le blog d'Evah5

l'air du temps qui passe

La « curée »/ Marcela Iacub Un conte cruel

C’est la « curée » contre celle qui se dit nonne..Ça rue de tous les côtés, les juges et avocats, l’épouse, les machos, les féministes, les politiques, les journalistes, les critiques, et  même les écrivain(e)s s’en mêlent.  Montée au créneau de ma chère C. Angot, que je « suis » et lis depuis belle lurette,  la sortie de « L’inceste », l’écouter lire ça, la voir tremblante (et depuis, bien d’autres lectures, d’autres livres). Là aussi ça (se) « ruait ». « Merci de me faire confiance » me disait-elle alors; c’est toujours le cas. J-M Roberts, éditeur, avait osé. Et bien, là encore, il a osé, et c’est tant mieux (il n’est d’ailleurs pas tendre avec « cette gauche qui a choisi le bon côté du flingue » Libé 9/10 mars 2013). V. Despentes s’y met aussi (Le Monde 1er mars 2013). D’ailleurs, à les lire ces deux-là, qui font partie de mon « univers littéraire », on reconnaît pour chacune ses manies préférées. C. Angot est La Vérité de la littérature, elle seule sait l’écriture, c’est sa posture, je ne m’en plains pas, moi qui accorde aux artistes, aux « créants », toute légitimité dans l’illégitimité, toute autorité à subvertir, forcer les lignes et la morale, inventer, fictionner, bref la plus grande des libertés subjectives possibles (ce n’est d’ailleurs pas chose aisée). Alors, cette posture du « non » (« Non non, non, et non », Le Monde 24/25 février 2013) fait-elle entendre ce « non » qui n’aurait pas pu être prononcé? Ce « non » doit s’adresser à l’Autre. Le soutien des réseaux maintenant pour Christine, c’est tant mieux, elle en a pris tellement plein la gueule, mais bon. Elle ne rechigne pas non plus à publier le privé. G. Lefort (« Belle et Bête », les arts de la fable Libé 22 février 2013) en prend aussi pour son grade, supposé ne rien savoir de « La » Psychanalyse (et si c’était un peu vrai que pour certains c’est « une fosse d’aisance »?). V. Despentes fait sa fixette sur le patriarcat, les classes, et s’emmêle dans un contresens absolu sur la position de M. Iacub quant au viol, la place des femmes etc . Quant à son soutien à T. Banon, tant mieux, mais que vient-il faire là? L’une contre l’autre? Rivalité féminine mal placée, Mesdames mes amies écrivantes..(et si en lisant « Une semaine de vacances », on pouvait Jouir aussi du « pourquoi » autant que du « comment »? Quand C. Angot nous « donne à voir », à  lire, son amour pour une autre femme, ses ébats avec ses amants, si identifiables dans leur vie privée, pourquoi croit-elle qu’aucun voyeur ne pourrait s’en réjouir?). Pourquoi faudrait-il comparer? Les femmes sont Une par Une.

Car il existe une soeur en littérature, une autre, pour laquelle il  semble bien que l’écriture fasse tout autant fonction de bord (je n’ose dire de délivrance, j’entends déjà les cris de CA, bon elle ne va pas me surmoïser plus longtemps, ce serait le comble que ce soit elle le surmoi dans cette affaire, au fond VD est plus drôle, plus j’menfoutiste d’une certaine façon, plus légère- ce n’est pas un vain mot). La question c’est que sans cesse dire, écrire, passe forcément par un rapport entre fiction et Réel; quelle que soit l’expérience traversée (oui c’est une expérience, subjective). Il y a du corps, et la monstration de  comment chacune s’y prend avec elle, avec l’autre, pour en tracer quelque chose, les pulsions sont à l’oeuvre : corps froid et Jouissance sans vie chez Angot, découpée comme au microscope, extase, oeil, oreille, chez Iacub (par exemple). Aucune femme ne peut revendiquer être celle qui sait pour toutes (écrire, dire, jouir..).

Marcela Iacub écrit. Elle sait qu’elle l’a cherché, c’est une sainte, elle se prend pour Voltaire, elle se prend à son propre piège sans doute autant, voire plus, qu’au piège de l’autre. Elle le dit et redit. Je l’ai lue dans un souffle, comme un souffle, une rêverie mauvaise, un cauchemard avec des plages « roses », un délire, une métaphore fantastique, une « fable foudroyante » (W. Zarachowicz Télérama 6 mars 2013). Un souffle, comme la lecture de   »L’Inceste ». Lire, toucher le fantastique (halluciné?), atteindre la métaphore, payer de soi, de son coeur, de son être… car ce livre en vient à être une fiction, comme chaque essai d’approche de la vérité, d’un bout de la vérité, a « structure de fiction ». Qu’importe au fond quel est l’Homme en question, puisque c’est la partition Homme/cochon qui est en question, l’H. et son cochon partenaire, ou bien plutôt le Cochon et son Humain partenaire. Elle donne sa livre de chair, elle y laisse son oreille, trait de violence signalé (qu’importe la véracité de la Chose?). Marcela Iacub ne manque d’aucune lucidité dans sa tentative folle de mettre en mot sa confusion désirante prise dans l’amour. Il faut sauver le cochon.

Depuis des année elle fouille la question féminine de la Jouissance, des Jouissances, de la pulsion de mort; du consentement, du rapport maître/esclave, de la violence d’Etat, de la dictature; dans ses billets dans Libé, souvent avec un humour froid ou une belle ironie, elle tord les représentations, en prenant beaucoup de risque.  (Dernier billet   »La plénitude du vide » Libé 9/10 mars 2013). Elle met en acte le jeu des masques, mascara. Elle interroge les « ventres » (très drôle vision futuriste de la reproduction, « La reconnaissance des ventres  » Libé 12/13 janvier 2013). C’est une épreuve subjective  dont l’alchimie de l’écriture permet la métaphore du cochon (qui mange la merde, et tout est bon). Ne désire-t-elle pas que le cochon écrive, lui qui écrit si bien? Ne veut-elle pas qu’il puisse sublimer sa « cochonnerie »? Ce qui est rendu là est une traversée éblouissante et effrayante à la fois, consentie, jusqu’où, comment?. Ce qui est à l’étude c’est (a contrario des « féministes ortho ») le « elle l’a bien cherché », qu’est-ce que c’est? Jusqu’où la Jouissance, jusqu’où je consens à ma Jouissance,  à la Jouissance de l’autre? Bien sûr que tout cela est politique.  Marcela Iacub interroge le consentement à la Jouissance, la sienne, celle de l’autre; point de vue juridique; point de vue politique; point de vue inconscient; pas les mêmes plans.

Tous ces « rueurs » l’ont-ils lu? La curée n’est jamais bonne. Je n’aime pas cela, pour qui que ce soit. Faire de l’argent dit quelqu’un, pour l’instant, c’est elle qui paie non, et l’autre qui ramasse? (Ah! oui elle l’a bien cherché!). Ce livre n’est pas à charge, ou alors il l’est surtout contre l’auteure elle-même, dont on perçoit l’immense trouble. Quant au dsk, cela contribue plutôt à l’humaniser…le livre de Iacub n’est ni trash ni porno, on oublie qui est l’H. C’est (seulement) un Homme qui chute (quand il Jouit). Et l’inverse?

Certains de mes lecteurs seront peut-être choqués, agacés, contrariés de mon billet? Je prends mes risques, je les ai toujours pris. Contrairement à ce que l’on laisse entendre, ce livre n’est pas une merde au sens de la souillure trash people Voici. C’est une transformation littéraire et conceptuelle d’une traversée intime, et de la rencontre d’un autre, dont la dualité et une certaine détresse dans la Jouissance vient faire écho à la posture subjective de l’auteure. Il y a, à coup sûr, cette dimension fantastique qui touche du doigt le fantasme, la rêverie, le cauchemar infantile. « Belle et Bête » est pour cela un bon titre et ne désigne pas l’un et l’autre (exclusif) mais l’un et l’autre  (inclusif), chacun en prenant sa part. Il faut espérer que la subtilité et la complexité d’une pensée sont encore accessibles aux lecteurs français. Et que les (des) femmes cesseront de se dresser contre cette soi-disant « ennemie ». Bien sûr la notoriété de l’H. en question brouille les pistes, et en même temps est-elle tant que cela nécessaire au récit? Cet H. que l’on pense sans doute blessé lui aussi ne peut se dédouaner de ses responsabilités de sa vie, ni non plus de cette liaison. Ne dit-il pas: « Ma vie a été une terrible erreur »?

La sexualité, la Jouissance, l’amour, le désir, sont agents du lien social. L’écriture, la mise en danger du soi, les traversées sauvages, tout cela participe de notre vie, tout cela est politique. Une société ne se construit pas uniquement sur les rapports marchands du travail, le mieux-être matériel et économique d’un peuple, l’exploitation et le marché est aussi à l’oeuvre là-dedans.

