le blog d'Evah5

l'air du temps qui passe


 La loi autorisant le « mariage pour tous » a été votée à l’Assemblée Nationale. Enfin ! A quel prix ! Que de dégâts, de remous ! Non pas qu’elle ne soit pas légitime, mais ce que tout cela a déclenché, a révélé, dans notre beau pays mérite que l’on s’y arrête. Mais après tout, cela aura fait réveil et rappelé la réalité d’un certain  « fonds » français.

F. Hollande voulait une société apaisée, c’est mal parti. N’a-t-il pas suffisamment tenu compte de l’état avancé de détérioration éthique, culturelle, et identitaire de la société française, de son vieux fonds catholique intégriste (chants religieux des jeunes aux Invalides qui répètent en boucle « nous sommes LA Jeunesse de France » + violence extrémiste + députés de droite évoquant sans fléchir le « pays réel » maurassien,   le « Peuple »). Voilà ce qui se révèle : un discours intégriste, excluant, exclusif, surfant sur le déni de  démocratie, la négation du vote, l’irrespect de l’AN-sanctuaire (certains députés de droite sont dedans, dehors, attisent tout en condamnant). Le poison, la haine, entretenus par l’ambiguïté, le double discours de la droite qui surfe et s’alimente des profondeurs racistes et nationalistes (comme un continuum enfin avoué au grand jour de la campagne de NS déjà). D’autant que cette « opposition » est déchaînée, menteuse, malhonnête, et manipulatrice. Et d’un archaïsme. Pourtant, à les regarder, on voit vite le ridicule et l’anachronisme de  leur mouvement par rapport à l’état du monde et la souffrance mondiale. Mais cela ne semble guère les préoccuper. Ce qu’il faut sauver c’est La France Toute, Une, la Fille aînée de l’Eglise, Radicale et Eternelle, dans son Evangélisme, et donc son union avec tout Nationalisme. Là tout ce qui n’est pas elle, ce qui est autre, n’existe pas, n’a pas voix au chapître, c’est le cas de le dire. M.Mariton le dernier soir à l’AN : « Si la France se mariait avec elle-même, /Si un jour elle se disait enfin je t’aime, / Elle inventerait la ronde qui épouserait le monde,/ Si la France s’embrassait un jour qui sait. » Il faut lire ce discours c’est un régal.  Non M. Mariton, la France ne s’embrasse pas elle-même, ne s’aime pas elle-même, elle a besoin de l’Autre, d’un autre pour cela. (« Une bouche ne s’embrasse pas toute seule » SF).

Je ne veux pas leur faire de pub mais il faut lire aussi ça pour bien comprendre la stratégie discursive en action : B. Bourges « Une révolte d’avant-garde » : « le Printemps français revendique un héritage pluriel : le franc-parler des prophètes juifs, la sagesse gréco-romaine, la fraternité évangélique, la liberté des Lumières, les luttes populaires pour la justice sociale » eh oui ! Vous avez bien lu, rien que ça! (elle invoque « le cri des masses, les sans-voix, tiers-Etat « ).

Et puis sans doute n’a-t-on pas tenu assez compte qu’une partie de la jeunesse française voulait elle aussi son « 68 » depuis si longtemps ! Cela est intéressant à noter. Son explosion, sa révolte. Quand on les regarde, ces jeunes qui n’ont pas tous l’air d’être des fachos, on voit bien qu’ils font cela pour certains sans conviction, me semble-t-il, juste ils prennent les insignes de la révolte/ à l’envers/ « une carapace » me dit un jeune patient qui souffre tant de l’oppression catholique familiale, comme d’autres qui n’osent s’affranchir des choix parentaux, ne sachant encore décider de leur propre orientation. Les dégâts psychiques peuvent être féroces. Retournement des pulsions d’un conflit interne non avouable. Croient-ils vraiment ce qu’ils disent, ces jeunes là aux Invalides, certains en tout cas ? N’est-ce pas pour certains d’entre eux un habillage, n’est-ce pas surtout contre leurs propres oppressions qu’ils s’agitent et crient ? Je ne peux concevoir une telle haine froide. (Je ne parle pas là des  groupes  organisés, toute cette nébuleuse identitaire catholique intégriste : GUD, Bloc Identitaire, Civitas, Alliance Vita, Action Française .. et aussi Opus Dei Fondation Lejeune etc..ici sur Mediapart).

Ils chantent des chants religieux et ils scandent des slogans, dont la forme est copiée, imitée, de ceux des manifs de gauche ; inversion étrange, un peu puérile et envieuse. Ont-ils conscience d’être à l’image d’autres intégristes d’autres religions qu’ils désirent pourtant éjecter ? La France blanche, cette jeunesse blanche formatée, n’a-t-elle aucun jeune homo, aucune jeune lesbienne dans ses rangs? Cela peut créer de sérieuses difficultés pour les jeunes homos dans des familles de droite traditionnelles, voire des  conflits destructeurs. Pour eux c’est parfois difficile d’exister. Merci à Ch. Taubira d’avoir pensé à eux :   « Je veux dire aux adolescent(e)s qu’ils sont à leur place dans la société.. chacun d’entre nous est singulier. » Je ne sais à quelles études ils se préparent, mais leurs réflexions et compréhensions des choses, et leurs analyses me semblent assez futiles et incomplètes. Cela révèle, et c’est assez effrayant, la formation que reçoivent ces jeunes  dans leurs familles et leurs écoles privées. (Je précise : loin de moi l’idée de penser qu’ils sont tous ainsi et que les familles de Gôche, ou d’autres familles d’ailleurs, ni de Droite, ni de Gauche, échapperaient, pour une partie d’entre elles, à l’ignorance, l’étroitesse d’esprit, voire la coercition et l’oppression de leur progéniture.) 

On croit que parce que la Gauche arrive au pouvoir, avec ses mythes révolutionnaires et ses bonnes résolutions en étendard, ça n’existerait plus, ça aurait disparu, mais c’est actif, vivant, parce que c’est en nous dans notre société, notre histoire commune, et aussi en nous-mêmes, chacun par chacun. Sauf que là, on va au-delà ; l’hubris grecque, elle,  fait couler le sang, rend ivre et fou au théâtre, elle fait le récit de ça, des passions divines et humaines, de la mésentente des dieux et des hommes et de la vengeance terrible des dieux. Mais là, ce Fonds de (F)Rance (et d’Europe, la belle Europe enlevée par Zeus), ressurgit comme une boue poisseuse. L’ère des media, leur rapacité monstrueuse, n’arrange rien. Manipuler les images, envoyer les infos triées sur le volet en boucle, faire la propagande (la campagne NS 2017 est déjà à l’œuvre : conférences, contacts avec les « puissants » partout, s’exprimer partout avec  la complicité des media, et même ..rencontre avec Barjot !). Double discours permanent de la Droite Républicaine. N’a-t-on pas suffisamment  tenu compte des forces souterraines de la droite extrême,  soutenue clandestinement par la droite, qui surfe pour préparer son retour (j’en veux pour preuve les sondages récurrents favorables à NS,  BFM TV et ses discours de propagande et de mise en scène)? Vichy ne s’est pas envolé. 2002 ne s’est pas envolé. La campagne haineuse de Sarko-Buisson non plus. La trouvaille néfaste du débat sur l’identité nationale et sa double paternité Guaino-Buisson  non plus.

Nous sommes dans l’ère du faux, du mentir absous, voire légitimé. (Au fond Cahuzac dans sa grande perversité mensongère n’avait pas tort d’essayer de nous berner avec sa part d’ombre, ça pouvait être gagnant.) La démocratie est bien fragilisée, et cela peut faire naître une nouvelle forme de dictature. Saurons-nous nous en protéger ?

Un boulevard pour cette droite dure. « CRS collabo-socialisme fasciste etc »… La tactique récurrente est de retourner la sémantique généralement de gauche, le comportement, le discours, en miroir, à l’envers. En cela, ils ne sont guère inventifs, c’est inquiétant ou bien qu’importe le contenu l’important étant de créer le désordre. Inquiétant aussi ce contre quoi ils se battent et leurs propos nauséabonds : « Taubira tête de rat – on est chez nous –nous sommes la jeunesse de France. » Et puis cette nécessité de  s’approprier le peuple (hélas d’autres ailleurs usent des mêmes stratagèmes). Inquiétant, l’irrespect des institutions républicaines.

Cela émerge dans une France post NS, lui-même élu à la suite de Chirac, qui loin d’être un ange, avait semé ségrégation et affaires, (et racisme parfois), cela qui a d’ailleurs permis à NS de surfer sur cette idée du chacun contre chacun. Souvenons-nous : « Ceux que l’on laissera sur le côté du chemin, la France tu l’aimes ou tu la quittes, les travailleurs et les autres, etc.. » Tout cela comme promesse de marcher sur l’autre, le « en-dessous », au fond, promesse à laquelle ont cru tant de petites gens, d’ouvriers… Aujourd’hui la radicalisation de la droite  fait apparaître combien cette partition française (aux deux sens du terme) est forte et vivace et  radicale. Et ancienne. Mais la gauche a-t-elle suffisamment gardé intact et pur son rêve d’égalité, dans ce maelström ? « La Justice Sociale » est-elle au rendez-vous ?

