Freud

H : Il a l’air mélancolique F. : Non. …Pas du tout. Il rêve aux Iles Marquises

JLG Adieu au langage

Parce que cette douceur a été nécessaire pour enfanter la douleur  H : Une inquiétude douloureuse. F : Mais celle-ci n’aurait pu naître sans la douceur préalable.

    

« Moi, mon rôle c’est de dire : ne nous laissons pas emporter par ce climat, ne nous laissons pas dévorer par la peur, par l’angoisse. L’idée de la submersion, de l’invasion, de la soumission est une vieille idée. La France, elle a été parfois occupée, submergée, envahie, elle sait ce que c’est. Qu’est-ce qui fait qu’à un moment on a été capable de résister, de nous dépasser? C’est ça, moi, qui m’intéresse. Qu’est-ce qu’il y a dans notre pays comme forces positives? Il y en a beaucoup, énormément! C’est sur les forces positives que je veux, moi, m’appuyer pour la France. »

– François Hollande (FInter 5 janvier 2015)

nota : ce billet a été écrit et publié la veille des terribles attentats…

© evah5

#DDAY70


Cérémonie internationale d'hommage aux victimes… par elysee

Brouhaha!

Un tel brouhaha. Comment entendre, comment s’entendre ? Le monde est en tumulte. Un déluge d’informations, souvent sans intérêt. Que peut-on fixer par les mots, écrire sans que déjà une « nouvelle » info arrive ? Peut-on prendre le temps ? On croirait un bourdonnement incessant souvent anxieux, plaintif, critique ou plutôt critiqueur, négatif avant même que rien n’arrive, n’ait fait ses preuves, malveillant souvent ; parfois émergent quelques actes, concepts, idées, perspectives, qui sont annoncés ou reçus comme satisfaisants, mais c’est bien rare. Parole vide/parole pleine disait Lacan. De lui aussi l’idée que nous sommes parlêtres, parlés par l’autre, et que la parole a aussi cette fonction de jouissance. Sur la crête de la vague de l’info-buzz, l’écume signifiante laisse une effluve peu emballante. La démocratie de l’opinion et son partenaire le maître argent, dans leur tyrannie, construisent à un rythme incessant une négativation malfaisante, rejetante, destructrice, sans que l’on n’y prenne toujours garde. (un exemple récemment : Ségolène et les décolletés…vendre.. vendre.. mais ce n’est pas elle qui fait tout ce buzz!! malveillance intentionnelle et méprise! « Osez-le-féminisme condamne la décence selon Ségolene Royal » nous informe Madame Figaro ; Osez le féminisme relayé par Madame Figaro, ça c’est top de chez top comme raccourcissement de la pensée et alliance objective!!

Le danger est partout, rien ne pourra marcher, tout est voué à l’échec, d’ores et déjà : réforme territoriale, pacte de responsabilité, chômage pas d’évolution, non-cumul trop tard, loi Duflot etc.. etc… Pourquoi toute tentative de réforme est-elle systématiquement vouée à l’échec en France ? Pourquoi aussi laisse-t-on passer sans les voir, en tout cas sans leur faire la place qui leur est due, les pionniers, et pionnières, les inventeurs, les visionnaires ?

Ce rétrécissement du jugement, constant, est causé  pour une part par la sur-médiatisation ; le gavage impose la perte de sens, le trop-plein devient du vide, vide de la raison laissant la place au pulsionnel immédiat. Mais ce gavage, cette info en boucle sans analyse (si rare, et presque toujours avec les mêmes intervenants) qui ne permet pas la coupure signifiante, le silence, le manque, où viendrait se loger le désir, n’est pas un hasard, il est pensé dans les agences de com. de sondages, de média (Souvenons-nous « le temps de cerveau disponible »). La précipitation à la fois du temps et du discours obligerait à n’avoir plus aucune autre opinion que celle donnée, désignée, imposée, par les « décideurs » de l’ombre. Nous sommes  dans le temps de la Jouissance : Tout pour frémir jouir râler mais de préférence dans l’insatisfaction, la plainte, le pas assez, le trop, humain bien sûr. Humain car sans aucun doute beaucoup de situations matérielles, financières, sociales, sont préoccupantes. Seulement l’humain équivaut maintenant à des chiffres, pourcentage ceci, taux cela, augmentation ceci, réduction cela. Un être de chiffre à la place d’un être de langage. Le bonheur comme un chiffre, quand aussi et pourtant il est de ce palpitement de la vie… simplement.