« Comme mon père, un homme mort.. » Marcela Iacub

© evah5

                                                                    S’unir aimer naître donner la vie désirer

Les débats (à l’Assemblée Nationale et dans l’espace public) qui ont lieu et bien lieu, quoi qu’on en dise, à propos du « mariage pour tous », sont rudes, souvent haineux, injustes, dangereux, surfant sur l’ignorance et la peur parfois. La grande peur « réactionnaire » vient en réponse à ce qui se met en branle dans cette demande pourtant si normative, cette demande entre autres d’avoir le choix. Il n’empêche qu’ils ne clivent pas forcément, sur tous les sujets, aussi radicalement droite et gauche ; réactionnaires et progressistes ne sont pas strictement identifiables comme d’un camp ou de l’autre. On voit et on entend l’Eglise, les Eglises, qui bien évidemment peuvent dire leur point de vue, mais qui ne sont, au fond, pas plus concernées que cela puisqu’il s’agit là d’une Union Civile dans un Etat laïc, sauf à dénier aux Lois Républicaines leur primauté sur la Loi divine.

La question de l’union, qui ne va pas sans les questions des filiations, est une saine et riche occasion de (re)penser toutes ces questions des familles et des procréations, les enjeux, les pratiques, leurs limites, mais aussi leurs avancées (cf. D Bertinotti pour ces initiatives bienvenues et l’accent mis sur « les » familles). Il serait malhonnête de ne pas dire que cela est complexe. Beaucoup a déjà été dit, écrit.

Ici, donc, mon « point de vue », pour épingler quelques-unes des idées fortes que cela met en branle.

Tout d’abord, il est consternant qu’il y ait encore une fois une telle méprise quant à la position de « la » psychanalyse, qui n’existe pas d’ailleurs en tant que telle. Il y a « des » psychanalystes. Ils écoutent et accueillent les symptômes, mode de jouir de chaque parlêtre, un par un. Pour beaucoup, peut-être même la plupart, ils exercent leur pratique avec sérieux sans prétendre pouvoir se substituer au débat de société et aux décisions parlementaires. Certes, ils ont choisi une orientation doctrinale mais celle-ci ne va pas sans une remise sur le métier constante, à chaque fois qu’une rencontre a lieu. Les homosexuel(le)s viennent « aussi » nous consulter, ai-je envie de dire de façon un peu ironique. Ce n’est pas une race à part. La clinique ne saurait s’endormir.  Sans se prendre donc pour la Vérité (encore plus quand elle a droit de cour médiatique), cela ne les empêche ni de réfléchir ni de témoigner à partir de leur clinique, dont ils ne peuvent cependant faire Loi générale (sociologique, anthropologique, voire statistique). Mais certains, hélas, oeuvrent parfois à dévoyer cette éthique, parfois « sincèrement », en conscience (cette idée est à la mode), parfois animés de cette passion haineuse contre notre science, (bénéfice secondaire de cette posture), animés du désir de se faire un peu remarquer, voire aimer. C’est dommage. Vous trouverez ici références, textes et pétitions, pour un autre son de cloche.

« Mariage pour tous : contre l’instrumentalisation de la psychanalyse ». Cette initiative refuse l’instrumentalisation de la psychanalyse à des fins moralistes et rétrogrades.

« Rien dans l’expérience freudienne n’est de nature à valider une anthropologie qui s’autoriserait de la Genèse /la structure œdipienne dégagée par Freud n’est pas un invariant anthropologique /au niveau de l’inconscient, les deux sexes ne sont liés par aucune complémentarité originaire, ce qu’exprime l’aphorisme de Lacan : « le rapport sexuel n’existe pas » / il revient à chaque être parlant de trouver les voies de son désir, qui sont singulières, tordues, marquées de contingent et de malencontres ».

(tout le dossier est consultable sur  Lacan Quotidien )

Et aussi : « Des psychanalystes face à l’égalité des droits et au « mariage pour tous«  ». « Nous, psychanalystes (ou en formation psychanalytique), souhaitons par ce communiqué exprimer que « La psychanalyse » ne peut être invoquée pour s’opposer à un projet de loi visant l’égalité des droits. Au contraire, notre rapport à la psychanalyse nous empêche de nous en servir comme une morale ou une religion. En conséquence, nous tenons à inviter le législateur à la plus extrême prudence concernant toute référence à la psychanalyse afin de justifier l’idéalisation d’un seul modèle familial »

Les (des ?) psychanalystes sont donc à la tâche de prendre acte de ce qui bouge, inexorablement, de là où les « progrès » de la science nous ont menés : possibilité de concevoir et d’engendrer un petit d’homme   »hors corps « , à partir de fécondations de laboratoires, d’ « union de gamètes », de donneurs voire de donneuses  anonymes, hors rapport sexuel, ce qui n’est pas hors désir. « Grâce » à la science, et ses applications, qui inexorablement veut avoir la main sur la nature pour le meilleur et pour le pire. On évoque même la possibilité de créer un embryon à partir de cellules souches barrant « définitivement » la nécessité d’union HF, voire le « couvage »dans un ventre masculin. Il existe donc une disjonction entre procréation et copulation. Les figures parentales sont diversifiées, la conception d’un enfant n’est point liée automatiquement au rapport sexuel. « De nos jours, les éprouvettes ont désacralisé la conception, et si elles peuvent servir à reproduire des corps, elles ne suffisent pas à concevoir un sujet. Il y faut du désir et de l’amour, ce qui ne se trouve dans aucun vase concepteur ». L. Majhoub LQ 279

Une conception « hors corps » existerait donc via les progrès de la science. « Hors corps » mais pas pour autant sans désir. Il y a toujours construction et nécessité d’un fantasme de la procréation, de l’engendrement, de ce qui fait qu’à un moment donné j’ai été considéré et conçu dans le désir d’un autre, de deux autres (au moins). Une nouvelle façon de faire « scène primitive ». L’acte sexuel H/F n’est bien évidemment pas le tout de ce qui définit être H ou et F puisque la rencontre sperme/ovule par exemple n’est pas superposable à ce qui dans l’amour vient « nouer le désir et la Loi » et la Jouissance de l’Un tout seul. Les rôles sexuels ne sont pas identifiables aux genres. Depuis l’invention de la psychanalyse pas S. Freud, le recueil minutieux des témoignages révèle que les rôles et fonctions ordinaires, communs, et conscients, sont vite mis à l’épreuve des représentations inconscientes. Nos choix inconscients sont bien souvent hétéronomes aux décisions de notre vie consciente. L’anatomie est-elle encore le destin ? Là encore, la technique a ouvert la voie à une « maîtrise » des voies naturelles. L’anatomie qui fait (encore) différence n’est pas le tout des identifications sexuées, sociales, amoureuses. Ainsi en va-t-il, par exemple, du choix d’objet, de l’identification phallique d’une femme, d’une jouissance « féminine » pour un homme, quelques exemples d’une palette complexe, quant aux accroches possibles pour la construction d ‘un sujet. « La différence qu’il y a, parfaitement notable et dès le premier âge, entre une petite fille et un petit garçon…s’impose comme native..bien naturelle… les sexes paraissent se répartir en deux nombres à peu près égaux d’individus..Ils ne se reconnaissent comme êtres parlants qu’à rejeter cette disjonction par toutes sortes d’identifications dont c’est la monnaie courante de la psychanalyse que de s’apercevoir que c’est le ressort majeur des phases de chaque enfance » (Lacan Séminaire livre XIX).

Prendre acte du réel et en décider les limites et les usages pour tous est le rôle aussi du législateur. La PMA pour les femmes lesbiennes n’est-elle pas mieux encadrée qu’interdite, et revenant par la fenêtre de la Belgique ou des USA avec mère porteuse en prime et enfant sans statut ? Reconsidérer la PMA est légitime. Rappelons combien de femmes hétéro. font parfois usage excessif de ces méthodes, n’ont-elles pas alors cette demande si tenace qui serait refusée aux autres ? Car le désir d’enfant(s) n’est jamais un désir pur ; même si la morale (soutenue par la religion notamment) en fait un acte de don, celui-ci est plus le leurre d’une satisfaction maternelle et paternelle (voir des grands-parents) qui n’entreraient pas en ligne de compte sous l’angle narcissique, et heureusement. Et puis, cette technique, PMA, (aide médicale à la procréation ou procréation médicalement assistée comme on veut,) et son signifiant  » médical » est à reconsidérer en entier, sauf à considérer qu’elle n’est là que pour soigner, ce qui n’est déjà pas le cas, puisqu’elle est plutôt là pour assister « techniquement ». Il faudrait aussi, comme beaucoup le demandent, légiférer sur la levée de l’anonymat des donneurs : ainsi G. Delaisi de Perceval (anonymat des tiers donneurs libé 9 janvier) et le Dr R. Frydman qui demande « un plan pour la PMA » et que l’on reprenne la recherche. Il est intéressant d’apprendre que cette pratique d’insémination est pratiquée dans les couples hétéro. depuis belle lurette, créant ici ou là dans les familles un « mensonge » consenti, et découplant déjà père biologique donneur et père tout court. Mais au fond qui est parent ? N’est-ce pas (aussi) celui qui soigne, élève, nourrit, prend soin, aime.. ?