F.Hollande et les autres, son équipe dskiste-libérale notamment, celle du Budget, était-elle prête pour une politique de gauche, M. Cahuzac en tête? A propos du MPT, laisser entendre une clause de conscience possible pour les maires, laisser supposer ses réticences à la PMA, au mariage, traîner encore et toujours, faire des compromis, n’en paie-t-on pas le prix? « La Gauche devrait dire c’est génial ce qu’on fait. » dit Irène Théry. Cette politique, dont on ne voit pas pour l’instant les effets égalitaires, n’a-t-elle pas contribué à laisser se développer cette  mécanique destructrice qui libère les positions les plus rétrogrades, les plus réactionnaires. ? Je sais l’impuissance face aux marchés, aux idéologies, aux media, et leur déferlement tout puissant anti Hollande. Mais sans conviction, pas de message clair et déterminé. Pour toute  question d’ailleurs. Difficile d’apaiser tout cela. Cela qui remonte à la surface. D’autant que les résultats socio-économiques sont en berne. Rien n’a été suffisamment annoncé clairement de l’état du pays en mai dernier hélas. Je l’ai déjà dit les réformes sont des réformettes sans courage, sans audace : à propos du CICE par exemple qui est plutôt « une usine à Gaz » (Piketty) permettant tous les détournements et les effets d’aubaine; de même Th. Piketty  explique de façon convaincante le « manque de courage et de conviction ». Il aurait fallu frapper un grand coup d’entrée de jeu. Mais encore fallait-il être prêt. ici L. Bouvet 

«On peut critiquer mes décisions, penser que je fais fausse route, dire que je n’ai pas pris le bon cap mais s’il y a une chose dont je suis sûr c’est que depuis un an, j’ai fait des choix majeurs pour la France », plaide aussi le Président de la République citant le pacte « de compétitivité, la réforme du marché du travail, le sérieux budgétaire ». « En dix mois bien davantage qu’en dix ans ! », dit-il

Des « choix majeurs » ? Lesquels ? Dominique Sopo (Libé 22 avril membre du CN PS) remarque à juste titre  « l’évolution du registre lexical » entre les « mots du socialisme » et les « mots du pouvoir » ; il y a de « lourdes inflexions politiques » concernant par exemple : égalité-étrangers-antiracisme-réforme fiscale etc.. Alors, des choix majeurs, si le Président le dit.. Je ne demande très sincèrement qu’à le croire. Mais je suis pourtant désolée de ne pas les voir, ni même vraiment les apercevoir, ni idéologiques, ni « techniques », au fond, l’un des plus radicaux, sur lequel il n’a pas cédé, ironie, est bien ce MPT (mais attention, hein, pas de PMA, pas de GPA, la France à la pointe éclaireur out.. laissons le commerce proliférer, laissons les lesbiennes prendre le train, ou l’avion, laissons les choses comme elles sont, fermons les yeux et les oreilles comme le singe.. déni). (cf. mon billet infra Unions Conceptions)

« En fait, c’est toujours vers le président que les Français se tournent. C’est au président qu’ils demandent des comptes et c’est légitime ». « Je mesure ce que je dois faire dans ce moment particulier pour le pays. Rester maître de moi, en étant sûr de ce que je pense » dit aussi le Président. (ibid.)

Pourtant il me semble qu’il y a plutôt « défaillance » « défi(ll)ance » du transfert au pouvoir, de la fides dans les Hommes vertueux (la ferveur hélas tant méprisée  de SégolèneRoyal est absente, ne reste que son retournement en haine et rejet déjà là depuis longtemps) : « tous pourris » de droite et de gauche, adhésion au « qu’ils s’en aillent tous » d’un JLM.. méfiance, défiance. C’est pourquoi sont nécessaires des règles institutionnelles de «morale publique » et non d’ordre moral versus morale privée. (Le Monde 21_22 avril S. Wahnich.) On ne veut pas de maître, et dans le même temps on remarque une certaine appétence pour un régime fort, un maître suprême, si j’ose, « ni dieu ni maître »/ juste Dieu. Il y a une mise à mal des institutions. De même la reprise de la sémantique à la fois maurassienne et des codes révolutionnaires de mai 68 etc..Tout est tourneboulé, ne plus croire à rien, à la parole et à l’action politique, normalisation de  MLP, révoltes infantiles et ado pour d’autres, instrumentalisation de tout ce mal-être généralisé pour d’autres, mouvements structurés, idéologie vivace et efficace. Néocons alors? Tea party? L’ordre religieux supplante l’ordre politique (déjà NS préférait le curé à l’instit) et ce d’autant plus que la Gauche est considérée comme non légitime au pouvoir. JY Camus : « La (leur) volonté d’agir dans le domaine proprement politique est directement liée à une morale, à des principes transcendants qui découlent de l’ordre naturel que le catholicisme considère comme l’objectif de la vie en société et pour la restauration duquel les croyants doivent agir ». (A cet égard rien à envier aux autres intégrismes et à la suprématie de la charria). Eric Fassin parle de « perversion homophobe de la démocratie » : « la nature biologique devient le refuge de la transcendance contre le mariage pour tous ».

Plus de père mais Dieu? Et une autorité de l’Etat qui se délite. Qui croire ? Comment croire ? Pas la science, pas le progrès, mais notre tradition, notre Totalité. Recrudescence de la foi, tradition immuable, loi divine contre loi républicaine, leur charia,  « l’inversion réthorique de la démocratie » (E. Fassin). Tel est le message.

La République n’a pas besoin d’un sage, elle a besoin d’un capitaine costaud et déterminé, sans faux-fuyants. Même s’il faut virer de bord assez souvent par les temps qui courent. Peut-être est-il ainsi notre Président, mais sur quoi est-il déterminé, puisqu’à chaque fois, droit dans les yeux, il nous dit que ça va le faire, et ça le fait pas. Que de risques pris à promettre ainsi! « Rester maître de moi en étant sûr de ce que je pense», mais cette assurance doit être vérifiée et vérifiable, s’accommoder des autres, consulter (Eva Joly, T. Piketty, et d’autres, j’insiste, plutôt que les technocrates des cabinets ministériels qui d’ailleurs pour la plupart sont là depuis le précédent pouvoir, ceux pourtant qui écrivent ces lois si mal ficelées), ne pas faire confiance aveugle à ses «amis ». (tout de même, au sujet de Cahuzac, je n’arrive pas à concevoir comment ils ont pu être tous dans un tel aveuglement, alors qu’il suffisait de lire Mediapart -Plenel dit qu’il a alerté les conseillers de FH- ce soutien sans faille là j’ai du mal). Désamorcer les conflits d’intérêt et autres connivences qui sont un ravage pour la République. Être sur le pont

F. Hollande veut faire son FMitterrand, florentin, intrigueur, mais il n’est pas cela. Il ne renvoie quand même beaucoup de flou, de l’indécis, du cabotage, des réformes pas complètement engagées, depuis le début pour créer la dynamique. Son attirance  à faire se confronter les contraires (pour être la synthèse ?), ça rate, c’est même un  jeu dangereux. Où est-il, sous quelle influence ? Est-ce pour la plus grande part une « alternance sans alternative » ? (E. Fassin). Ne faudrait-il pas faire appel autant à Martine Aubry qu’à Ségolène Royal, deux femmes certes bien différentes mais déterminées et plutôt efficaces? L’une d’elle, Ségolène Royal, oeuvrant courageusement et avec lucidité à la Vice-Présidence de la BPI, contre vents et marées, donne le cap et le sens de ce que doit être cette Banque au statut singulier : » elle n’est pas là pour faire du business ni des profits sur le dos des chefs d’entreprise », « Les mots Publique et Investissement sont plus importants que le mot banque ».. Donnons-lui (leur) un poste-clé, mais peut-être ça dérangerait, c’est mieux de convoler avec Bayrou ou Raffarin…Ce Bayrou qui a fait rater le coche à la France en 2007…

L’heure est grave, les noirceurs profondes se lèvent, trop…S’il n’y a ni Dieu ni maître, il ne doit pas y avoir un Président sans Autre(s).

P-S

Rien ici n’est à entendre comme l’intention d’interdire une pensée différente, refuser la pluralité des points de vue et des opinions, ou ne pas respecter la foi. Ni non plus ne pas être consciente de ce que toutes les questions de sexualité, de genres, de filiation, de morale, sont dérangeantes, perturbantes et souvent causes d’anxiété surtout dans ces temps sombres. Ce qui n’est en revanche guère acceptable, c’est à la fois l’amalgame la désinformation (ou non-information) la manipulation des idées et des discours, et l’inversion rhétorique constante comme stratégie par l’absurde. Sans tenir compte de la dangerosité de la chose. Sortir des clous républicains dans cette ère du fake et du tou-se-vaut et du tous-pourris ne pourra que semer les graines  d’un désordre bien plus grand et bien plus grave que le tsunami annoncé par Guaino jour après jour à l’AN (mais pour lequel il a finalement donné sa voie, après avoir tant donné de la voix contre, n’est-ce pas ?). Comme l’on sait qu’il est toujours plus facile de déclencher la violence et la Jouissance mortifère que d’apaiser les passions, on n’a aucun doute sur les intentions claires et lucides des mouvements Printemps Français et autres (et internationaux) pour mettre à bas les forces de progrès. Dans un rêve d’Evangélisation qui ne semble guère porter la parole christique dans sa grande générosité. Tout au contraire.

© evah5

                                                                    S’unir aimer naître donner la vie désirer

Les débats (à l’Assemblée Nationale et dans l’espace public) qui ont lieu et bien lieu, quoi qu’on en dise, à propos du « mariage pour tous », sont rudes, souvent haineux, injustes, dangereux, surfant sur l’ignorance et la peur parfois. La grande peur « réactionnaire » vient en réponse à ce qui se met en branle dans cette demande pourtant si normative, cette demande entre autres d’avoir le choix. Il n’empêche qu’ils ne clivent pas forcément, sur tous les sujets, aussi radicalement droite et gauche ; réactionnaires et progressistes ne sont pas strictement identifiables comme d’un camp ou de l’autre. On voit et on entend l’Eglise, les Eglises, qui bien évidemment peuvent dire leur point de vue, mais qui ne sont, au fond, pas plus concernées que cela puisqu’il s’agit là d’une Union Civile dans un Etat laïc, sauf à dénier aux Lois Républicaines leur primauté sur la Loi divine.

La question de l’union, qui ne va pas sans les questions des filiations, est une saine et riche occasion de (re)penser toutes ces questions des familles et des procréations, les enjeux, les pratiques, leurs limites, mais aussi leurs avancées (cf. D Bertinotti pour ces initiatives bienvenues et l’accent mis sur « les » familles). Il serait malhonnête de ne pas dire que cela est complexe. Beaucoup a déjà été dit, écrit.

Ici, donc, mon « point de vue », pour épingler quelques-unes des idées fortes que cela met en branle.