Tout de même on y met le paquet en France pour que ça rate. Il semble que jamais autant de monde, media,  politiques, n’aient été contre, n’aient joint leurs voix(es) pour dire que non, que ça ne va pas, que ça ne peut pas marcher. Les opposants et les media en boucle sont les alliés-bazooka, un miroir déformant qui sème la désespérance, source du rejet et de la ségrégation haineuse. D’autant plus que les patrons des media pour la plupart sont majoritairement hostiles à ce pouvoir, une vraie machine de guerre qui rappelle un peu la campagne de 2007. Un raz-de-marée de dénigrement permanent. Hélas avec des alliés objectifs à gauche…Sans doute une certaine croyance et vénération tenace de nos « mythes » fondateurs, la Révolution notamment, nous maintient-elle à la fois dans un mirage et une nostalgie. Le récit « révolutionnaire » sincère parfois, mais aussi propagandiste, peut faire écran à la profonde mutation du monde. Il ne faudrait pas que nos mythes soient une entrave, nous devons les loger à leur place, avec le respect de l’héritage, mais aussi avec la bonne distance.

La plainte, le dénigrement, le blabla en rond, le rien ne va,  c’est dans une cure un moment qu’il faut tenter de faire cesser, par une coupure, une interprétation ; de là,  ouvrir vers le désir de savoir et de faire vérité. Ça opère, bien souvent, sinon c’est la répétition mortifère qui reste à l’œuvre dans son travail de sape dépressive. Notre pays, je le crains, en est là d’une dépression plaintive, récurrente, et de son corollaire inévitable : une demande exigeante de réussite immédiate, pourtant impossible, que savent entretenir tous les bonimenteurs idéologues ; les oiseaux de malheur, les prédicteurs scientistes qui, un an, deux ans, trois ans à l’avance, voient déjà le déficit, la dette, le chômage, notre pensée, notre avis, nos désirs, notre…vie. Les nouveaux divinateurs maudits. La pensée prédictive dans ses ravages, et le formatage sondagier qui se repaît de fabriquer une Misère Mentale qu’il a beau jeu ensuite d’analyser, comme s’il n’en était pas le créateur. J’y vois là un glissement (irrémédiable ?) de notre démocratie. La France serait-elle ingouvernable ? Une « société bloquée » comme disait Michel Crozier  autour de 1968. Une grande difficulté à réformer. On a reproché une absence de cap, mais on a aussi dit ici et là «chiche ».

Et demain questionne l’enfant ? Et après ? L’anxieux aussi demande « et après » ; il n’ose plus sortir de chez lui, ne veut pas voir le voisin, a peur de qui arrive, demande demain, qu’on lui dise demain, ce qui va arriver, que ce soit certain, qu’on ne le trompe pas…Assurez-moi de ma vie, de l’avenir, dit le peuple dans une demande certes légitime, mais aussi, souvent extrême et infantile.. Que l’autre me satisfasse là tout de suite maintenant, ça ne va pas assez vite, ce n’est pas comme ça disent les experts de tous bords, je sais mieux que vous ce que vous devez faire.. (un exemple : chez Taddéi, vendredi 25 avril, beau débat, bel échange concernant les jeunes «djihadistes », cette question plus que complexe, apport précieux de Dounia Bouzar et d’autres.. et bien voilà, déjà les mesures de Cazeneuve ce n’est pas ça, ça ne sert à rien clament des intervenants forts de leur « savoir »). Ne bougeons pas, ne faisons rien, ou alors faisons comme MOI je veux, comme MOI je pense.. la « Je-cratie » disait Lacan « comme égalité à soi-même », sans autre.