On ne peut nier que ce qui se passe là change profondément les rapports et les représentations psychiques, symboliques, imaginaires, réelles. Ce n’est pas tant l’union de deux que la question de l’engendrement et des nouvelles techniques de procréation d’ailleurs qui viennent bouleverser la donne. La question du désir d’avoir un enfant, de faire un enfant, seul(e), à deux, avec un tiers, avec une assistance laboratoire, « hors-corps » si je puis dire, reste bien évidemment posée. D’ailleurs ce pas juridique qui ne vient au fond qu’entériner « ce qui se fait déjà » et donc permettre surtout un statut légal au partenaire et à l’enfant, repose, et c’est tant mieux, la question fondamentale de l’origine, de la création, et du désir.. La question vaut d’être posée. Il n’est pas rare qu’un désir d’enfant, dans un couple hétérosexuel, chez une femme hétéro., doive être interrogé dans son aspect parfois « pathologique ». Là-dessus, il n’y aucune différence à faire et les homos mettent là le doigt sur ce qui tout de même pour l’éthique et la conception du monde fait bouger de façon irréversible les lignes. Oui, quelque chose, forcément, vient maintenant à être noué autrement. La question en tout cas vaut d’être posée. Quelque chose peut faire trou dans la conception, pour un enfant, quant à la représentation du père, du père-en-corps, d’une consistance charnelle irreprésentable. De la représentation d’une union charnelle, d’un instant de coït, qui n’existe d’ores et déjà que dans une dimension imaginaire, (dans les réimplantations par exemple), cousine d’une scène primitive, affamée de vouloir à tout force jusqu’au délire psychotique (se)représenter une origine dans le Réel. Non seulement risque de pas de père, mais le Réel (science, fécondation cellulaire, souchaire) viendra prendre la place pour partie ou pour tout d’un certain imaginaire de la relation parentale, et tout de même de ce qui fait fonction de père (nouer le désir à la Loi). Mais en 1955 Lacan disait déjà : « Que peut vouloir dire être père ? […] la question est que..-copuler avec une femme, qu’elle porte dans son ventre, que ce produit finisse par être éjecté- n’aboutira jamais à constituer la notion de ce que c’est qu’être père..être père au sens de procréer » (Séminaire Livre III.). Pourrait-on aussi interroger ainsi la question d’être mère ?

Il y a chez les êtres parlants, dans l’appareillage du corps jouissant et du langage,  un « autre » séparateur, en tout cas pas moins que chez un couple hétéro, pas plus non plus. La différence des sexes est représentée partout dans le discours, et la différence ne consiste pas seulement à être génitale. Il existe une distinction entre le sexe anatomique et la position sexuée, le choix du sexe dans l’inconscient. De même, les fonctions paternelles et maternelles peuvent-elles être incarnées, par un quelqu’un, qui n’est pas forcément père et mère biologiques. Des nominations séparantes semblent bienvenues, d’une façon ou d’une autre, faire exister des places non-confondues semble opportun. Deux mères nommées comme telles identiquement, est-ce souhaitable ? Je crois que ce n’est guère le cas, toujours s’y ajoute une petite virgule, si j’ose, un petit truc en plus, en moins, un insigne signifiant et identifiant. Si les choses sont dites, expliquées, l’enfant se fera sa propre version, son propre mythe, d’ailleurs il s’arrangera toujours pour distinguer l’une de l’autre, ou alors c’est qu’un nouage inconscient n’opère pas, et cela relève, comme pour d’autres, de soins. De cette « mêmeté » sexuelle, les couples avec enfants, conçus à l’Etranger par force, s’en accommodent déjà, inventent pour leur progéniture. (On évoque le cas de femmes lesbiennes dans le déni radical de l’Homme, oui cela existe, comme existe bel et bien disons pour certaines femmes en position hétérosexuelle la haine de l’Homme par exemple.. et ne parlons pas du machisme exacerbé, du déni de l’autre sexe, du désir d’un enfant toute (tout ?) seul(e), ou bien last but not least) du « refus de la féminité » freudien). Où  l’on voit que c’est quand même très complexe.

La construction dans le langage passe par un autre. La conception est là portée par un désir différent d’engendrement, biologie, adoption; la question alors est-elle toujours pour l’enfant qui est mon père/ma mère, mon père biologique? La place du père dans son tryptique Réel/Symbolique/Imaginaire est depuis pas mal de temps démultipliée en fonction(s) paternelle(s), cela qui dit oui/non et qui introduit au langage dans son sens séparateur. Il pourrait alors être incarné par un(e) autre que le père biologique. On ne peut en tout cas laisser dire ici ou là que cela mènera à de la psychose, sauf à imaginer un monde sans différences sexuelles (et encore ?) ; la construction psychotique se révèle féconde quand elle a à faire à un père très présent, un père éducateur (cf. « Le président Schreber » Freud), dans des couples tout à fait hétérosexuels. Ou/et quand elle a à faire avec une mère qui met son enfant en place d’objet de jouissance. « L’altérité sexuelle survivra » comme le développe excellemment Irène Théry (Le Monde 9 novembre 2012). Il se peut que quelque chose du côté de la castration soit forclos, mais n’est-ce-pas imaginaire ? Si l’on suit Lacan, le parlêtre (être de langage et de jouissance, chacun de nous) est définitivement aux prises avec sa jouissance du UN tout seul, ses embrouilles de langage et de vérité pas-toute possible à dire, s’appareillant à l’Autre selon les arrangements qui lui sont propres, c’est ce qui fait d’ailleurs l’actualité de cette doctrine. Les modèles oedipiens ont cédé la place aux modalités multiples des jouissances.

« Dès 1936, dans Les Complexes familiaux, Lacan énonce qu’il n’y a pas d’instinct familial naturel. Il n’y a pas de fonction naturelle paternelle, il n’y a pas non plus de lien instinctuel entre la mère et l’enfant dans l’espèce humaine. La famille est une invention symbolique qui, depuis l’orée des temps, a pris des formes très diverses. La famille est une réponse symbolique au réel du sexe, au fait que ne peut s’écrire symboliquement le rapport du sexe entre un homme et une femme. À défaut de pouvoir écrire le rapport homme-femme, la famille écrit le rapport père-mère. C’est le christianisme, et en particulier la religion catholique, qui a institué un mode standard de la famille qui noue, chez le même homme, les fonctions de procréation, d’éducation et de transmission. C’est dans cette société qu’est née la psychanalyse. La famille représentait alors l’instrument de la morale traditionnelle : respect, valeur, idéal. Elle reposait sur l’identification. Les identifications parentales constitutives du surmoi orientent le sujet dans son existence et donnent une direction à la voie d’un désir soumis au renoncement à la jouissance. » JP Deffieux LQ280

Reste bien sûr la question de la GPA pour les gays (gestation « pour autrui » et « par autrui »), qui, déjà, à l’heure ou j’écris prend la forme d’une bombe (C. Taubira voulant donner un statut aux enfants nés de GPA à l’Etranger). L’autorisation de la GPA et de plus pour les couples H. gays, bien sûr, ça ne fait plus rien tenir du tout dans nos représentations. On se passerait du ventre sacré de la mère (ou bien on le sacraliserait encore plus ?). La mater dolorosa intouchable au fond, invoquée bien qu’elles le dénient, par des « féministes de gauche » (hélas très influentes dans la pensée française) avec l’argument récurrent de « la marchandisation du corps des femmes ». Heureusement que pour beaucoup d’autres lois libératrices on ne s’en est pas tenu à cet argument : une mauvaise pratique, commerciale, déviante serait-elle le sacro-saint argument pour dire qu’il ne faut pas légiférer ? Il me semble bien que c’est tout le contraire. Ou alors plutôt trafic d’organes que don d’organes, avortement clandestin qu’IVG, comme le développe avec pertinence E. Badinter ? On voit bien que cet argument de la marchandisation n’est là que pour couvrir une certaine représentation intouchable de la maternité, et de la bonne mère. Cette résistance qui ne cédera pas, dans notre belle France qui n’est plus guère aux avant-gardes de rien, révèle d’ailleurs au fond la main mise idéologique constante de la légitimité hétérosexuelle (et elle seule) pour la maternité, véhiculée par les tenantes de l’ordre établi, quels que soient leurs rangs (bien qu’elles s’en défendent). Ne voyait-on pas pourtant un soir sur FR2 deux gays ayant fait appel à une mère donatrice, je n’y ai décelé aucune monstruosité. Mais il semble bien (hélas ?), au vu des derniers emballements, que cette question ne soit pas mise en acte de sitôt tant les tenants (et tenantes !) farouches de la  protection contre la « marchandisation des corps » sont actifs. Pourtant si l’on raisonne « égalité des droits » alors il faut avoir le courage de sa logique : E. Badinter (FInter 14 déc.2012 entre autres) pense qu’il vaut mieux légiférer sur la GPA plutôt que de laisser des pratiques sauvages qui existent de fait. Irène Théry pense à juste titre que cela nécessite une révision de la loi de bioéthique.