Tout d’abord, il est consternant qu’il y ait encore une fois une telle méprise quant à la position de « la » psychanalyse, qui n’existe pas d’ailleurs en tant que telle. Il y a « des » psychanalystes. Ils écoutent et accueillent les symptômes, mode de jouir de chaque parlêtre, un par un. Pour beaucoup, peut-être même la plupart, ils exercent leur pratique avec sérieux sans prétendre pouvoir se substituer au débat de société et aux décisions parlementaires. Certes, ils ont choisi une orientation doctrinale mais celle-ci ne va pas sans une remise sur le métier constante, à chaque fois qu’une rencontre a lieu. Les homosexuel(le)s viennent « aussi » nous consulter, ai-je envie de dire de façon un peu ironique. Ce n’est pas une race à part. La clinique ne saurait s’endormir.  Sans se prendre donc pour la Vérité (encore plus quand elle a droit de cour médiatique), cela ne les empêche ni de réfléchir ni de témoigner à partir de leur clinique, dont ils ne peuvent cependant faire Loi générale (sociologique, anthropologique, voire statistique). Mais certains, hélas, oeuvrent parfois à dévoyer cette éthique, parfois « sincèrement », en conscience (cette idée est à la mode), parfois animés de cette passion haineuse contre notre science, (bénéfice secondaire de cette posture), animés du désir de se faire un peu remarquer, voire aimer. C’est dommage. Vous trouverez ici références, textes et pétitions, pour un autre son de cloche.

« Mariage pour tous : contre l’instrumentalisation de la psychanalyse ». Cette initiative refuse l’instrumentalisation de la psychanalyse à des fins moralistes et rétrogrades.

« Rien dans l’expérience freudienne n’est de nature à valider une anthropologie qui s’autoriserait de la Genèse /la structure œdipienne dégagée par Freud n’est pas un invariant anthropologique /au niveau de l’inconscient, les deux sexes ne sont liés par aucune complémentarité originaire, ce qu’exprime l’aphorisme de Lacan : « le rapport sexuel n’existe pas » / il revient à chaque être parlant de trouver les voies de son désir, qui sont singulières, tordues, marquées de contingent et de malencontres ».

(tout le dossier est consultable sur  Lacan Quotidien )

Et aussi : « Des psychanalystes face à l’égalité des droits et au « mariage pour tous«  ». « Nous, psychanalystes (ou en formation psychanalytique), souhaitons par ce communiqué exprimer que « La psychanalyse » ne peut être invoquée pour s’opposer à un projet de loi visant l’égalité des droits. Au contraire, notre rapport à la psychanalyse nous empêche de nous en servir comme une morale ou une religion. En conséquence, nous tenons à inviter le législateur à la plus extrême prudence concernant toute référence à la psychanalyse afin de justifier l’idéalisation d’un seul modèle familial »

Les (des ?) psychanalystes sont donc à la tâche de prendre acte de ce qui bouge, inexorablement, de là où les « progrès » de la science nous ont menés : possibilité de concevoir et d’engendrer un petit d’homme   »hors corps « , à partir de fécondations de laboratoires, d’ « union de gamètes », de donneurs voire de donneuses  anonymes, hors rapport sexuel, ce qui n’est pas hors désir. « Grâce » à la science, et ses applications, qui inexorablement veut avoir la main sur la nature pour le meilleur et pour le pire. On évoque même la possibilité de créer un embryon à partir de cellules souches barrant « définitivement » la nécessité d’union HF, voire le « couvage »dans un ventre masculin. Il existe donc une disjonction entre procréation et copulation. Les figures parentales sont diversifiées, la conception d’un enfant n’est point liée automatiquement au rapport sexuel. « De nos jours, les éprouvettes ont désacralisé la conception, et si elles peuvent servir à reproduire des corps, elles ne suffisent pas à concevoir un sujet. Il y faut du désir et de l’amour, ce qui ne se trouve dans aucun vase concepteur ». L. Majhoub LQ 279

Une conception « hors corps » existerait donc via les progrès de la science. « Hors corps » mais pas pour autant sans désir. Il y a toujours construction et nécessité d’un fantasme de la procréation, de l’engendrement, de ce qui fait qu’à un moment donné j’ai été considéré et conçu dans le désir d’un autre, de deux autres (au moins). Une nouvelle façon de faire « scène primitive ». L’acte sexuel H/F n’est bien évidemment pas le tout de ce qui définit être H ou et F puisque la rencontre sperme/ovule par exemple n’est pas superposable à ce qui dans l’amour vient « nouer le désir et la Loi » et la Jouissance de l’Un tout seul. Les rôles sexuels ne sont pas identifiables aux genres. Depuis l’invention de la psychanalyse pas S. Freud, le recueil minutieux des témoignages révèle que les rôles et fonctions ordinaires, communs, et conscients, sont vite mis à l’épreuve des représentations inconscientes. Nos choix inconscients sont bien souvent hétéronomes aux décisions de notre vie consciente. L’anatomie est-elle encore le destin ? Là encore, la technique a ouvert la voie à une « maîtrise » des voies naturelles. L’anatomie qui fait (encore) différence n’est pas le tout des identifications sexuées, sociales, amoureuses. Ainsi en va-t-il, par exemple, du choix d’objet, de l’identification phallique d’une femme, d’une jouissance « féminine » pour un homme, quelques exemples d’une palette complexe, quant aux accroches possibles pour la construction d ‘un sujet. « La différence qu’il y a, parfaitement notable et dès le premier âge, entre une petite fille et un petit garçon…s’impose comme native..bien naturelle… les sexes paraissent se répartir en deux nombres à peu près égaux d’individus..Ils ne se reconnaissent comme êtres parlants qu’à rejeter cette disjonction par toutes sortes d’identifications dont c’est la monnaie courante de la psychanalyse que de s’apercevoir que c’est le ressort majeur des phases de chaque enfance » (Lacan Séminaire livre XIX).

Prendre acte du réel et en décider les limites et les usages pour tous est le rôle aussi du législateur. La PMA pour les femmes lesbiennes n’est-elle pas mieux encadrée qu’interdite, et revenant par la fenêtre de la Belgique ou des USA avec mère porteuse en prime et enfant sans statut ? Reconsidérer la PMA est légitime. Rappelons combien de femmes hétéro. font parfois usage excessif de ces méthodes, n’ont-elles pas alors cette demande si tenace qui serait refusée aux autres ? Car le désir d’enfant(s) n’est jamais un désir pur ; même si la morale (soutenue par la religion notamment) en fait un acte de don, celui-ci est plus le leurre d’une satisfaction maternelle et paternelle (voir des grands-parents) qui n’entreraient pas en ligne de compte sous l’angle narcissique, et heureusement. Et puis, cette technique, PMA, (aide médicale à la procréation ou procréation médicalement assistée comme on veut,) et son signifiant  » médical » est à reconsidérer en entier, sauf à considérer qu’elle n’est là que pour soigner, ce qui n’est déjà pas le cas, puisqu’elle est plutôt là pour assister « techniquement ». Il faudrait aussi, comme beaucoup le demandent, légiférer sur la levée de l’anonymat des donneurs : ainsi G. Delaisi de Perceval (anonymat des tiers donneurs libé 9 janvier) et le Dr R. Frydman qui demande « un plan pour la PMA » et que l’on reprenne la recherche. Il est intéressant d’apprendre que cette pratique d’insémination est pratiquée dans les couples hétéro. depuis belle lurette, créant ici ou là dans les familles un « mensonge » consenti, et découplant déjà père biologique donneur et père tout court. Mais au fond qui est parent ? N’est-ce pas (aussi) celui qui soigne, élève, nourrit, prend soin, aime.. ?

On ne peut nier que ce qui se passe là change profondément les rapports et les représentations psychiques, symboliques, imaginaires, réelles. Ce n’est pas tant l’union de deux que la question de l’engendrement et des nouvelles techniques de procréation d’ailleurs qui viennent bouleverser la donne. La question du désir d’avoir un enfant, de faire un enfant, seul(e), à deux, avec un tiers, avec une assistance laboratoire, « hors-corps » si je puis dire, reste bien évidemment posée. D’ailleurs ce pas juridique qui ne vient au fond qu’entériner « ce qui se fait déjà » et donc permettre surtout un statut légal au partenaire et à l’enfant, repose, et c’est tant mieux, la question fondamentale de l’origine, de la création, et du désir.. La question vaut d’être posée. Il n’est pas rare qu’un désir d’enfant, dans un couple hétérosexuel, chez une femme hétéro., doive être interrogé dans son aspect parfois « pathologique ». Là-dessus, il n’y aucune différence à faire et les homos mettent là le doigt sur ce qui tout de même pour l’éthique et la conception du monde fait bouger de façon irréversible les lignes. Oui, quelque chose, forcément, vient maintenant à être noué autrement. La question en tout cas vaut d’être posée. Quelque chose peut faire trou dans la conception, pour un enfant, quant à la représentation du père, du père-en-corps, d’une consistance charnelle irreprésentable. De la représentation d’une union charnelle, d’un instant de coït, qui n’existe d’ores et déjà que dans une dimension imaginaire, (dans les réimplantations par exemple), cousine d’une scène primitive, affamée de vouloir à tout force jusqu’au délire psychotique (se)représenter une origine dans le Réel. Non seulement risque de pas de père, mais le Réel (science, fécondation cellulaire, souchaire) viendra prendre la place pour partie ou pour tout d’un certain imaginaire de la relation parentale, et tout de même de ce qui fait fonction de père (nouer le désir à la Loi). Mais en 1955 Lacan disait déjà : « Que peut vouloir dire être père ? […] la question est que..-copuler avec une femme, qu’elle porte dans son ventre, que ce produit finisse par être éjecté- n’aboutira jamais à constituer la notion de ce que c’est qu’être père..être père au sens de procréer » (Séminaire Livre III.). Pourrait-on aussi interroger ainsi la question d’être mère ?