Et bien oui, il y a les nouveaux bonimenteurs, qui savent déjà dire.. demain. Qui promettent : Donne-moi donne-moi plus pour jouir pour consommer pour avoir plus, là où le pouvoir impose pour l’heure un moins..

Car bien sûr les politiques doivent se plier aux calculs aux robots aux statistiques, etc.. aux marchés avides de profits criminels et déshumanisés. Ici un billet documenté sur le « trading de haute fréquence » donne le vertige.  Et bien sûr les/des politiques font ce qu’ils peuvent de  là où ils sont, coincés entre le marché spéculatif fou, l’engagement contraignant dans les traités, et le souci (dont je ne doute pas) qu’ils ont de la nation, et du bien-être des citoyens. Le compromis quoi. Là où comme dit Piketty : «Le capitalisme et les marchés devraient être les esclaves de la démocratie et pas le contraire » (Libé 26-27 avril). Devraient  mais..ne sont pas!

Sans doute nos gouvernants socialistes n’ont-ils pas joué de finesse et de détermination, voire de préparation (je l’ai déjà beaucoup dit). Sans doute de vraies réformes fiscale et bancaire, (Piketty, encore, ignoré) dès l’arrivée au pouvoir, auraient-elles permis d’envoyer un message apaisant pour plus d’égalité, sans transgresser les traités Europe. Sans aucun doute le Mariage pour Tous, nécessaire, aurait-il pu être envisagé autrement, avec plus de conviction et d’autorité venant du Président, sans doute, je le dis sans détour, a-t-il déclenché encore plus de peur, de haine, de rejet, révélant s’il en était besoin la gravité d’un fonds réactionnaire terrifiant et.. terrifié face au « progrès », sentiment humain par ailleurs. Cette agitation des peurs recuites et rances, (sexualité, genre, enfants, etc..) révélant une grande bouillasse d’ignorance. ( « dérives » infra).

Alors… faut-il que sur tous les bords autant de « non » s’élèvent ? A propos de tout, sans cesse ? Alors quand tous ces « non »  se lèvent, opposants, on souhaiterait bien aussi entendre des « oui ». On ne peut aller contre le Réel, on doit bien faire avec, en tout cas « du passé faisons table rase » est maintenant utopie mensongère. Car qui a pu croire que François Hollande allait tout seul se battre contre la finance mondiale, allait pouvoir se dédire des traités européens votés, allait pouvoir récupérer, créer ainsi des emplois sans que cela ne touche personne, allait pouvoir « forcer », imposer à des patrons qui pour une grande part souhaitent son échec, qu’ils consentent sans « cadeaux » ? Qu’il allait pouvoir éponger une dette augmentée de 700 MDS comme ça ? Peut-on vivre raisonnablement en continuant d’emprunter autant pour rembourser cette dette ? On peut constater en tout cas la solidité du « modèle français ».

Que veulent-ils ? Que veut-il ce « peuple » ? Ce peuple à qui sans cesse on dit qu’il souffre, qu’il va mal, qu’il est malheureux, qui bien sûr pâtit, mais qui pense surtout, chacun par chacun, qu’il est plus malheureux que l’autre, c’est toujours la même rengaine, je suppose à l’autre plus de jouissance, je t’envie, je te veux prendre ta jouissance, je te hais, (au fondement de tout rejet, de tout racisme, de toute exclusion, qui ne rend d’ailleurs pas plus heureux puisque ce vœu se double toujours d’une grande culpabilité..)
Bref. Que demande « le peuple », comment le satisfaire qu’est-ce d’abord que le peuple ? Ce mot, cette chose, dont tout le monde se gargarise, au nom de qui tant  prétendent parler ? (Taisant les mensonges, les inexactitudes, les leurres à la fois de leurs interprétations et de leurs propositions hors Réel). Est-on assez naïf pour penser que le Président et le gouvernement français sont libres de leurs décisions, leurs mouvements, leurs partenaires, libres de l’autre, tout-puissants à dézinguer la finance internationale. Qui peut faire croire que ce n’est pas une lutte de dizaines, voire centaines d’années, ces combats réellement engagés dans les démocraties contre terrorismes, blanchiments, finances, paradis fiscaux etc.. (sans doute pas assez annoncés martelés déterminés armés mais..) Qui veut faire croire qu’il est possible de gouverner la France sans tenir compte des contraintes européennes est un(e) bonimenteur (euse). On doit regarder la vérité en face mais aussi dire stop à l’ auto-flagellation et aux lamentations. Dire aussi ce qui marche et ce qui peut marcher : ah Royal dit qu’elle veut créer 100 000 emplois (Conférence de presse 25 avril) et … ricanements déjà !…