Il est d’ailleurs bien venu que l’on se saisisse de cette loi pour re-mettre en chantier les pratiques PMA, leurs limites, leurs contraintes, voire leur fondement. C’est ce qui semble être le cas, ainsi que l’annonce J-C Amsallem, Président du Comité Consultatif National d’Ethique. Comptons sur leur grande « sagesse » pour ne pas nous resservir en boucle l’argument rengaine de la marchandisation des corps. (Mais la position prise jusque là est hélas on ne peut plus assise sur un « modèle hétéroparental binaire et rigide », et la « complémentarité des rôles paternel et maternel », ainsi que l’analyse B. Perreau, Professeur au MIT et chercheur associé aux universités de Cambridge et Harvard). Comme lui j’ai d’ailleurs l’idée (la crainte?) que l’appel du Président au CNE soit une façon détournée de se débarrasser de toutes ces questions dont ils ne veulent pas, au fond, se saisir.

 Un enfant pour soi dit-on. Un enfant tout seul. L’enfant d’une autre. Est-ce qu’une conception ne devrait pas être aussi (et surtout) la dette à l’Autre par rapport à la nécessité narcissique du « pour soi »? Un nouage de ça ? Ne sommes-nous pas tous plus ou moins des enfants « adoptés » (Lacan)? La venue d’un enfant est toujours un événement qui sollicite l’accordement de soi et du partenaire à une étrangeté singulière incarnée, dans un désir de transmission de la finitude humaine. Quelque chose d ’inédit est à l’œuvre à chaque fois. Quelles que soient les modalités de la venue au monde. On ne peut camper dans le déni de ce qui est, ce qui bouge, ce qui change. Il est d’ailleurs intéressant de repérer qu’une demande d’égalité qui est aussi une demande de « normalité », un « je suis comme l’autre », sans doute révélateur d’une demande aussi de plus de sécurité, qui va bien avec l’époque actuelle (jusqu’à la subversive Virginie Despentes qui s’y colle, à l’adresse de L. Jospin, dans son style incomparable), que cette demande donc du mariage, vienne se nouer avec ce que la science avance comme pratiques subversives. Pour J-A Miller, la demande d’ordre et de tradition (à laquelle sur certains points s’apparente la demande « mariage pour tous ») révèle la nécessité d’ordre par rapport au réel sans loi (Lacan Le Sinthome) : « le réel n’a pas d’ordre » on ne peut faire qu’avec un « bout de réel ». Intéressante aussi à noter : la position déclarée intangible du « je suis homosexuel(le) », comme si là aussi il y avait cette nécessité de s’assigner sous un signifiant du choix sexuel; comme si au fond rien de la position de Jouissance et du choix d’objet ne pouvait venir à changer.. Une demande d’inscription civile nouée à une fixation identitaire.

Reste l’amour que l’on invoque, que l’on convoque. L’amour, ciment des couples, mais aussi enfant de bohème, volage, capricieux, constructif mais aussi si vite enfui. Ce ne serait pas sérieux d’argumenter uniquement là-dessus. Transmissions et garanties matérielles, reconnaissance du conjoint et statut de l’enfant semblent tout aussi fondés. Comme disait quelqu’un : « le divorce pour tous »..Pas mieux, pas pire, que les hétéros.

Enfin, avant de conclure, ceci : les humains ont toujours inventé leurs mythes, muthos, et leurs récits, logos, devant l’énigme de l’Univers, et des origines. Mythe grec de l’autochtonie qui fait naître les hommes, gegenes, de la Terre, Ge. Athéna, née de la tête de Zeus, Dionysos couvé et né de la cuisse de Zeus, Pandora, première femme, faite de glaise, mieux encore Aphrodite qui naît sur les flots, fécondée par le sang de la castration d’Ouranos. Sans oublier le mythe de la bisexualité d’Aristophane. Dans la Bible, Agar portant un enfant pour Sara etc..La question de l’engendrement forclose dans la conception de l’Enfant Jésus en fait le fils de deux pères, et d’une mère Vierge. Immaculée conception. « Procréation spirituellement assistée » (Ph. Sollers). La religion catholique mettant là en lumière l’inexistence du rapport sexuel comme l’a formulé Lacan. Bref là où le mythe vient dire l’insu du réel, ce qui ne peut se dire, disait Lacan..

AFP/Kenzo Tribouillard
manif mariage pour tous janvier 2013

Quelque chose s’opère de la forclusion du récit mythique.

La psychanalyse oeuvre avec le pas-tout, le pas-tout de la jouissance, le pas-tout du dire, le fait qu’il y ait un reste, un objet (a) auquel le parlêtre est chevillé. Chacun à sa façon, chacun sur son mode. Un sinthome qui fait sa propre marque. Sur ce point quels que soient les engendrements à venir, il me semble que le sujet aura toujours à s’y coltiner. La loi républicaine pour tous et la « loi » de la jouissance pour chacun. Avec ou sans la loi divine, respectable  et revendiquée haut et fort par le courant naturaliste soutenu par la droite comme incontournable.

Plus que jamais, le psychanalyste doit opérer dans la plus grande attention à ce qui se crée, se déploie et s’inscrit dans ce monde passionnant qui nous convoque à soutenir l’existence de l’inconscient, la valeur de chaque un, appelé à inventer sa vie. Faisons confiance aux inventions infantiles portées par des désirs qui s’avèrent bien à ce que j’en entends « non anonymes ». Payer sa livre de chair, donner de soi, céder de sa Jouissance à l’Autre. En céder sur sa Jouissance pour faire Union et Humanité, chaque un par chaque un.

JA Miller Le Point  3 janvier 2013 mariage homosexuel : oublier la nature

JA Miller Le Point 3 janvier 2013 mariage homosexuel : oublier la nature

ON PEUT CONSULTER

http://www.youtube.com/watch?v=1zSqqrSofWA  E. Badinter Assemblée Nationale le jeudi 13 décembre 2012.

http://www.youtube.com/watch?v=RMdI_JBt9r8  Irène Théry AN 8 novembre 2012

http://www.lacanquotidien.fr/blog/wp-content/uploads/2013/01/LQ-265.pdf  JA Miller Le Point

http://www.mediapart.fr/journal/france/231112/mariage-pour-tous-le-grand-debat

http://www.mediapart.fr/journal/culture-idees/161112/mariage-et-procreation-pour-tous-explications-et-debat

http://www.regards-citoyens.com/article-mariage-pour-tous-le-combat-perdu-de-l-eglise-par-daniele-hervieu-leger-le-monde-114891503.html D. Hervieu-Léger

http://www.tetu.com/actualites/france/virginie-despentes-repond-a-lionel-jospin-et-aux-anti-mariage-pour-tous-22503#.UKEuX12zeZe.twitter V. Despentes

http://www.homme-moderne.org/societe/anthropo/heritier/MF278-81.html F. Héritier

http://www.lepoint.fr/invites-du-point/jacques-alain-miller/non-la-psychanalyse-n-est-pas-contre-le-mariage-gay-14-01-2013-1614461_1450.php

http://www.avoodware.com/elisabeth-badinter-mariage-hom/ E.Badinter

http://www.rue89.com/2011/02/07/lois-de-bioethique-la-france-choisit-la-famille-ricore-180715

http://www.rue89.com/2013/01/09/interdits-denfants-vous-saurez-tout-sur-les-meres-porteuses-238417

http://tempsreel.nouvelobs.com/societe/20121219.OBS2992/elisabeth-badinter-veut-legaliser-la-gestation-pour-autrui.html E. Badinter

http://www.lemonde.fr/idees/article/2012/12/19/mariage-pour-tous-la-gestation-pour-autrui-ne-doit-pas-etre-le-bouc-emissaire_1808271_3232.html?xtmc=badinter&xtcr=1 E. Badinter

http://blogs.mediapart.fr/blog/farid/251212/homopaternite-et-gestation-pour-autrui-une-enquete-sociologique

http://blogs.mediapart.fr/blog/michel-philips/291212/i-gestation-pour-autrui-et-interet-de-lenfant

http://www.ehess.fr/fr/formation-continue/manifestations-publiques/mariage/ I. Théry

http://lemariagepourtous.info/irene-thery I. Théry

http://www.lemonde.fr/idees/article/2012/11/08/l-alterite-sexuelle-survivra_1787902_3232.html?xtmc=thery&xtcr=1 théry I. Théry

http://laregledujeu.org/2013/01/18/11877/mariage-pour-tous-le-projet-de-loi-au-prisme-des-sciences-sociales/

http://www.lemonde.fr/idees/article/2012/09/18/filiation-l-impense-du-projet-taubira_1761913_3232.html

http://www.franceculture.fr/emission-repliques-tous-pour-le-mariage-pour-tous-2013-01-12-0 I. Théry

http://www.dominique-bertinotti.fr/blog/2013/01/ma-réponse-à-henri-guaino-à-lassemblée-nationale-mardi-29-janvier-2013.html  D. Bertinotti

http://www.huffingtonpost.fr/2013/01/30/legislation-gpa-gestation-autrui-europe-monde_n_2580692.html?utm_hp_ref=france

http://tempsreel.nouvelobs.com/societe/20130131.OBS7386/moi-c-mere-porteuse.html Delaisi de perceval

http://www.homme-moderne.org/societe/anthropo/heritier/MF278-81.html F. Héritier

http://culture-et-debats.over-blog.com/article-534006.html http://www.observatoiredesreligions.fr/spip.php?article278 mères porteuses dans la bible

A. Milon favorable a la PMA et a la GPA libérationA. Milon

http://www.najat-vallaud-belkacem.com/2010/11/21/gestation-pour-autrui-lethique-du-don/  N. V-Belkacem

http://www.liberation.fr/societe/2013/02/06/comite-national-d-ethique-gardien-de-la-famille_879884 B. Perreau

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« La Politique : à la fois rester fidèles  et  inventer ».  Face au capitalisme financier « j’espère que le gouvernement ne reculera pas ». Interdiction des licenciements boursiers. Prendre des initiatives parlementaires fortes.  Réforme bancaire. BPI…


Ségolène Royal, intervention à l’AG de Désirs d… par segolene-royal


Jean Louis Bianco, intervention à l’AG de DA par segolene-royal

« La conviction que la Gauche et la France ont besoin de Ségolène Royal ». « La voix de Ségolène Royal est une voix qui porte dans le monde ».