Il y a chez les êtres parlants, dans l’appareillage du corps jouissant et du langage,  un « autre » séparateur, en tout cas pas moins que chez un couple hétéro, pas plus non plus. La différence des sexes est représentée partout dans le discours, et la différence ne consiste pas seulement à être génitale. Il existe une distinction entre le sexe anatomique et la position sexuée, le choix du sexe dans l’inconscient. De même, les fonctions paternelles et maternelles peuvent-elles être incarnées, par un quelqu’un, qui n’est pas forcément père et mère biologiques. Des nominations séparantes semblent bienvenues, d’une façon ou d’une autre, faire exister des places non-confondues semble opportun. Deux mères nommées comme telles identiquement, est-ce souhaitable ? Je crois que ce n’est guère le cas, toujours s’y ajoute une petite virgule, si j’ose, un petit truc en plus, en moins, un insigne signifiant et identifiant. Si les choses sont dites, expliquées, l’enfant se fera sa propre version, son propre mythe, d’ailleurs il s’arrangera toujours pour distinguer l’une de l’autre, ou alors c’est qu’un nouage inconscient n’opère pas, et cela relève, comme pour d’autres, de soins. De cette « mêmeté » sexuelle, les couples avec enfants, conçus à l’Etranger par force, s’en accommodent déjà, inventent pour leur progéniture. (On évoque le cas de femmes lesbiennes dans le déni radical de l’Homme, oui cela existe, comme existe bel et bien disons pour certaines femmes en position hétérosexuelle la haine de l’Homme par exemple.. et ne parlons pas du machisme exacerbé, du déni de l’autre sexe, du désir d’un enfant toute (tout ?) seul(e), ou bien last but not least) du « refus de la féminité » freudien). Où  l’on voit que c’est quand même très complexe.

La construction dans le langage passe par un autre. La conception est là portée par un désir différent d’engendrement, biologie, adoption; la question alors est-elle toujours pour l’enfant qui est mon père/ma mère, mon père biologique? La place du père dans son tryptique Réel/Symbolique/Imaginaire est depuis pas mal de temps démultipliée en fonction(s) paternelle(s), cela qui dit oui/non et qui introduit au langage dans son sens séparateur. Il pourrait alors être incarné par un(e) autre que le père biologique. On ne peut en tout cas laisser dire ici ou là que cela mènera à de la psychose, sauf à imaginer un monde sans différences sexuelles (et encore ?) ; la construction psychotique se révèle féconde quand elle a à faire à un père très présent, un père éducateur (cf. « Le président Schreber » Freud), dans des couples tout à fait hétérosexuels. Ou/et quand elle a à faire avec une mère qui met son enfant en place d’objet de jouissance. « L’altérité sexuelle survivra » comme le développe excellemment Irène Théry (Le Monde 9 novembre 2012). Il se peut que quelque chose du côté de la castration soit forclos, mais n’est-ce-pas imaginaire ? Si l’on suit Lacan, le parlêtre (être de langage et de jouissance, chacun de nous) est définitivement aux prises avec sa jouissance du UN tout seul, ses embrouilles de langage et de vérité pas-toute possible à dire, s’appareillant à l’Autre selon les arrangements qui lui sont propres, c’est ce qui fait d’ailleurs l’actualité de cette doctrine. Les modèles oedipiens ont cédé la place aux modalités multiples des jouissances.

« Dès 1936, dans Les Complexes familiaux, Lacan énonce qu’il n’y a pas d’instinct familial naturel. Il n’y a pas de fonction naturelle paternelle, il n’y a pas non plus de lien instinctuel entre la mère et l’enfant dans l’espèce humaine. La famille est une invention symbolique qui, depuis l’orée des temps, a pris des formes très diverses. La famille est une réponse symbolique au réel du sexe, au fait que ne peut s’écrire symboliquement le rapport du sexe entre un homme et une femme. À défaut de pouvoir écrire le rapport homme-femme, la famille écrit le rapport père-mère. C’est le christianisme, et en particulier la religion catholique, qui a institué un mode standard de la famille qui noue, chez le même homme, les fonctions de procréation, d’éducation et de transmission. C’est dans cette société qu’est née la psychanalyse. La famille représentait alors l’instrument de la morale traditionnelle : respect, valeur, idéal. Elle reposait sur l’identification. Les identifications parentales constitutives du surmoi orientent le sujet dans son existence et donnent une direction à la voie d’un désir soumis au renoncement à la jouissance. » JP Deffieux LQ280

Reste bien sûr la question de la GPA pour les gays (gestation « pour autrui » et « par autrui »), qui, déjà, à l’heure ou j’écris prend la forme d’une bombe (C. Taubira voulant donner un statut aux enfants nés de GPA à l’Etranger). L’autorisation de la GPA et de plus pour les couples H. gays, bien sûr, ça ne fait plus rien tenir du tout dans nos représentations. On se passerait du ventre sacré de la mère (ou bien on le sacraliserait encore plus ?). La mater dolorosa intouchable au fond, invoquée bien qu’elles le dénient, par des « féministes de gauche » (hélas très influentes dans la pensée française) avec l’argument récurrent de « la marchandisation du corps des femmes ». Heureusement que pour beaucoup d’autres lois libératrices on ne s’en est pas tenu à cet argument : une mauvaise pratique, commerciale, déviante serait-elle le sacro-saint argument pour dire qu’il ne faut pas légiférer ? Il me semble bien que c’est tout le contraire. Ou alors plutôt trafic d’organes que don d’organes, avortement clandestin qu’IVG, comme le développe avec pertinence E. Badinter ? On voit bien que cet argument de la marchandisation n’est là que pour couvrir une certaine représentation intouchable de la maternité, et de la bonne mère. Cette résistance qui ne cédera pas, dans notre belle France qui n’est plus guère aux avant-gardes de rien, révèle d’ailleurs au fond la main mise idéologique constante de la légitimité hétérosexuelle (et elle seule) pour la maternité, véhiculée par les tenantes de l’ordre établi, quels que soient leurs rangs (bien qu’elles s’en défendent). Ne voyait-on pas pourtant un soir sur FR2 deux gays ayant fait appel à une mère donatrice, je n’y ai décelé aucune monstruosité. Mais il semble bien (hélas ?), au vu des derniers emballements, que cette question ne soit pas mise en acte de sitôt tant les tenants (et tenantes !) farouches de la  protection contre la « marchandisation des corps » sont actifs. Pourtant si l’on raisonne « égalité des droits » alors il faut avoir le courage de sa logique : E. Badinter (FInter 14 déc.2012 entre autres) pense qu’il vaut mieux légiférer sur la GPA plutôt que de laisser des pratiques sauvages qui existent de fait. Irène Théry pense à juste titre que cela nécessite une révision de la loi de bioéthique.

Il est d’ailleurs bien venu que l’on se saisisse de cette loi pour re-mettre en chantier les pratiques PMA, leurs limites, leurs contraintes, voire leur fondement. C’est ce qui semble être le cas, ainsi que l’annonce J-C Amsallem, Président du Comité Consultatif National d’Ethique. Comptons sur leur grande « sagesse » pour ne pas nous resservir en boucle l’argument rengaine de la marchandisation des corps. (Mais la position prise jusque là est hélas on ne peut plus assise sur un « modèle hétéroparental binaire et rigide », et la « complémentarité des rôles paternel et maternel », ainsi que l’analyse B. Perreau, Professeur au MIT et chercheur associé aux universités de Cambridge et Harvard). Comme lui j’ai d’ailleurs l’idée (la crainte?) que l’appel du Président au CNE soit une façon détournée de se débarrasser de toutes ces questions dont ils ne veulent pas, au fond, se saisir.

 Un enfant pour soi dit-on. Un enfant tout seul. L’enfant d’une autre. Est-ce qu’une conception ne devrait pas être aussi (et surtout) la dette à l’Autre par rapport à la nécessité narcissique du « pour soi »? Un nouage de ça ? Ne sommes-nous pas tous plus ou moins des enfants « adoptés » (Lacan)? La venue d’un enfant est toujours un événement qui sollicite l’accordement de soi et du partenaire à une étrangeté singulière incarnée, dans un désir de transmission de la finitude humaine. Quelque chose d ’inédit est à l’œuvre à chaque fois. Quelles que soient les modalités de la venue au monde. On ne peut camper dans le déni de ce qui est, ce qui bouge, ce qui change. Il est d’ailleurs intéressant de repérer qu’une demande d’égalité qui est aussi une demande de « normalité », un « je suis comme l’autre », sans doute révélateur d’une demande aussi de plus de sécurité, qui va bien avec l’époque actuelle (jusqu’à la subversive Virginie Despentes qui s’y colle, à l’adresse de L. Jospin, dans son style incomparable), que cette demande donc du mariage, vienne se nouer avec ce que la science avance comme pratiques subversives. Pour J-A Miller, la demande d’ordre et de tradition (à laquelle sur certains points s’apparente la demande « mariage pour tous ») révèle la nécessité d’ordre par rapport au réel sans loi (Lacan Le Sinthome) : « le réel n’a pas d’ordre » on ne peut faire qu’avec un « bout de réel ». Intéressante aussi à noter : la position déclarée intangible du « je suis homosexuel(le) », comme si là aussi il y avait cette nécessité de s’assigner sous un signifiant du choix sexuel; comme si au fond rien de la position de Jouissance et du choix d’objet ne pouvait venir à changer.. Une demande d’inscription civile nouée à une fixation identitaire.

Reste l’amour que l’on invoque, que l’on convoque. L’amour, ciment des couples, mais aussi enfant de bohème, volage, capricieux, constructif mais aussi si vite enfui. Ce ne serait pas sérieux d’argumenter uniquement là-dessus. Transmissions et garanties matérielles, reconnaissance du conjoint et statut de l’enfant semblent tout aussi fondés. Comme disait quelqu’un : « le divorce pour tous »..Pas mieux, pas pire, que les hétéros.