Dans ce brouhaha, cette confusion mêlée et emmêlée où prospèrent les faux prophètes et les marchands du Temple, dans la traversée d’une crise aussi bien mentale, psychique, que socio-économique, un choix s’impose, à un moment donné, il est forcé sans doute comme tout choix quand il engage le destin, et que le Réel cogne si violemment : ce peut–être celui du repli un certain mode du non/ ce peut être celui de l’ouverture, du pari, un certain mode du oui. Car il n’est d’autre choix. Et il s’agit de faire le bon.

Dire oui/dire non

Il est des situations où il est noble de dire non certes ; mais toutes les oppositions, toutes les résistances ne se valent pas. Se dresser contre, s’opposer est légitime, mais à quelles fins, pour quel but, vers quel avenir ? La résistance, si elle fut Acte dans l’histoire, est aussi un frein quand elle serait idéologique ; la résistance comme un déni, un refus de savoir, une entrave au risque de l’insu.
Oui/non, cette alternance signifiante ne prend sens que par rapport à un contexte historique, signifiant, moral. Ainsi ce Père toujours pensé comme l’interdicteur, celui qui dit non, est aussi celui qui dit oui ; cette fonction Président/Etat que l’on veut tellement paternelle (mais aussi maternelle comme celle qui pourvoit), qui devrait nous satisfaire, mais qui pour l’heure nous impose des privations, elle est celle contre qui pour l’heure on s’insurge de toutes parts. Ainsi, le sujet, l’infans, est d’abord pris dans une Bejahung primordiale disait Freud, un dire oui, puis, dès qu’il parle, il veut dire non, à tout, c’est bien, et puis il accepte, il consent, il aime, il dit oui, à sa vie, à l’autre, au monde. Un assentiment, un consentement. En chacun de nous, un dire non qui s’oppose, qui dit stop, mais aussi qui freine, empêche, alterne avec un dire oui béat naïf  voire lâche, mais aussi un tu peux Jouir, prends ton risque, consent en conscience. Rêver d’une révolution est un leurre, (l’heure n’est pas à la révolution), un rêve, comme sortir de l’euro est un leurre, comme ne pas régler sa dette est un leurre. On peut rêver mais gouverner n’est pas un rêve. On peut être en opposition mais contester tout sans cesse est une lourde responsabilité, un empêchement, un frein à ce qui est si difficile à construire (et à réparer des héritages budgétaires). Et si pour l’heure c’était dire oui qui était le moins conforme et le plus  « révolutionnaire » ?

Sur cette question-ci, bien sûr, comment ne pas penser là à ce cher Edwy Plenel et son « dire non »  déplié tout au long de son livre (le trait Paternel source s’y indique en clôture du livre). Bien sûr ce « non » là me touche, j’y adhère souvent, mais est-ce le temps politique du non, du non permanent au pouvoir, comme hélas Médiapart en fait maintenant style, Mediapart si précieux, qui n’échappe pas non plus aux commentaires de haine et de rejet ? Ce non ne doit-il pas être plutôt critique constructive ? Et puis ce moment si rare de rencontre avec Christiane Taubira, cet échange, où l’on entend à bas bruits la complicité, mais aussi le point de butée entre celui qui dit non, et celle qui est aux manettes. (lassée peut-être des difficultés du pouvoir mais..). Je vous invite vivement à regarder l’enregistrement de la Rencontre entre Christiane Taubira et Edwy Plenel organisée par l’Institut du Tout-Monde et Mediapart à la Maison de l’Amérique latine le lundi 31 mars 2014.