« Nous serons à tes côtés.. »

© evah5

« La politique ce n’est pas ma partie, je le rappelle tout au long de ces billets, des éléments plus techniques peuvent bien sûr m’échapper, mais je fais retour ici sur ce que j’en entends au rythme du temps et des échos assourdissants de l’univers médiatique, mais aussi des analyses plus poussées dans tous les domaines, hélas trop rares. « L’inconscient c’est le Réel » (J. Lacan). Je suis moi-même aux prises et au service chaque jour de ce qui parle et fait symptôme, de ce Réel, là où ça rate. Et cela est politique.

« Cela fait déjà pas mal de temps  que je voulais en dire quelque chose de cette « arrivée » de la Gauche au pouvoir, (beaucoup de places de pouvoir, très lourde responsabilité). Ne trouvant ni le temps ni l’envie, parce que ne voulant pas  donner prise à ce « hurler-avec-les loups » médiatique, ni participer à cette curée aveugle (ou intentionnel?), ne voulant pas donner l’impression que je participe à l’abattage déchaîné et systématique, comme toute une part des media, signe s’il en était besoin que la presse est bien aux mains des libéraux, et aussi que le « dire tous pareils » de nombre de journalistes, leur slogans en boucle, leurs exégèses parfois « délirantes »  fonctionne à plein. « les moutons.. » Marianne. Mais ce dont on est  là les témoins, je l’ai bien souvent dénoncé  et depuis longtemps! Avec S. Royal  (2007, Primaires PS), on a déjà depuis longtemps l’entraînement au bashing (les « camarades » ne le dénonçaient guère alors!).

Sans doute suis-je baignée de ce sentiment sourd et confus de ne rien pouvoir attraper, épingler, qui ferait signe, oui, on ne peut le nier, d’un « cap« . Une « marche en crabe » dit  Domenach dans Marianne. Oui, bien vu. Ou bien, j’apprécie cet autre point de vue : « L’art de M. Hollande est à son comble dans cette retenue, ce retrait…Il triomphe à se dérober dans un invincible incognito. On ne saurait être plus habile. Mais qui prendrait comme phare dans la tempête une étoile filante qui clignote sur le bord de sa disparition. ». François Hollande, avion furtif, par Jacques-Alain Miller

« Loin de moi l’envie de critiquer aveuglément ce gouvernement et ce Président avant qu’ils n’aient eu le temps de faire leurs preuves. Ils ont bien sûr mon soutien de coeur et de raison. J’ai élu F. Hollande sans état d’âme, tant j’étais déjà consciente d’une position politique et éthique peu tranchée. Je n’ai cependant aucune sympathie pour la stratégie de  JL Mélenchon qui, même si les arguments sont souvent fondés, entretient un climat permanent de catastrophisme, d’agressivité, et de critique souvent injurieuse à l’égard du pouvoir, tant il vise à le déstabiliser pour s’en emparer (il a eu pour cela une longue formation militante).

« Un désir peu décidé, dis-je. Bien sûr, on a quitté un état de « terreur » et de démolition quasi permanent, style du sarkozysme. Bien sûr il faut reconstruire autre chose, autrement. Bien sûr ce n’est pas le même style et le même projet politique, et c’est tant mieux.  Cependant, d’ores et déjà des signes me paraissent préoccupants. Je vais essayer de dire les choses au plus juste. Le bon, le mauvais. Ce qui permet d’espérer, ce qui inquiète. La détermination de FH n’est pas à mettre en doute mais l’orientation reste confuse, divisée, on sent bien qu’il existe des divergences idéologiques majeures, comme elles existent d’ailleurs au PS, là où elles sont rarement tranchées.  La démonstration de FH au débat des primaires avait déjà laissé poindre cela : d’accord sur tout,  n’étant clair au fond que sur les contrats de génération..Le Président doit pourtant envoyer des messages clairs de sa politique. Clairs et engagés à gauche : budget, finance, banques notamment. Où  retrouve-t-on le discours du Bourget? ! Le sens annoncé était celui de plus de justice, sociale, fiscale.. d’un combat contre la finance. Mais déjà il y a des compromissions et des reculades injustes. Je rappelle aussi la promesse du non-cumul; c’est indéfendable M. Rebsamen, sinon pour garder vos pouvoirs, (M. Rebsamen  qui aux dernières nouvelles presse le Président de « fixer le cap » est -il conscient de la « nocivité » de ses propres positions?); la réforme de l’Etat, (lutte anti-corruption, conflits d’intérêts, marchés publics, cumuls de fonctions etc..); et toute mesure énergique qui enverrait aux français un signal de justice, d’ »ordre juste ».

« Dès la composition du gouvernement, il était aisé de s’apercevoir de divergences et de conflits interministériels à venir. (et tout de même ce sont les hommes qui tiennent la bourse!). Mon intuition semble confirmée par un article dans Le Monde du jeudi 1er novembre, notamment sur les divergences à Bercy, et la place singulière et de poids du Directeur du Trésor, resté en poste après la défaite de N. Sarkozy.  Doit-on craindre que la belle annonce du Bourget  sur la Finance  au service de l’Economie ait été remaniée dans les ministères Budget, Economie/Finances, passant par le filtre idéologique d’une gauche au fond assez libérale.  Budget, Economie, Finances, le nerf de la guerre encore plus en ces temps troubles. Il y a, on le voit bien, des tensions idéologiques. Orientation libérale Moscovici-Cahuzac, versus orientation franchement gauche  version Montebourg par exemple? Mais celui-ci diverge sur le nucléaire avec Batho (bon courage!) :   »La France doit prendre le tournant de l’économie verte » dit-elle, oh que oui! Quant au Président PS de la Commission du développement durable de l’AN  voilà ce qu’il en pense : « Aujourd’hui personne au gouvernement, (à part D. Batho) ne parle de transition écologique, d’excellence environnementale, de nouveau modèle développement ». Il semble, selon les mêmes sources (Le Monde  31 octobre) que ce ne soit pas la préoccupation du ministre du budget. Laurence Rossignol, secrétaire nationale du PS chargée de l’environnement pense, elle, qu’ »il va falloir organiser une formation à l’écologie pour les ministres »! Tout est à l’avenant. Mais où a-t-on vu que le Président (et bien d’autres) était éveillé à l’écologie sinon pour s’en servir comme argument politique? (Notre-Dame des Landes si mal engagé, si mal réglé, alors qu’on aurait pu prendre le temps de remettre les choses à plat comme le conseillait Ségolène Royal).

« Et puis, quid de ce conflit d’intérêt  dont on n’a peu parlé concernant la BPI?  Conseillée par  le Directeur d’une banque privée,  important patron de presse qui plus est?  Non, non! pas de mélange des genres! N’a -t-on pas suffisament critiqué les Dassault, Lagardère? Le mélange media/finances/politique? Conflit d’intérêt? Des banquiers d’affaires pour créer une banque chargée de permettre aux entreprises d’échapper aux banquiers?   »ça se fait » aurait dit Moscovici (cf. Canard). Alors si ça se fait pourquoi changer? Les bonnes vieilles pratiques ou un vrai changement de sens et de méthode? Il faut à ce sujet lire ces excellents billets : Ce que l’affaire Pigasse révèle sur le capitalisme. Vers la mort d’une belle idée, la BPI?  »ce petit monde oligarchique est toujours dans la place ». Sarkozy-Hollande, l’anormale continuité.

« Et puis quid de la réforme fiscale?  Quid des bons conseils et du travail sérieux de Th.Piketty (Mediapart) qui a chaque intervention fait des propositions pour une  réforme fiscale claire et courageuse : « Ce gouvernement ne semble pas comprendre que pour défendre le modèle  social français nous avons besoin de moderniser, par exemple en unifiant les régimes de retraite.  Un système fiscal le plus neutre possible, prélèvement à la source unifié dans ses assiettes », « absurdité fiscale : le régime dérogatoire pour certaines plus-values est une usine à gaz » (Le monde 19 oct.). Repris aussi pas R. Rancière Libé 30 oct. « Entre incompétence et incohérence ». Est-ce si compliqué? Ou bien faut-il encore et toujours être dans les atermoiements? J’ai consulté dans Le monde du 2 oct. les conséquences de la réforme fiscale pour les revenus de 2013 et la variation/IR. Si cela est exact, c’est d’une incohérence et d’une injustice assez remarquables : par ex., pour 1 part revenu 28000 5,9% de plus d’augmentation alors que revenus 60000 3,5%! ! Impots Le monde oct. 2012

« Quid de la séparation des activités bancaires qui devait être la première mesure prise? Réforme fiscale, réforme bancaire, séparation banque de dépôt? Un rapport de la CE, le rapport Likanen recommande de  séparer activités de dépôt et activités à risque (Libé 2 oct.). Bien sûr, quand on a vu l’excellent documentaire sur Goldman Sachs sur Arte on peut, sans être trop paranoïaque, se demander jusqu’à quel point les réseaux financiers  spéculateurs ne sont pas déjà dans la place politique pour tirer les ficelles. Mais cela, tout au contraire, devrait inciter à être plus audacieux (ou alors le politique est totalement impuissant, définitivement?).