Enfin, avant de conclure, ceci : les humains ont toujours inventé leurs mythes, muthos, et leurs récits, logos, devant l’énigme de l’Univers, et des origines. Mythe grec de l’autochtonie qui fait naître les hommes, gegenes, de la Terre, Ge. Athéna, née de la tête de Zeus, Dionysos couvé et né de la cuisse de Zeus, Pandora, première femme, faite de glaise, mieux encore Aphrodite qui naît sur les flots, fécondée par le sang de la castration d’Ouranos. Sans oublier le mythe de la bisexualité d’Aristophane. Dans la Bible, Agar portant un enfant pour Sara etc..La question de l’engendrement forclose dans la conception de l’Enfant Jésus en fait le fils de deux pères, et d’une mère Vierge. Immaculée conception. « Procréation spirituellement assistée » (Ph. Sollers). La religion catholique mettant là en lumière l’inexistence du rapport sexuel comme l’a formulé Lacan. Bref là où le mythe vient dire l’insu du réel, ce qui ne peut se dire, disait Lacan..

AFP/Kenzo Tribouillard
manif mariage pour tous janvier 2013

Quelque chose s’opère de la forclusion du récit mythique.

La psychanalyse oeuvre avec le pas-tout, le pas-tout de la jouissance, le pas-tout du dire, le fait qu’il y ait un reste, un objet (a) auquel le parlêtre est chevillé. Chacun à sa façon, chacun sur son mode. Un sinthome qui fait sa propre marque. Sur ce point quels que soient les engendrements à venir, il me semble que le sujet aura toujours à s’y coltiner. La loi républicaine pour tous et la « loi » de la jouissance pour chacun. Avec ou sans la loi divine, respectable  et revendiquée haut et fort par le courant naturaliste soutenu par la droite comme incontournable.

Plus que jamais, le psychanalyste doit opérer dans la plus grande attention à ce qui se crée, se déploie et s’inscrit dans ce monde passionnant qui nous convoque à soutenir l’existence de l’inconscient, la valeur de chaque un, appelé à inventer sa vie. Faisons confiance aux inventions infantiles portées par des désirs qui s’avèrent bien à ce que j’en entends « non anonymes ». Payer sa livre de chair, donner de soi, céder de sa Jouissance à l’Autre. En céder sur sa Jouissance pour faire Union et Humanité, chaque un par chaque un.

JA Miller Le Point  3 janvier 2013 mariage homosexuel : oublier la nature

JA Miller Le Point 3 janvier 2013 mariage homosexuel : oublier la nature

ON PEUT CONSULTER

http://www.youtube.com/watch?v=1zSqqrSofWA  E. Badinter Assemblée Nationale le jeudi 13 décembre 2012.

http://www.youtube.com/watch?v=RMdI_JBt9r8  Irène Théry AN 8 novembre 2012

http://www.lacanquotidien.fr/blog/wp-content/uploads/2013/01/LQ-265.pdf  JA Miller Le Point

http://www.mediapart.fr/journal/france/231112/mariage-pour-tous-le-grand-debat

http://www.mediapart.fr/journal/culture-idees/161112/mariage-et-procreation-pour-tous-explications-et-debat

http://www.regards-citoyens.com/article-mariage-pour-tous-le-combat-perdu-de-l-eglise-par-daniele-hervieu-leger-le-monde-114891503.html D. Hervieu-Léger

http://www.tetu.com/actualites/france/virginie-despentes-repond-a-lionel-jospin-et-aux-anti-mariage-pour-tous-22503#.UKEuX12zeZe.twitter V. Despentes

http://www.homme-moderne.org/societe/anthropo/heritier/MF278-81.html F. Héritier

http://www.lepoint.fr/invites-du-point/jacques-alain-miller/non-la-psychanalyse-n-est-pas-contre-le-mariage-gay-14-01-2013-1614461_1450.php

http://www.avoodware.com/elisabeth-badinter-mariage-hom/ E.Badinter

http://www.rue89.com/2011/02/07/lois-de-bioethique-la-france-choisit-la-famille-ricore-180715

http://www.rue89.com/2013/01/09/interdits-denfants-vous-saurez-tout-sur-les-meres-porteuses-238417

http://tempsreel.nouvelobs.com/societe/20121219.OBS2992/elisabeth-badinter-veut-legaliser-la-gestation-pour-autrui.html E. Badinter

http://www.lemonde.fr/idees/article/2012/12/19/mariage-pour-tous-la-gestation-pour-autrui-ne-doit-pas-etre-le-bouc-emissaire_1808271_3232.html?xtmc=badinter&xtcr=1 E. Badinter

http://blogs.mediapart.fr/blog/farid/251212/homopaternite-et-gestation-pour-autrui-une-enquete-sociologique

http://blogs.mediapart.fr/blog/michel-philips/291212/i-gestation-pour-autrui-et-interet-de-lenfant

http://www.ehess.fr/fr/formation-continue/manifestations-publiques/mariage/ I. Théry

http://lemariagepourtous.info/irene-thery I. Théry

http://www.lemonde.fr/idees/article/2012/11/08/l-alterite-sexuelle-survivra_1787902_3232.html?xtmc=thery&xtcr=1 théry I. Théry

http://laregledujeu.org/2013/01/18/11877/mariage-pour-tous-le-projet-de-loi-au-prisme-des-sciences-sociales/

http://www.lemonde.fr/idees/article/2012/09/18/filiation-l-impense-du-projet-taubira_1761913_3232.html

http://www.franceculture.fr/emission-repliques-tous-pour-le-mariage-pour-tous-2013-01-12-0 I. Théry

http://www.dominique-bertinotti.fr/blog/2013/01/ma-réponse-à-henri-guaino-à-lassemblée-nationale-mardi-29-janvier-2013.html  D. Bertinotti

http://www.huffingtonpost.fr/2013/01/30/legislation-gpa-gestation-autrui-europe-monde_n_2580692.html?utm_hp_ref=france

http://tempsreel.nouvelobs.com/societe/20130131.OBS7386/moi-c-mere-porteuse.html Delaisi de perceval

http://www.homme-moderne.org/societe/anthropo/heritier/MF278-81.html F. Héritier

http://culture-et-debats.over-blog.com/article-534006.html http://www.observatoiredesreligions.fr/spip.php?article278 mères porteuses dans la bible

A. Milon favorable a la PMA et a la GPA libérationA. Milon

http://www.najat-vallaud-belkacem.com/2010/11/21/gestation-pour-autrui-lethique-du-don/  N. V-Belkacem

http://www.liberation.fr/societe/2013/02/06/comite-national-d-ethique-gardien-de-la-famille_879884 B. Perreau

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On peut critiquer et regretter le fait que les « people »  aient bien peu conscience de la pauvreté préoccupante de nombre de leurs concitoyens. Leur réaction n’est pas mieux ou pire que celle de banquiers, industriels, publicitaires, sportifs, intellectuels, et politiques qui vivent dans un « autre monde », dit-on souvent. En cela,  ils font corps dans une certaine communauté d’esprit, comme beaucoup d’autres corporations. Mais ce « monde » fait aussi partie de la société française. Qui peut dire qu’il ne ferait pas de même dans la même situation, qui peut se prétendre sans rougir « altruiste »? Qui n’ a pas envie d »avoir » plus, de posséder plus, de garder pour lui, et ses proches éventuellement? Cercle clos, excluant, toujours.

Il est à regretter que l’esprit de solidarité (cf. CNR) ait maintenant disparu; société très individualiste, la France a besoin d’un discours clair et rassembleur. C’est la mission du Politique, qui décide des lois commune à tous, justes et efficaces, comme on nous l’avait promis. Encore faut-il qu’il soit à la hauteur de sa tâche, et d’une certaine façon lui (aussi) exemplaire. Pas si simple.

Depardieu, symbole à son corps défendant, de l’exil fiscal et de l’égoïsme, est pourtant plutôt un des derniers à s’exiler. Sinon, il a crée aussi des emplois, soit dit en passant. Omar Sy, vénéré maintenant par nos compatriotes, vit à Los Angeles me semble-t-il…  de même que Dany Boon et d’autres. Je ne parle même pas des sportifs. Quant à Deneuve, femme plutôt discrète, et qui sait s’engager sur des causes « justes », elle a laissé parler sans doute son coeur de l’amitié. Ses propos sur la Révolution et la méconnaissance générale de l’Histoire de France révèlent une peur imaginaire, celle-ci bien partagée quelle que soit la classe sociale. Utilisée aussi comme un mythe, voire un slogan, par certains leaders politiques. Elle ne porte simplement pas alors sur la même catégorie sociale. En miroir.

Bref, ça ne cesse pas : l’autre est dangereux, contre moi, ennemi…Cela  qui s’est exprimé douloureusement en 2002, et qui est toujours une mine pour toute pensée et discours totalisant,(et donc excluant), fait signe d’une haine souvent silencieuse, mais dont la trace ancienne est hélas constitutive de notre humanité. Elle se faufile notamment dans les réseaux sociaux où les échanges sont parfois ponctués de ces insultes jouisseuses, et de jugements à l’emporte-pièce. Moindre mal, que ça puisse se dire?

Il appartient à chacun de savoir conduire sa vie pour lui et pour/vers les autres.

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Montauban/Toulouse.

Au jour d’aujourd’hui beaucoup de questions restent non élucidées. Beaucoup le resteront sans doute, d’autres seront sans doute étouffées, pour un temps en tout cas. Questions sur les erreurs de la DCRI, sa « lenteur », son mode d’intervention, sur la présence permanente du ministre de l’intérieur non conforme à la séparation des pouvoirs (Eva Joly, et Fr. Rebsamen: « En tout état de cause, je m’étonne du fait que le président de la République ait demandé à Claude Guéant de piloter l’enquête. C’est du jamais-vu. On se demande même ce que Guéant faisait sur place pendant trois jours. Son rôle est de mettre à disposition de la justice les moyens pour arrêter la personne poursuivie, mais ce n’est pas à lui de donner les ordres.., le procureur n’étant là qu’à après-coup, pour venir expliquer ce qui s’est passé. Or c’est bien lui qui pilote l’enquête! »). Questions sur le déferlement médiatique couvrant l’immobilité de la scène et créant ainsi une jouissance avide de sang, il faut bien le dire, scène médiatique animée de psys  en tous genres (ah ce mot fourre-tout qui « nous » catégorise maintenant!), criminologues notamment en mal de story-telling, et bien d’autres. Iront-ils jusqu’à diffuser les vidéos, en rajoutant encore dans l’horreur? Sauront-ils faire preuve de sagesse?