Je voudrais dire concernant aussi cette ode à la beauté, du début de la conférence, qu’elle est nourri d’un peu d’idéalisme, ou  de platonisme curieusement, car « Le beau n’est que le premier degré du terrible » comme nous dit Rilke bien justement.…(Elégies de Duino 1ère élégie).  C’est bien sûr une poétique de vouloir faire du politique avec du beau. Mais hélas c’est un mirage. Même les artistes ne font plus du «beau ». Peut-être d’ailleurs font-ils plus de la politique ou de la finance ou du commerce… Désenchantement du monde…Et puis comme le dit Edgar Morin, le même jour, le non est l’autre face d’un oui, « il ne suffit pas de dénoncer, mais énoncer » .

Donc..

Les gouvernants sont aux prises avec le mondialisme, la tâche n’est pas aisée; avec le Réel sauvage de la finance sans autre Loi qu’un profit avide et déchainé ; et avec le deal à faire sans cesse avec les autres. Que feriez-vous tous les beaux parleurs toujours contre? Que feriez-vous aux commandes ?

Si l’on prenait conscience des conséquences que tous ces « non » souvent n’enrichissent pas le destin collectif mais font inertie, si l’on se demandait sérieusement : est-ce le temps de l’autrement, ou de l’ensemble ? Et si l’on disait un peu plus « oui » collectivement, pour relever la Nation?  Et pour tracer notre chemin dans l’Europe et dans le Monde ?

Car le Monde lui est ouvert ; ouvert et en même temps traversé de murs. Il n’est pas temps des barbelés aux frontières des pays, et aux frontières de nos âmes (sur cette question des étrangers, ici en France, la politique actuelle continûment ségrégative, suscite à chaque coup mon « non » inquiet pour le coup). Les espaces et les temps s’ouvrent dans une grande confusion parfois, une crise forcément cela génère une mutation subjective, ébranlement de nos pensées, de nos marchés, de nos coutumes, de nos autres, de nos plaisirs. De nos économies. Nos références idéologiques elles aussi doivent s’ouvrir vers l’inconnu. L’étrange. L’Inédit. L’ Etranger.

dyptik

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L’affaire du siècle disent-ils..

La Garde des Sceaux aurait menti…c’est l’affaire du siècle… tellement plus grave que toutes les affaires et agissements d’un certain M. NS et de sa troupe. Pensez donc.Ça se déchaîne comme rarement à droite mais peut-on encore l’appeler droite républicaine cette meute, quand on voit et entend ce qui se dit, les positions outrancières qui sont prises sans aucun respect des lois et institutions républicaines? C’est un cauchemar de penser qu’ils pourraient de nouveau avoir le pouvoir, ceux-là et celles-là qui d’ailleurs considèrent qu’ils ne l’ont jamais perdu. Les coups d’état ne sont pas forcément en dehors de nos frontières, c’est certain qu’un certain nombre d’esprits (fragiles, très fragiles pour certains, quand ils sont frustrés du pouvoir) en rêvent..
Hélas la caisse de résonance médiatique dans sa presque totalité surfe sur ce courant délaissant toute indépendance de jugement, tout fondement d’enquête, toute information sur les textes et les lois. Jouissant eux aussi d’alimenter la bête avide, le monstre accusatoire. Hélas, trois fois hélas, les Français ont les oreilles pleines des « fautes » (Le Monde) du gouvernement, oui vous avez bien lu, c’est le gouvernement, Mme Taubira first, qui est en faute.
L’art du retournement langagier  et  idéologique est à l’oeuvre encore une fois (déjà en 2007 NS invoquant Jaurès!!). C’est la nouvelle mode, la nouvelle stratégie de la droite (et ses extrémités) de renverser signifiants signifiés significations, semer le trouble dans les esprits, retourner sur l’autre sa propre cause. L’accusatoire aveugle, sans foi, sans loi..
Merci Madame Taubira de vos explications franches et claires.