« De M. Valls, que nous avions vu si engagé (tardivement) avec SR au congrès de Reims, on ne dira guère. La prise de position avec les Roms est tout simplement pour moi insupportable. Ce que Marcela Iacub appelle la « répression progressiste » (Libé 9 sept 12) ou bien E. Fassin « l’obsession sécuritaire » Le monde 26 sept.. Chr. Deltombe et Chr. Auger, Président  et DG d’Emmaüs, quand à eux, considèrent que c’est une honte  pour un pouvoir de gauche (Le Monde 15/08/12). Le reste suit. C’est tout de même très inquiétant que M. Valls ait une telle cote chez les Français en surfant sur les pires idées de ségrégation et de rejet. « Servir la France, pas se servir » dit SR. Au choix, en ce qui le concerne. Mon opinion est faite. Il vise plus haut. Cela apporte un certain éclairage sur ce « fameux » manque d’autorité du premier Ministre n’est-ce pas? Ce premier Ministre qui devrait bien asseoir  davantage son point de vue, et même s’il a envie que l’on rouvre le débat sur les 35heures. Et pourquoi pas? De l’audace. Et à sa décharge, le comportement individualiste de certains ministres qui jouent leur partie, sans aucune discipline collective. Toujours attirés par le gain de pouvoir. Si « on voulait » l’abattre on ne ferait pas mieux.

« Peut-être, inconsciemment ou pas, toute cette confusion est-elle un peu entretenue par le Président? Jeu dangereux. Par calcul, par « amitié »,  (Moscovici, Valls, les deux piliers de sa campagne, on était déjà averti tout de même!) mais aussi parce qu’il est ainsi, subjectivement. Souvenons-nous, l’homme de la « synthèse » quand il était Premier Secrétaire, ou bien, triste souvenir, son silence et son absence spectaculaires le soir du vote du Congrès de Reims. Ne pas trancher..« Nous en sommes à la troisième année de crise. La reprise va arriver, c’est une question de cycle. » Avant de se reprendre : « Il peut aussi y avoir un scénario noir, celui de la récession. Le rôle du chef de l’Etat c’est de préparer toutes les hypothèses. » Quand il dit cela qu’est-ce qu’il dit? Le Monde du 1er novembre laisse entendre que F. Hollande veut mettre en concurrence deux discours, deux  sensibilités. C’est sacrément risqué pour nous tous. Mais est-ce qu’il n’est pas ainsi au fond, à vouloir « faire la synthèse » sans cesse, et que du coup les choses ne bougent pas? Réunir, rassembler des opposés peut être une noble tâche, mais elle est souvent assez vaine. Elle peut  être opportune en diplomatie, pour l’Europe par exemple, bien sûr qu’il faut des compromis, mais pour l’orientation politique de la France ici, maintenant? Au fond le Président serait-il un grand « affectif » embrouillé dans ses sentiments, ne voulant déplaire ni à l’un, ni à l’autre? Ce qui rend encore plus spectaculaire les moments où il « tranche », comme par exemple son choix de la motion Delanoë au Congrès de Reims, contrevenant à son annonce de voter pour la motion arrivée en tête, c-à-d celle où était Royal. (ah! oui bien sûr on comprend mieux maintenant pourquoi et comment il s’est ainsi « dédit »). Se dédire, sans doute les français n’aiment pas cela. Nous le faisons tous, tous les jours, mais nous voulons aux manettes, quelqu’UN qui tienne parole. Les Français ont dit non au style et à la politique de NS. Qu’ont-ils demandé en « choisissant » FH? Qui peut le dire? (on ne peut nier qu’il fut alors fort « aidé » par media et sondages, ne pas l’oublier). Un  changement de style, une action plus juste, plus à « gauche ». Mais une élection se joue toujours sur une part imaginaire, fantasmée, et sans doute tient-elle aussi d’une demande à un « sauveur » (surtout par les temps qui courent). La demande est-elle celle d’un Homme fort? Toute demande contient une part d’impossible à satisfaire, nous le savons, et les politiques le savent. Elle doit en tout cas être entendue et être respectée. La parole donnée engage. La bonne autorité est la meilleure des vertus… (cf. A. Harendt)

D’ailleurs, par en-dessous, n’y a-t-il pas tout de même une ligne? Ce qui alerte, et peut-être ce qui éclaire sur ce qui nous apparaît peut-être à tort comme immobile, confus, ce sont  les choix des nominations ici et là. Elles indiquent tout de même une certaine orientation, pas toujours très à gauche, une communication marquée du sceau Euro RSCG. etc.. ici Mediapart, ici les réseaux DSK, et ici Marianne. Un élément de la réponse me semble-t-il? Choix décidé ou choix forcé?

Enfin, plus près de certaines de mes activités et expériences auprès de jeunes fragiles, je veux dire un mot de ce qui sans cesse n’est pas traité (cf. billets antérieurs sur la jeunesse) : les  contrats d’avenir c’est très bien, mais quid de mettre le paquet sur l’apprentissage, les contrats de qualifications, de professionnalisation, (qui sont de « vrais » emplois), alors qu’il est si difficile pour un jeune de trouver un employeur même pour un stage (s’il est noir de surcroît et peut-être sans famille à l’ASE, je ne vous dis pas.. de cela je peux témoigner, mais il s’agit là de la classe pauvre!)..N’oublions pas non plus le service civique crée par M. Hirsch qui débouche sur des vrais emplois. 

Quid de la pédopsychiatrie en lambeaux et des contrats d’aide ASE (« Plaidoyer en faveur d’une véritable politique d’aide aux Jeunes Majeurs ») pour les jeunes en situation difficile qui sont drastiquement diminués (notamment dans une grande ville de gauche) ? Quelle logique? Peut-être que ces personnes dans les cabinets n’ont pas une grande conscience de tout cela. Administrons, gérons! Il ne suffit pas non plus de faire encore et toujours des commissions contre la violence, il faut agir! Je n’aborderai même pas ici la question de la psychiatrie, des lois sarkozystes sur l’emprisonnement prédictif et autres torsions idéologiques graves, parce que de tout cela, pas un mot!/

/ Et puis.. les mots de Ségolène Royal:   »Il faut densifier l’impulsion politique » annonce-t-elle dans Le Monde du 20 octobre. Au Congrès du PS à Toulouse le 25 oct. elle parle clair. Florilège : » Un sursaut est impérieux. La sortie de crise est conditionnée par la réalisation de ce que nous avons promis.. Il faut  faire obéir les banques.. redéfinir notre objectif de civilisation. 3% est un objectif financier et comptable pas un objectif de civilisation.. La zone euro doit prendre une dimension politique.. Le système financier continue comme avant le système financier n’est pas rassasié.. Il faut engager la métamorphose de notre économie. BEI, croissance verte mutation écologique, nous avons la capacité de relever le défi… Créer une agence publique de notation… Faisons-le.. il est temps de passer aux actes.. interdire les ventes à terme.. Nous avions dit/ faisons le. La réforme bancaire doit être faite sans tarder.. Ayons le courage de lever les faux-obstacles. Accélérons.. nous avons besoin d’aller vite..  » Enfin, citant F. Mitterrand : »Les occasions gâchées débouchent vite sur des implosions ravageuses ». Elle dit cela si clair, si vrai, qui fait écho en moi, dans mon impatience et  ma déconvenue.

Aurait-elle pu faire mieux si elle avait été Présidente? Personne ne peut le dire. Se serait-elle entourée des mêmes personnes, des mêmes conseils, certains oui sans doute, pour d’autres…Le style n’est pas le même, la personnalité non plus. Je ne suis pas une adoratrice muette et aveugle, et j’ai bien sûr quelques points des désaccords, mais, je l’ai souvent dit, elle a pour moi réenrichi la politique. Elle s’adresse à l’autre (FH, JMA, PM, tous ces hommes un peu « lents » et  hésitants), elle interprète l’autre et la chose politique avec justesse et conviction et audace, bien sûr. A Toulouse, elle crée avec retenue un éveil, même si comme toujours on devine le TSSR (ah l’arrivée inélégante de M. Aubry juste à la fin de son discours, au moment des applaudissements!) « Aller Vite », ce n’est pas l’urgence, l’agitation sarkozyste, c’est le kaïros, le désir décidé, cela n’est pas « on attend, on attend, on verra, on fait des commissions », non! On dit, on fait. Et l’important, c’est que cela n’est pas théorique, idéologique, puisqu’elle prouve chaque jour par son action dans sa Région, que  quelque chose est possible. Cela peut être perçu comme un peu « outrancier », »autoritaire », « trop », mais SR est vraiment dans l’acte, comme nous le nommons en psychanalyse, le temps de l’Acte.. et puis tout de même elle fait sa « passe » sans cesse, sans cesse chutant, « chutée » (?), sans cesse debout, droite dans son désir. Audacieuse, efficace et clairvoyante, cela qui, sans doute, pour l’état collectif fort déprimé de la nation, n’est pas forcément un avantage, et c’est bien regrettable. (voir plus haut la demande d’un « Homme fort » incompatible avec  le fantasme d’une « belle femme » qui tiendrait le manche..). cf. Billets précédents.