De ce qui fait là évènement, dans le Réel, glaçant, je ne traiterai ici que deux aspects :

*D’abord à partir de ce que j’en sais dans ma pratique clinique. Car des jeunes gens comme Mohamed Merah j’en rencontre parfois dans mon cabinet. J’en ai aussi entendu parler par les éducateurs qui les côtoient. Ils sont certes plus arrimés au symbolique, la parole porte davantage, ils peuvent généralement accepter encore le pacte avec l’autre. Mais pourtant le même sourd désenchantement les habite. La même haine parfois. Haine parfois contre un père abandonnant, contre une famille maltraitante, haine qui se déplace contre l’humanité toute entière, contre tout ce qui bouge. Violence souvent retenue, mais parfois déclenchée, incontrôlable. Echec, l’employeur qui dit non, ou qui promet et qui laisse tomber, l’éducateur qui n’a pas assez de temps au moment où il faudrait, l’ami qui déçoit, le CMPP qui n’a pas de place, la tentation de faire payer à tous sa propre histoire.. Enfin, souvent un cri contre l’injustice, ce sentiment qui n’est pas a priori le seul lot de ces gamins-là, tant l’adolescence est sensible à l’exclusion, dont à la fois elle rêve et qu’elle rejette. Injustice devant les actes des adultes, la discordance entre acte et dire, la « trahison ». Pour la plupart, les appuis identificatoires sont suffisamment étayants. Seulement, là, ça vire à l’extrême.

Certes, ce sont des jeunes gens qui ont eu moins à faire à la justice; ce sont des jeunes gens qui ont eu l’opportunité plus tôt de bénéficier de structures d’accueil à la fois souples et bienveillantes, mais il en faudrait peu parfois pour que ça glisse sur la même pente. Ce sont souvent des jeunes gens qui, en bout de course, rêvent de l’armée, veulent l’armée, pour avoir un cadre, une discipline, pour aider les autres, pour tuer aussi parfois (je reprends là leur propre parole).

Et puis, parfois, en bout de course aussi, il y a la religion, musulmane mais pas seulement, la religion qui comme l’on dit sert de béquille pour le meilleur, mais aussi de métaphore délirante pour le pire. Celle qui vient suturer une question identitaire qui ne trouve pas à se résoudre. C’est bien souvent la question de la construction subjective, mais là, le hic, c’est que ça passe à l’acte, violemment, follement, empruntant pour le coup un discours « terroriste » pour éxécuter plutôt un crime « ordalique », vengeance, mission, épuration.  Julien Dray, à son propos, dit à juste titre :  »emplissant son vide identitaire par des conceptions pseudo-religieuses et une identification à des combats étrangers ».

Trouver une cause -à-être pour mourir. (Bien d’autres passages à l’acte existent, le suicide par exemple, ou le viol, mais ils font moins de bruit, surtout s’ils ne s’adressent pas au religieux).

Contre cela, contre une pathologie singulière, contre un chemin de vie cabossé, (« chien perdu sans collier »), on ne peut parfois pas grand chose. Cependant, et c’est le devoir de « la gauche » de s’en emparer, on devrait de façon plus collective et plus méthodique mettre l’accent sur : manque de structures d’accueil, prévention pédopsy, maison adolescents, structures de soin et d’éducation avec du personnel formé et rémunéré en conséquence, et bien sûr aussi plan d’attaque primordial par rapport aux banlieues. La jeunesse, puisque l’on veut s’en occuper, on doit le faire vraiment, authentiquement, intelligemment. Trouver un travail, développer l’alternance, certes, mais aussi faire essaimer les lieux de rencontre, de débats, d’échange. Du coup, on doit aussi avoir un discours clair contre toute criminalité prédictive, et ce poison mauvais qui germe quant à la maladie mentale.

Ce jeune homme s’est forgé une conviction délirante qui lui a donné stature identitaire « contre ». Son avocat, Christian Ethelin, dit bien comment le refus de l’armée à été un moment de bascule vers la haine (Le Point). La haine, cela qu’il ne faudrait pas que nous endossions maintenant à son égard, malgré la douleur collective légitime ressentie: il était même question de ne pas lui permettre une sépulture… décente. Au nom de quoi? Chaque mort d’homme est un échec pour la République, pour l’humanité. Il est un fils de France. Va-t-on ne plus enterrer les assassins? Merci  à ce père de famille: « Au JT de TF1, le père d’Abel Chennouf, le militaire tué le 15 mars, a présenté ses condoléances à la mère de Mohamed Merah ». Le parisien 22/03)

*Le deuxième volet de ma réflexionc’est la dérive communautariste française, envahissante, déréglée, dans la République Française. Pas sans lien, au fond, avec le premier, car elle fait fonction de discours.

Julien Dray parle des quartiers, des « pratiques religieuses en dehors des règles républicaines de la laïcité ». D’accord avec lui. Mais alors, là aussi le message doit être clair. On est envahi par les questions religieuses, les déclarations religieuses, les fêtes religieuses.. Peut-on encore exister si l’on ne se nomme pas, si l’on ne se détermine pas, si l’on ne s’identifie pas comme inscrit dans du religieux? La religion est partout, là où elle devrait être  dans l’espace privé. (Ironie, « Aux Etats-Unis, les athées sortent du placard« ).

Pourquoi les Elus de la République se déplacent-ils ainsi dans les mosquées, les synagogues, les cathédrales? En endossant les rituels et les contraintes, kippa sur la tête, séparation des hommes et des femmes, etc? Ne doivent-ils pas être les premiers à exiger la séparation franche de  l’Etat et de la sphère privée et/ou communautaire ? Pourquoi, lorsque l’on parle d’une personne dans les media,  doit-on toujours être informé si il/elle est juif, musulman, (chrétien on ne le mentionne pas, ça doit aller de soi que tous les français de souche sont forcément chrétiens), ou alors sinon rien du tout? Pourquoi confond-on régulièrement origine ethnique, géographique, et appartenance religieuse : juif/ israélien, arabe/ musulman/ maghrébin ? Pourquoi ne mentionne-t-on pas si l’on est catholique, protestant, boudhiste, athée? Le comble  bien sûr venant de cette parole du chef de l’Etat (qui ne reprend là qu’une pensée collective) : «  »Les amalgames n’ont aucun sens », a déclaré lundi matin sur France Info Nicolas Sarkozy, interrogé sur les tueries de Toulouse et de Montauban. Mais le chef de l’Etat… a poursuivi son discours par… un amalgame. « Je rappelle que deux de nos soldats étaient, comment dire, musulmans, en tout cas d’apparence, puisque l’un était catholique, mais d’apparence comme l’on dit : de la diversité visible », a expliqué Nicolas Sarkozy. Une manière de lier l’apparence physique d’une personne et son appartenance à une religion. ». On voit bien comment la confusion est réelle, venue là du sommet de l’état! On voit bien sourdement poindre sans cesse une question folle de l’origine, question sans réponse, l’Origine Absolue, Vraie. Qui peut dire?

A contrario merci à M. Barnavi qui dénonce « la confusion identitaire » en Israël.

« Parfois, la confusion identitaire prend un aspect presque irréel. Le soir du drame, l’ambassadeur de France en Israël, Christophe Bigot, est invité au journal télévisé de la deuxième chaîne israélienne. Le diplomate,…  trouve les mots qu’il faut. La présentatrice, visiblement émue, le remercie de sa compassion et de la solidarité qu’il manifeste dans l’épreuve que « nous traversons ». Extraordinaire renversement des situations. Des ressortissants français sont assassinés par un terroriste français sur le sol français, et l’ambassadeur de France offre des paroles de consolation au pays étranger où il sert, lequel les accepte avec gratitude. Il est vrai que les victimes avaient la double nationalité, mais tout de même….Oublieux qu’il n’existe plus de « juifs du silence » et que, dans leur quasi totalité, les juifs sont désormais citoyens d’Etats démocratiques qu’ils peuvent quitter à leur guise.. ».

Ici, en France on voit bien  que le discours entretenu notamment avec ces deux communautés, avec leur consentement me semble-t-il, génère une discrimination parfois positive, un épinglage singulier, comme s’ils ne pouvaient pas exister que comme citoyens. Rappelons-nous le crime de Richard Durn, doit-on  considérer cet acte  comme moins odieux, les victimes moins victimes parce que « seulement » françaises?

Cette enflure identitaire poinçonnée du côté de l’être-religieux est un agent de confusion dangereux, périlleux, qui forge le discours collectif, exaspère les différences, et ne laisse guère place à l’être dans toute autre appartenance . Elle vient à la place de ce qui fait trou pour chacun dans la question de l’origine. L’être, dont on doit savoir que son existence n’est jamais d’une seule identité, ni non plus recouverte pas différentes identités. Laissons de l’air, laissons du champ, laissons-nous être. Rien dans l’être qui ne nous détermine en totalité. Il y a là un discours  qu’on le veuille ou non, qui exaspère les tensions (je ne parle même pas de la période récente) qui nous traversent bien sûr, qui résonnent en chacun de nous, un discours pousse-au-crime, pousse-à-la-haine. Suis-je trop exigente de penser que la responsabilité politique implique d’être vigilant à ne pas mélanger les champs, les registres, les fonctions, les lieux pour tous avec les lieux du un-par-un?

Etre, cela qui est la question difficile pour chacun de nous et plus encore dans la traversée adolescente, la structuration subjective.