Indépendance de la justice : Extrait de la… par Najat-Belkacem

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Vers 2014


 

vx_eva

N’ai je plus rien à dire? Suis-je comme une poule devant un peigne à rester muette devant l’étrangeté du réel politique, de l’action politique qui est plutôt  l’initiative du non-faire des retournements, donc d’un certain immobilisme, ainsi qu’en est l’issue lorsque l’on fait la même chose et son contraire?  Bref d’une praxis politique qui semble animée d’une idéologie soit londonienne (pour l’idée du brouillard) soit moralisante ? Sociale-démocrate? Est-ce une praxis qui vaut pour maintenant et qu’a-t-elle à porter de neuf devant le déferlement spéculatif?

Ai-je difficulté à trouver l’angle pour dire nos glissements nationaux…à les mettre en mots, à les penser, voire même les concevoir, de même que l’interprétation vient à manquer à l’écoute d’un patient qui ratiocinerait sans cesse, sans qu’une pointe vive de son « âme » vienne à se dire, sans qu’il ne cède rien de sa défense pour « révéler » son désir? Ne pas déranger, ne rien déranger, ne pas mécontenter les « siens » (encore que). Jouir en rond. Continuer la lecture de Vers 2014

L’autre discours de Dakar/SRoyal


S. Royal Dakar 2009
S. Royal Dakar 2009


Discours de Dakar par segolene-royal

Ségolène Royal a prononcé un discours, le 6 avril 2009 à Dakar, Sénégal. Ségolène Royal est Présidente de l’Association Internationale des Régions Francophones.

Morale, éthique, et conviction(s).


Serais-je désenchantée, déjà? Encore aurait-il fallu être enchantée. J’ai joué le jeu, fidèlement, je le reconnais, surtout par conviction « derrière » S. Royal, me situant depuis toujours à gauche. J’attends, j’écoute, j’observe. L’investiture m’a semblé pas trop mal.Les 60 propositions me conviennent bien, on y retrouve des visions de Royal. J’ai bien conscience que la politique est toujours un combat un peu compliqué face au  réel (et souvent perdu d’avance), nous savons bien cela en psychanalyse, combien nouer les registres, forger les compromis, est un art difficile. « Gouverner, éduquer, soigner », tâches impossibles disait S. Freud. Donc indulgence, respect. Ne pas hurler avec les critiques permanents de tout, les « y’a qu’à », prendre la mesure du Réel et de cette tâche si ardue au sommet de l’Etat Français, et dans les ministères où beaucoup de personnes s’engagent avec conviction.

Et puis, pourtant, jour après jour quelques « déconvenues » : Nicole Bricq, le mystère du ministère de l’écologie, comprendre; les déclarations de Cahuzac, Moscovici (ça on n’espérait pas trop de surprises), la contribution Aubry-Ayrault, comprendre. Et puis le non-cumul qui semble partir dans l’arrière-cour. Ah ça! La culture socialiste du pouvoir! Et puis, chère Najat, cette déclaration très volontariste  sur la prostitution à éradiquer, un peu à la grosse, là où il faut bien sûr considérer la question dans toute sa complexité. Et puis Montebourg et le gaz de schiste…Bref! C’est bien le moins qu’en simple citoyenne je n’ai pas trop envie de manger mon chapeau. Même si, j’insiste, j’ai grand respect pour  ces élus et ces ministres de la République, je suis bien attentive au respect des engagements pris.

Et puis vient le 14 juillet, l’interview du Président, beaucoup de temps sur PSA, bien sûr la gravité de l’évènement le mérite, et vaut d’affirmer avec force l’intervention de l’Etat, mais cependant des chiffres sans trop de vision, quelques formules parfois à résonance ségoléniste, « l’effort juste », mais sans l’âme. Je tends l’oreille, espérant entendre croissance verte, écologie, Continuer la lecture de Morale, éthique, et conviction(s).

Un « enfant perdu », criminel.

Montauban/Toulouse.