« Tout se tient » dit S. Royal Avec elle, tout cela n’est pas une posture. Qu’elle garde son ton singulier, son allure singulière, sa démarche, sa liberté. Qu’elle ne fasse pas trop le bon petit soldat à défendre de l’indéfendable. Son acte et sa vérité. Tout se tient, oui le nouage, elle le trouve, le bon nouage : pme/ croissance verte/ investissement recherche/ jeunes  apprentissage apprendre..

« TouT se tient ». Et bien là ça ne se tient pas.  Il faut des actes, la politique par la preuve. De l’audace, de l’invention. Voilà. La politique par la preuve, dans le bon sens, avec du sens pour l’avenir. Sans tergiversations, sans reculades, sans tactiques politiciennes. Et avec les entreprises. « Tout se tient » Oui, là, c’est mis en actes. Je suis fière de lui rester fidèle. Sans aucune idéalisation.

© evah5

In memoriam

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with milton green

« I’m happy to be back »

© Lawrence Schiller Marylin Monroe Photos

© Lawrence Schiller Marilyn Monroe Photos

 

Seuls quelques fragments de nous
toucheront un jour des  fragments d’autrui -
La vérité de quelqu’un n’est
en réalité que ça – la vérité de quelqu’un.
On peut seulement partager
le fragment acceptable pour le savoir de l’autre
ainsi on est
presque toujours seuls.
Comme c’est aussi le cas
de toute évidence dans la nature – au mieux peut-être
notre entendement pourrait-il découvrir
la solitude d’un autre.  (45)

I© Photo Bert Stern Marylin Monroe

I© Photo Bert Stern Marilyn Monroe

Ô silence
ton calme me fait mal à la tête – et
transperce mes oreilles
cogne ma tête avec le calme
des sons insupportables/ continus -
sur l’écran du noir absolu
se forment/ réapparaissent des ombres de monstres
mes plus loyaux compagnons -
mon sang palpite sans répit
dévie sa route dans une autre direction
et le monde est en train de dormir
ah, paix je te veux – même si tu es
un monstre de paix. (135)

 

For life
It is rather a determination not to be overwhelmed
For work
The truth can only be recalled, never invented (183)

Marilyn Monroe FRAGMENTS (poèmes non datés) Paris, Seuil, octobre 2010

 

« La jeune femme blonde s’est d’abord recroquevillée sous nos regards. Elle s’est accroupie, les bras autour des genoux…. Elle s’est accroupie dans un coin, les yeux fixés sur un horizon invisible. Elle s’est avancée en traînant les pieds, gauchement. elle s’est relevée lentement, comme un rayon de lumière. Elle a tendu les bras et s’est tenue sur la pointe des pieds jusqu’à se mettre à trembler. Puis  elle s’est déplacée peu à peu dans la pièce, le regard fixé sur un horizon invisible. Elle s’est mise à danser, sans un bruit. Comme en transe, elle tournait sur elle-même, des girations lentes, douloureuses. Elle a enlevé sa chemise sans savoir ce qu’elle faisait. Elle a croisé les bras sur ses seins nus oscillants. Envoûtée, elle s’est pelotonnée par terre comme un enfant et s’est immédiatement endormie, ou a fait semblant…. Une minute encore, et le professeur s’est agenouillé à côté d’elle, inquiet, et a prononcé le nom qu’elle nous avait donné : « Norma Jeane? »..

.. Une âme pure. C’était beau et ça n’avait pas de nom. »

J.C. Oates Blonde  Paris, Stock, 2000, pp. 585-586

 

« Infortunately, this is one night that she did’nt come back for the darkness »

Lawrence Schiller

 

http://www.taschen.com/pages/fr/community/video/37363.marilyn_me.htm

http://www.taschen.com/pages/fr/community/video/37363.marilyn_me.htm © Lawrence Schiller Marilyn Monroe

« Let her be who she was; let’s remenber her as she was. » L. Schiller

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La Haute Autorité  de Santé a donc « tranché ». Forte de sa légitimité et de son « indépendance », « chargée de  promouvoir les bonnes pratiques et le bon usage des soins auprès des professionnels de santé et des usagers de santé », la HAS , dont la présidence est assurée par  M. Jean-Luc Harousseau depuis janvier 2011. Je rappelle en passant que cette personne a perçu 205 482 euros des laboratoires depuis 2008. Certes dans les Principes fondateurs on peut noter : » l’abandon de leurs autres mandats et l’interdiction des conflits d’intérêt « , tout de même. On y lit aussi « La HAS procède à des comparaisons de produits, de techniques, de pratiques professionnelles, de structures et d’organisation, etc., », on y reviendra. Enfin concernant « la rigueur scientifique »: « Le doute formulé est le reflet du doute des scientifiques. » Diantre ! Nous voilà rassurés!

Cependant,  (je me réfère là à un excellent travail d’analyse d’Eric Laurent à ce sujet dans Lacan Quotidien 170) : « Sur la page de garde des dernières « Recommandations de bonne pratique » émises par la HAS en juillet 2011, version « phase de lecture et de consultation publique », figure l’énoncé explicite de sa méthode : « Recommandations par consensus formalisé ». … (Mais) Nous avons vu la semaine dernière (LQ164) , en suivant les critiques de l’équipe canadienne combien l’approche ABA est sujette à discussions du point de vue des critères mêmes de preuve qu’adopte la méthode du « consensus formalisé ». Il suffit de ne pas se laisser fasciner par les résultats des méta-analyses, de s’intéresser à l’histoire des méthodes comportementales, aux problèmes éthiques qu’elles soulèvent, à l’inclusion ou non des études admettant les punitions, et aux types de punitions admises, pour que l’évidence de grade B recule. Rien de ces débats, pourtant cruciaux, n’est mentionné.…  Dès la première recommandation d’importance, on nous dit que l’approche ABA est de grade supérieur à tout autre et qu’en plus, l’ensemble des interventions doit s’effectuer en utilisant le modèle éducatif comportemental « pour ne pas disperser l’enfant/adolescent ». ABA gagne contre la méthode intégrative proposée par la majorité de la psychiatrie française inspirée par la psychanalyse. » A-t-on même consulté les praticiens que nous sommes, qui ont aussi à dire?

Pourtant, comme l’avait déjà relevé le même Eric Laurent (lQ 164):  »L’adversaire le plus résolu des techniques comportementales ABA n’est pas une/un psychanalyste. C’est une chercheuse autiste qui réside au Canada. Il s’agit de Michelle Dawson née en 1961, qui a rejoint il y a un peu moins de dix ans l’équipe de recherche de Laurent Mottron à Montréal. Devant le tribunal canadien des droits de la personne elle a déclaré avoir été diagnostiquée autiste au début des années quatre vingt dix, donc assez tard. En 2004, elle signe un article retentissant « La mauvaise conduite des behavioristes ou les problèmes éthiques de l’industrie Aba-autisme. » Dans cet article, elle lit et commente très précisément les publications de Ivar Lovaas, fondateur de la méthode ABA, pour mettre au point ce qu’elle appelle des objections « éthiques »/… »

La HAS a donc dit la « vérité », sa vérité » : « 8. Quelle est la position de la HAS et de l’Anesm sur les interventions fondées sur les approches psychanalytiques et la psychothérapie institutionnelle ? L’absence de données sur leur efficacité et la divergence des avis exprimés ne permettent pas de conclure à la pertinence des interventions fondées sur les approches psychanalytiques et la psychothérapie institutionnelle. »

On voit  de quelles précautions scientifiques elle s’entoure, et son souci des « bonnes pratiques ». On a hélas plutôt l’idée que, forte du slogan « culpabilisation des mères », il s’agit bien sûr d’éloigner toute pratique orientée par la psychanalyse du champ de la santé, voire du champ social tout entier. D’ailleurs il suffit de voir la reprise en choeur  des journalistes et media ces derniers jours. (J’ai déjà suffisamment souvent analysé ici les mécanismes grégaires d’un journalisme mal informé à propos d’une certaine personnalité politique pour que l’on me soupçonne de ne parler que pour ma « chapelle » psychanalytique). Ainsi, on s’en donne à coeur joie dans la désinformation, ne soupesant même pas les termes de la HAS, qui indique seulement que cela ne « permet pas de conclure à la pertinence ».. On y va, à la grosse! En vrac, Laurent Joffrin Nouvelobs : « Nouvelle défaite pour la psychanalyse. Pour faire court, les disciples de Freud considèrent que les troubles qui affectent ces enfants – défaut de communication avec l’extérieur et comportements répétitifs – sont en grande partie imputables aux mauvaises relations qui se sont établies dès la naissance entre la mère et l’enfant. » Ca c’est certain il « fait court »! Eric Faverau, Libé, que l’on a connu plus objectif, tribune d’une page pour un chercheur en neurobiologie qui « dénonce la psychanalyse appliquée à l’autisme quand elle n’est pas évaluée ». Catherine Vincent sans surprise Le Monde 9 mars « la psychanalyse a perdu le combat ». Le nouvelobs encore:  » Autisme et psychanalyse le scandale enfin mis au jour » !!!