« Il y aura, si rien n’est fait, des gestes de désespoir radical, des actes de nihilisme sans pareil qui laisseront les pouvoirs publics sans ressources et sans voix… Il y a urgence, j’ai la ferme volonté d’empoigner ce problème à bras le corps, j’en ai la ferme volonté, je l’ai là, chevillée au corps parce que je sais au fond de moi, en tant que mère, que je veux pour tous les enfants qui naissent et qui grandissent en France ce que j’ai voulu pour mes propres enfants. » Ségolène Royal, discours de Villepinte, le 11 février 2007. Oui, il y a eu là sans doute un « désespoir radical » qui nous apparaît dans sa  froideur « monstrueuse » bien sûr. A charge pour chacun et pour tous, de sa place, de faire exister les frontières et de faire barrage autant que faire se peut à toute jouissance mortifère, voire mortelle.

Surtout, ne maltraitons pas nos enfants, tous nos enfants.

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La Haute Autorité  de Santé a donc « tranché ». Forte de sa légitimité et de son « indépendance », « chargée de  promouvoir les bonnes pratiques et le bon usage des soins auprès des professionnels de santé et des usagers de santé », la HAS , dont la présidence est assurée par  M. Jean-Luc Harousseau depuis janvier 2011. Je rappelle en passant que cette personne a perçu 205 482 euros des laboratoires depuis 2008. Certes dans les Principes fondateurs on peut noter : » l’abandon de leurs autres mandats et l’interdiction des conflits d’intérêt « , tout de même. On y lit aussi « La HAS procède à des comparaisons de produits, de techniques, de pratiques professionnelles, de structures et d’organisation, etc., », on y reviendra. Enfin concernant « la rigueur scientifique »: « Le doute formulé est le reflet du doute des scientifiques. » Diantre ! Nous voilà rassurés!

Cependant,  (je me réfère là à un excellent travail d’analyse d’Eric Laurent à ce sujet dans Lacan Quotidien 170) : « Sur la page de garde des dernières « Recommandations de bonne pratique » émises par la HAS en juillet 2011, version « phase de lecture et de consultation publique », figure l’énoncé explicite de sa méthode : « Recommandations par consensus formalisé ». … (Mais) Nous avons vu la semaine dernière (LQ164) , en suivant les critiques de l’équipe canadienne combien l’approche ABA est sujette à discussions du point de vue des critères mêmes de preuve qu’adopte la méthode du « consensus formalisé ». Il suffit de ne pas se laisser fasciner par les résultats des méta-analyses, de s’intéresser à l’histoire des méthodes comportementales, aux problèmes éthiques qu’elles soulèvent, à l’inclusion ou non des études admettant les punitions, et aux types de punitions admises, pour que l’évidence de grade B recule. Rien de ces débats, pourtant cruciaux, n’est mentionné.…  Dès la première recommandation d’importance, on nous dit que l’approche ABA est de grade supérieur à tout autre et qu’en plus, l’ensemble des interventions doit s’effectuer en utilisant le modèle éducatif comportemental « pour ne pas disperser l’enfant/adolescent ». ABA gagne contre la méthode intégrative proposée par la majorité de la psychiatrie française inspirée par la psychanalyse. » A-t-on même consulté les praticiens que nous sommes, qui ont aussi à dire?

Pourtant, comme l’avait déjà relevé le même Eric Laurent (lQ 164):  »L’adversaire le plus résolu des techniques comportementales ABA n’est pas une/un psychanalyste. C’est une chercheuse autiste qui réside au Canada. Il s’agit de Michelle Dawson née en 1961, qui a rejoint il y a un peu moins de dix ans l’équipe de recherche de Laurent Mottron à Montréal. Devant le tribunal canadien des droits de la personne elle a déclaré avoir été diagnostiquée autiste au début des années quatre vingt dix, donc assez tard. En 2004, elle signe un article retentissant « La mauvaise conduite des behavioristes ou les problèmes éthiques de l’industrie Aba-autisme. » Dans cet article, elle lit et commente très précisément les publications de Ivar Lovaas, fondateur de la méthode ABA, pour mettre au point ce qu’elle appelle des objections « éthiques »/… »

La HAS a donc dit la « vérité », sa vérité » : « 8. Quelle est la position de la HAS et de l’Anesm sur les interventions fondées sur les approches psychanalytiques et la psychothérapie institutionnelle ? L’absence de données sur leur efficacité et la divergence des avis exprimés ne permettent pas de conclure à la pertinence des interventions fondées sur les approches psychanalytiques et la psychothérapie institutionnelle. »

On voit  de quelles précautions scientifiques elle s’entoure, et son souci des « bonnes pratiques ». On a hélas plutôt l’idée que, forte du slogan « culpabilisation des mères », il s’agit bien sûr d’éloigner toute pratique orientée par la psychanalyse du champ de la santé, voire du champ social tout entier. D’ailleurs il suffit de voir la reprise en choeur  des journalistes et media ces derniers jours. (J’ai déjà suffisamment souvent analysé ici les mécanismes grégaires d’un journalisme mal informé à propos d’une certaine personnalité politique pour que l’on me soupçonne de ne parler que pour ma « chapelle » psychanalytique). Ainsi, on s’en donne à coeur joie dans la désinformation, ne soupesant même pas les termes de la HAS, qui indique seulement que cela ne « permet pas de conclure à la pertinence ».. On y va, à la grosse! En vrac, Laurent Joffrin Nouvelobs : « Nouvelle défaite pour la psychanalyse. Pour faire court, les disciples de Freud considèrent que les troubles qui affectent ces enfants – défaut de communication avec l’extérieur et comportements répétitifs – sont en grande partie imputables aux mauvaises relations qui se sont établies dès la naissance entre la mère et l’enfant. » Ca c’est certain il « fait court »! Eric Faverau, Libé, que l’on a connu plus objectif, tribune d’une page pour un chercheur en neurobiologie qui « dénonce la psychanalyse appliquée à l’autisme quand elle n’est pas évaluée ». Catherine Vincent sans surprise Le Monde 9 mars « la psychanalyse a perdu le combat ». Le nouvelobs encore:  » Autisme et psychanalyse le scandale enfin mis au jour » !!!

Last but not  least : « Vaincre l’autisme », Le monde 23 février, page Débats: « L’autisme est une maladie précoce qui prend naissance le plus souvent pendant la grossesse. On trouve plus de neurones dans certaines régions cérébrales des enfants autistes. La prolifération cellulaire ayant lieu exclusivement in utero chez l’homme, cette preuve ne peut être contestée ». On développe ensuite les causalités de ces «réseaux neuronaux aberrants », « une malformation cérébrale est un phénomène « biologique » qui ne se guérit pas avec des mots. » Bon! Fin de l’article: « C’est en bloquant  ces activités aberrantes (neuronales) avec des outils pharmacologiques (mais aussi de la rééducation nous dit-on plus haut) que les promesses les plus sérieuses.. » E. Laurent encore LQ 170 : « L’ennuyeux est que, comme le soulignait pour les lecteurs de LQ le neuroscientifique et chercheur Javier Peteiro, le dernier numéro de Nature consacré à cette question, en novembre 2011, concluait que rien n’est pour l’instant confirmé dans les nombreuses hypothèses émises sur la nature de l’autisme. »  De plus on a élargi considérablement le spectre autistique, y incluant entre autres le Syndrome Asperger, panier de crabes sans rigueur nosographique, permettant ainsi un marché plus juteux.Concernant les rapports autisme et labo : HuffingtonPost Martin Quenehen  »Rapport sur l’autisme : exclure les psys pour mieux engraisser les labos? » et Agnès Aflalo conférence du 4 mars).

Voilà où nous en sommes. J’ai déjà voulu témoigner dans un billet précédent, à ma mesure, de ce qui m’apparaît comme lourdement inexact dans les critiques faites à nos pratiques d’analystes, ici avec des enfants autistes. Il y a un emballement épidémique dont le fondement rationnel et scientifique précisément n’apparaît guère. Emballement médiatique aussi bien, auquel rien n’échappe plus de nos jours. Pourtant inexactitude sur nos pratiques en cabinet ou en institution, (cf. billet précédent et mon propre témoignage dans sa simplicité), inexactitude sur l’efficacité des TCC, inexactitude sur l’approbation qui serait générale des associations de parents ainsi que des autistes. Où sont les informations sur les nombreux livres d’autistes adultes et leur point de vue par rapport à leur « éducation »? ( Berger, Temple, Grandin, chercheuse Dawson etc..).

Comment en est-on arrivés là, ici, en France,  maintenant? Nous n’avons sans doute pas vu venir l’attaque; pas aussi forte. Nous ne nous soucions sans doute pas suffisamment de diffuser dans une langue plus simple nos travaux, leurs résultats, pour les rendre plus accessibles à l’opinion. Nous ne faisons pas de battage médiatique, mais aussi, je le crois, nous n’avons pas de tribune, parce que la pensée psychanalytique est une pensée et une pratique complexe qui demande une certaine éthique, un savoir-faire particulier, sans certitude, un autre rapport au temps, une clinique au singulier, au un par un et donc peu rentable, différente des protocoles randomisés et collectifs des TCC . Cela nécessite un savoir qui n’est pas seulement un acquis technique applicable dans des cases d’évaluation, un savoir qui s’élabore pas à pas à partir de ce que dit et demande le sujet (npc  avec passivité ou neutralité bienveillante qui n’a rien à faire ici avec les autistes), un savoir adossé à son propre savoir intime analysé, qui part du sujet accueilli, une clinique.  (cf. conférence. ECF l’exemple du garçon au bâton EL billet précédent).

Et puis la psychanalyse dérange. Ce n’est pas nouveau. Sans doute ce qui est nouveau, c’est le tour nouveau du discours du maître, l’importance  prépondérante donnée au corps dans sa dimension organique, au cerveau comme lieu de toutes les vérités, au marché et à ses productions pharmaceutiques, au pas pris par la jouissance sur le désir, à la nécessité voire l’exigence d’une vérité toute prête devant les désordres du monde (cf nationalismes, exclusions, ségrégations). Alors là où la pratique psychanalytique s’étaye sur de l’insu, du refoulé, de l’inconscient, du un par un, de la parole singulière, du parlêtre comme nous disons, et, je le répète de la complexité non-prédicitive, on voit venir le handicap, le corps, la cause génétique, la machine à réparer, la rééducation, le protocole. Protocoles, faire série, stéréotypes/ versus désir, kairos, intersubjectivité, trouver sa voie. Choix de vie, choix de civilisation.