Au jour d’aujourd’hui beaucoup de questions restent non élucidées. Beaucoup le resteront sans doute, d’autres seront sans doute étouffées, pour un temps en tout cas. Questions sur les erreurs de la DCRI, sa « lenteur », son mode d’intervention, sur la présence permanente du ministre de l’intérieur non conforme à la séparation des pouvoirs (Eva Joly, et Fr. Rebsamen: « En tout état de cause, je m’étonne du fait que le président de la République ait demandé à Claude Guéant de piloter l’enquête. C’est du jamais-vu. On se demande même ce que Guéant faisait sur place pendant trois jours. Son rôle est de mettre à disposition de la justice les moyens pour arrêter la personne poursuivie, mais ce n’est pas à lui de donner les ordres.., le procureur n’étant là qu’à après-coup, pour venir expliquer ce qui s’est passé. Or c’est bien lui qui pilote l’enquête! »). Questions sur le déferlement médiatique couvrant l’immobilité de la scène et créant ainsi une jouissance avide de sang, il faut bien le dire, scène médiatique animée de psys  en tous genres (ah ce mot fourre-tout qui « nous » catégorise maintenant!), criminologues notamment en mal de story-telling, et bien d’autres. Iront-ils jusqu’à diffuser les vidéos, en rajoutant encore dans l’horreur? Sauront-ils faire preuve de sagesse?

De ce qui fait là évènement, dans le Réel, glaçant, je ne traiterai ici que deux aspects :

*D’abord à partir de ce que j’en sais dans ma pratique clinique. Car des jeunes gens comme Mohamed Merah j’en rencontre parfois dans mon cabinet. J’en ai aussi entendu parler par les éducateurs qui les côtoient. Ils sont certes plus arrimés au symbolique, la parole porte davantage, ils peuvent généralement accepter encore le pacte avec l’autre. Mais pourtant le même sourd désenchantement les habite. La même haine parfois. Haine parfois contre un père abandonnant, contre une famille maltraitante, haine qui se déplace contre l’humanité toute entière, contre tout ce qui bouge. Violence souvent retenue, mais parfois déclenchée, incontrôlable. Echec, l’employeur qui dit non, ou qui promet et qui laisse tomber, l’éducateur qui n’a pas assez de temps au moment où il faudrait, l’ami qui déçoit, le CMPP qui n’a pas de place, la tentation de faire payer à tous sa propre histoire.. Enfin, souvent un cri contre l’injustice, ce sentiment qui n’est pas a priori le seul lot de ces gamins-là, tant l’adolescence est sensible à l’exclusion, dont à la fois elle rêve et qu’elle rejette. Injustice devant les actes des adultes, la discordance entre acte et dire, la « trahison ». Pour la plupart, les appuis identificatoires sont suffisamment étayants. Seulement, là, ça vire à l’extrême.

Certes, ce sont des jeunes gens qui ont eu moins à faire à la justice; ce sont des jeunes gens qui ont eu l’opportunité plus tôt de bénéficier de structures d’accueil à la fois souples et bienveillantes, mais il en faudrait peu parfois pour que ça glisse sur la même pente. Ce sont souvent des jeunes gens qui, en bout de course, rêvent de l’armée, veulent l’armée, pour avoir un cadre, une discipline, pour aider les autres, pour tuer aussi parfois (je reprends là leur propre parole).

Et puis, parfois, en bout de course aussi, il y a la religion, musulmane mais pas seulement, la religion qui comme l’on dit sert de béquille pour le meilleur, mais aussi de métaphore délirante pour le pire. Celle qui vient suturer une question identitaire qui ne trouve pas à se résoudre. C’est bien souvent la question de la construction subjective, mais là, le hic, c’est que ça passe à l’acte, violemment, follement, empruntant pour le coup un discours « terroriste » pour éxécuter plutôt un crime « ordalique », vengeance, mission, épuration.  Julien Dray, à son propos, dit à juste titre : « emplissant son vide identitaire par des conceptions pseudo-religieuses et une identification à des combats étrangers ».

Trouver une cause -à-être pour mourir.  Continuer la lecture de Un « enfant perdu », criminel.