La psychanalyse dérange parce qu’elle veut conserver une part à l’intime. On ne sait pas ce qui s’y passe, dans le cabinet. On va jusqu’à imaginer peut-être que l’on va allonger un enfant autiste criant et sans parole sur un divan! Rien n’est moins vrai; chaque patient, quelle que soit sa pathologie, son symptôme comme nous disons, est accueilli comme un être singulier. Mais voilà, on ne peut pas voir ce qui se passe là, on ne peut pas y être, sauf à s’y engager soi-même. Ce respect fondamental de la personne se transforme, en ces temps lourds de fantasmes complotistes,  en secret mauvais, malsain, attribuant au praticien des méthodes et des intentions diaboliques, hors du regard, et.. des cases. Nous connaissons ce trait du transfert dans une cure, mais quand il devient à ce point collecitf, politisé, il est plutôt le signe de lendemains qui ne vont guère chanter pour personne. C’est en ce sens que toute cette affaire, grave dans son  accusation, infondée et outrepassant ses droits, est signe d’une dérive civilisationnelle qui, hélas, nous concerne tous. Renoncement à l’esprit des Lumières, renoncement aux idéaux républicains, à la liberté de choisir?  Renoncement tout simplement à ce qui fait Humanité et lien intersubjectif. Ouvrir les bras à la technicité sans fin et à son alliance avec le marché sans sujet, signe d’une désespérance, française tout particulièrement, hélas.

De plus : La HAS s’appuie sur « l’absence de données ». Comment peut-on rayer ainsi d’un coup de plume les congrès, les publications, les notes cliniques? Sinon que tout ce qui ne serait pas mesurable et inscriptible dans des cases n’existerait pas? Sinon que la seule méthode qui vaille soit celle déjà choisie arbitrairement de ABA, et je suis désolée de le dire son conditionnement et son dressage. Sinon que la France serait donc le seul pays au monde à décider de ce que l’on peut exclure, et qu’une seule méthode vaille?

« En situation d’incertitude, il est crucial de préserver l’espace du débat démocratique. La question est globale. On sait le goût en Europe, des bureaucraties de tous ordres se pensant comme les guides sûrs de l’administration des choses, guidant les peuples, s’il le faut à leur insu, vers des solutions parfaitement calculées. On voit dans quel état est la zone Euro, résultat de l’action des bureaucraties financières après le crach des marchés de 2008. Les bureaucraties sanitaires européennes, devant le crach des certitudes scientifiques, ou leur prolifération « aberrante », sont tentées par des artifices divers pour imposer des solutions autoritaires inspirées par les lobbys scientistes.

Nous souffrons clairement d’un déficit démocratique qui ne cesse de se manifester dans les différents scandales qui traversent le milieu psy depuis la régulation abusive des psychothérapies en passant par le plan de la prévention précoce de la délinquance, objet de la pétition « Pas de zéro de conduite à 3 ans ». Nous nous sommes souvent gaussés, de ce côté-ci de l’Atlantique, du choix américain de soumettre le remaniement du champ psy à des votes au sein de l’American Psychiatric Association, qui vote sur les propositions de modification du DSM. Le système européen des agences « indépendantes », élaborant la loi qui sera ensuite opposable à tous, est sans doute, sous nos yeux, en train de trouver ses limites. Nous pourrions nous inspirer – sans pour autant copier – de l’exemple américain et de ses multiples centres de décision, aussi bien au sein de la bureaucratie fédérale du NIMH (National Institute of Mental Health) qu’en dehors, dans le milieu psy structuré par l’American Psychiatric Association ou son équivalent pour les psychologues. Il ne s’agit pas d’idéaliser le système mis en place. Les difficultés d’élaboration du DSM V, les oppositions violentes qu’il soulève, les lettres de protestation des responsables du DSM IV et III R, tout cela témoigne d’une vitalité démocratique qui nous manque . Nous ne pouvons plus continuer à coup de « méthode de consensus formalisé » et d’assertion du type « Il convient de rappeler quelques faits qui ne sont pas contestables ». Nous sommes dans un champ qui ne nous permet pas ces facilités. Commençons par réformer ces Hautes Autorités proliférantes, faites pour éteindre les débats. » Éric LAURENT. LQ 170. cf. aussi LQ 176.

Un enfant, c’est-à-dire chacun de nous, naît au lieu de l’Autre, d’un désir, généralement d’une rencontre entre deux personnes, quelle qu’elle soit, tenant compte des évolutions de la science. « Un désir non anonyme » disait J. Lacan (« Deux notes sur l’enfant »). La naissance d’un enfant nécessite l’invention d’un savoir-faire pour les parents, toujours, quelle que soit ou pas sa pathologie. Avoir un enfant déclenche forcément en chaque parent des désirs, des doutes des projections, des fantasmes, et oserai-je le mot, de la culpabilité bien sûr. Qui peut honnêtement prétendre le contraire? La culpabilité est la chose au monde la mieux partagée, combien de fois ce mot est-il prononcé dans une journée? Accuser les praticiens analystes de culpabilisation est quand même une arme fallacieuse, sauf à ne pas vouloir tenir compte des liens incontournables entre un bébé et sa mère et son père. Certains parents s’appliquent plutôt à vouloir en savoir un bout là-dessus, et ça produit toujours des effets.

Comment une méthode rééducative, ABA pour ne pas la nommer, pourrait-elle ainsi promettre l’impossible, comment pourrait-elle à elle seule régler la question de l’autisme et être la seule légitime à traiter cette pathologie? Sinon pour barrer l’accès à psychanalyse? Peut-on accepter ainsi que l’offre multiples de soins et de prises en charge soit refusée maintenant aux parents, qui pour beaucoup, même s’ils restent plus discrets, savent que cette offre multiple est la condition nécessaire à leur mieux-vivre et à celui de leurs enfants? On sait par notre pratique combien et comment des parents qui ne seraient  qu’éducateurs cela pourrait mener à la pire des choses. Certains traits humains ne se comptabilisent pas ne se chiffrent pas, ne se « casent » pas. L’amour, les sentiments, la tendresse d’un corps, les affects, tout cela ne peut se comptabiliser, sans reste. Or les cases sont remplies, oui/ non/ nsp/… sans reste.  C’est parce qu’il y a du reste, du en-trop, de l’insu,  qu’il y a de l’humain, de la question de la demande, et de l’échange entre les humains. Du vivant singulier, qui rate, échoue, pleure, crie, et dérange, et jouit.

Loin de moi l’idée que les parents et les enfants qui souffrent ne pourraient pas bénéficier de techniques qui amélioreraient la vie au quotidien et leur permettraient des apprentissages; quel enfant, quel adulte ne passe pas par des apprentissages? Personne ne les refuse dans les institutions ou ailleurs. Mais, de grâce, que l’on n’en fasse pas la voie unique autorisée pour  guérir; qu’elles soient à leur juste place, et que la nôtre qui  a aussi fait ses preuves nous soit conservée. Laissons le choix aux parents et aux autistes de là où leur pas les mène. Quelles que soient les causes, si on les isole un jour, il y a pour enfants et adultes un réel dont personne n’est le coupable mais dont chacun peut explorer les complexités et les effets souvent si délicats à apaiser, à mener vers plus de pacification et d’élaboration symbolique, pour le mieux-être de tous. Ne faisons pas croire  à des guérisons miraculeuses!

Enfin, je vous conseille vivement de prendre le temps de visionner la conférence du 4 mars à l’Hôtel Lutétia. Je ne peux ici en faire le compte-rendu; vous y entendrez des collègues psychanalystes respectueux, attentifs, troublés aussi il faut bien le dire par ce déferlement. Vous y entendrez des témoignages d’accompagnement clinique au quotidien et leurs effets. Je suis en plein accord avec  ce qui a pu être échangé dans ce riche débat. Puisque les media ne nous prêtent guère oreille pour l’heure…

(communiqué du collectif des 39/ la nuit sécuritaire)

Peut-on croire qu’une alternance politique irait vers plus de sagesse et de respect?

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« … La HAS – Haute Autorité de Santé — a été sommée de bannir la psychanalyse de la liste des « bonnes pratiques » relatives à l’autisme. Des médias moutonniers ont fait écho de cette tentative de proscription publique d’une discipline que l’on pouvait croire reconnue et honorable. Bref, une atmosphère de « croisade » et de « chasse aux sorcières ».

L’Université populaire Jacques-Lacan a voulu étudier posément ce phénomène d’opinion, et le contrarier en faisant entendre d’autres voix. Son Institut de l’Enfant a réuni dimanche dernier, 4 mars, une « conférence de presse » à l’hôtel Lutétia. Cette réunion, qui a duré 3 heures, a été intégralement filmée par l’équipe de La Règle du jeu ; elle donnera lieu à une publication »  — Jacques-Alain Miller

La vidéo de la conférence de presse de ce dimanche 4 mars au Lutétia


AUTISME ET PSYCHANALYSE (partie1) par laregledujeu


AUTISME ET PSYCHANALYSE (partie2) par laregledujeu

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Le billet virulent d’Audrey Pulvar contre le…par lesinrocks  

Dans son billet du 26 janvier, Audrey Pulvar est revenue avec virulence sur un article publié par le magazine Elle sur le style des femmes noires, n’hésitant pas à parler d’un « papier de merde ». poursuivre la lecture…

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réflexion sur l’état idéologique et éthique de la gauche française face à la dérive idéologique de droite

il y a bien sûr des causes économiques et sociales à l’abstention et au vote FN. Mais pas seulement me semble-t-il: il y a la carence éducative, le brouillage des messages, la transgression permanente des champs de pouvoir, tricheries, irrespect des institutions républicaines entre autre.

On peut vivre dans une famille pauvre et ne pas être raciste par exemple; on peut être de la classe moyenne et ne pas supporte l’altérité, j’en connais qui hélas se referment sur leur petit cercle familial et ne se soucient plus guère de la Chose Politique. poursuivre la lecture…

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