Last but not  least : « Vaincre l’autisme », Le monde 23 février, page Débats: « L’autisme est une maladie précoce qui prend naissance le plus souvent pendant la grossesse. On trouve plus de neurones dans certaines régions cérébrales des enfants autistes. La prolifération cellulaire ayant lieu exclusivement in utero chez l’homme, cette preuve ne peut être contestée ». On développe ensuite les causalités de ces «réseaux neuronaux aberrants », « une malformation cérébrale est un phénomène « biologique » qui ne se guérit pas avec des mots. » Bon! Fin de l’article: « C’est en bloquant  ces activités aberrantes (neuronales) avec des outils pharmacologiques (mais aussi de la rééducation nous dit-on plus haut) que les promesses les plus sérieuses.. » E. Laurent encore LQ 170 : « L’ennuyeux est que, comme le soulignait pour les lecteurs de LQ le neuroscientifique et chercheur Javier Peteiro, le dernier numéro de Nature consacré à cette question, en novembre 2011, concluait que rien n’est pour l’instant confirmé dans les nombreuses hypothèses émises sur la nature de l’autisme. »  De plus on a élargi considérablement le spectre autistique, y incluant entre autres le Syndrome Asperger, panier de crabes sans rigueur nosographique, permettant ainsi un marché plus juteux.Concernant les rapports autisme et labo : HuffingtonPost Martin Quenehen  »Rapport sur l’autisme : exclure les psys pour mieux engraisser les labos? » et Agnès Aflalo conférence du 4 mars).

Voilà où nous en sommes. J’ai déjà voulu témoigner dans un billet précédent, à ma mesure, de ce qui m’apparaît comme lourdement inexact dans les critiques faites à nos pratiques d’analystes, ici avec des enfants autistes. Il y a un emballement épidémique dont le fondement rationnel et scientifique précisément n’apparaît guère. Emballement médiatique aussi bien, auquel rien n’échappe plus de nos jours. Pourtant inexactitude sur nos pratiques en cabinet ou en institution, (cf. billet précédent et mon propre témoignage dans sa simplicité), inexactitude sur l’efficacité des TCC, inexactitude sur l’approbation qui serait générale des associations de parents ainsi que des autistes. Où sont les informations sur les nombreux livres d’autistes adultes et leur point de vue par rapport à leur « éducation »? ( Berger, Temple, Grandin, chercheuse Dawson etc..).

Comment en est-on arrivés là, ici, en France,  maintenant? Nous n’avons sans doute pas vu venir l’attaque; pas aussi forte. Nous ne nous soucions sans doute pas suffisamment de diffuser dans une langue plus simple nos travaux, leurs résultats, pour les rendre plus accessibles à l’opinion. Nous ne faisons pas de battage médiatique, mais aussi, je le crois, nous n’avons pas de tribune, parce que la pensée psychanalytique est une pensée et une pratique complexe qui demande une certaine éthique, un savoir-faire particulier, sans certitude, un autre rapport au temps, une clinique au singulier, au un par un et donc peu rentable, différente des protocoles randomisés et collectifs des TCC . Cela nécessite un savoir qui n’est pas seulement un acquis technique applicable dans des cases d’évaluation, un savoir qui s’élabore pas à pas à partir de ce que dit et demande le sujet (npc  avec passivité ou neutralité bienveillante qui n’a rien à faire ici avec les autistes), un savoir adossé à son propre savoir intime analysé, qui part du sujet accueilli, une clinique.  (cf. conférence. ECF l’exemple du garçon au bâton EL billet précédent).

Et puis la psychanalyse dérange. Ce n’est pas nouveau. Sans doute ce qui est nouveau, c’est le tour nouveau du discours du maître, l’importance  prépondérante donnée au corps dans sa dimension organique, au cerveau comme lieu de toutes les vérités, au marché et à ses productions pharmaceutiques, au pas pris par la jouissance sur le désir, à la nécessité voire l’exigence d’une vérité toute prête devant les désordres du monde (cf nationalismes, exclusions, ségrégations). Alors là où la pratique psychanalytique s’étaye sur de l’insu, du refoulé, de l’inconscient, du un par un, de la parole singulière, du parlêtre comme nous disons, et, je le répète de la complexité non-prédicitive, on voit venir le handicap, le corps, la cause génétique, la machine à réparer, la rééducation, le protocole. Protocoles, faire série, stéréotypes/ versus désir, kairos, intersubjectivité, trouver sa voie. Choix de vie, choix de civilisation.

La psychanalyse dérange parce qu’elle veut conserver une part à l’intime. On ne sait pas ce qui s’y passe, dans le cabinet. On va jusqu’à imaginer peut-être que l’on va allonger un enfant autiste criant et sans parole sur un divan! Rien n’est moins vrai; chaque patient, quelle que soit sa pathologie, son symptôme comme nous disons, est accueilli comme un être singulier. Mais voilà, on ne peut pas voir ce qui se passe là, on ne peut pas y être, sauf à s’y engager soi-même. Ce respect fondamental de la personne se transforme, en ces temps lourds de fantasmes complotistes,  en secret mauvais, malsain, attribuant au praticien des méthodes et des intentions diaboliques, hors du regard, et.. des cases. Nous connaissons ce trait du transfert dans une cure, mais quand il devient à ce point collecitf, politisé, il est plutôt le signe de lendemains qui ne vont guère chanter pour personne. C’est en ce sens que toute cette affaire, grave dans son  accusation, infondée et outrepassant ses droits, est signe d’une dérive civilisationnelle qui, hélas, nous concerne tous. Renoncement à l’esprit des Lumières, renoncement aux idéaux républicains, à la liberté de choisir?  Renoncement tout simplement à ce qui fait Humanité et lien intersubjectif. Ouvrir les bras à la technicité sans fin et à son alliance avec le marché sans sujet, signe d’une désespérance, française tout particulièrement, hélas.

De plus : La HAS s’appuie sur « l’absence de données ». Comment peut-on rayer ainsi d’un coup de plume les congrès, les publications, les notes cliniques? Sinon que tout ce qui ne serait pas mesurable et inscriptible dans des cases n’existerait pas? Sinon que la seule méthode qui vaille soit celle déjà choisie arbitrairement de ABA, et je suis désolée de le dire son conditionnement et son dressage. Sinon que la France serait donc le seul pays au monde à décider de ce que l’on peut exclure, et qu’une seule méthode vaille?

« En situation d’incertitude, il est crucial de préserver l’espace du débat démocratique. La question est globale. On sait le goût en Europe, des bureaucraties de tous ordres se pensant comme les guides sûrs de l’administration des choses, guidant les peuples, s’il le faut à leur insu, vers des solutions parfaitement calculées. On voit dans quel état est la zone Euro, résultat de l’action des bureaucraties financières après le crach des marchés de 2008. Les bureaucraties sanitaires européennes, devant le crach des certitudes scientifiques, ou leur prolifération « aberrante », sont tentées par des artifices divers pour imposer des solutions autoritaires inspirées par les lobbys scientistes.

Nous souffrons clairement d’un déficit démocratique qui ne cesse de se manifester dans les différents scandales qui traversent le milieu psy depuis la régulation abusive des psychothérapies en passant par le plan de la prévention précoce de la délinquance, objet de la pétition « Pas de zéro de conduite à 3 ans ». Nous nous sommes souvent gaussés, de ce côté-ci de l’Atlantique, du choix américain de soumettre le remaniement du champ psy à des votes au sein de l’American Psychiatric Association, qui vote sur les propositions de modification du DSM. Le système européen des agences « indépendantes », élaborant la loi qui sera ensuite opposable à tous, est sans doute, sous nos yeux, en train de trouver ses limites. Nous pourrions nous inspirer – sans pour autant copier – de l’exemple américain et de ses multiples centres de décision, aussi bien au sein de la bureaucratie fédérale du NIMH (National Institute of Mental Health) qu’en dehors, dans le milieu psy structuré par l’American Psychiatric Association ou son équivalent pour les psychologues. Il ne s’agit pas d’idéaliser le système mis en place. Les difficultés d’élaboration du DSM V, les oppositions violentes qu’il soulève, les lettres de protestation des responsables du DSM IV et III R, tout cela témoigne d’une vitalité démocratique qui nous manque . Nous ne pouvons plus continuer à coup de « méthode de consensus formalisé » et d’assertion du type « Il convient de rappeler quelques faits qui ne sont pas contestables ». Nous sommes dans un champ qui ne nous permet pas ces facilités. Commençons par réformer ces Hautes Autorités proliférantes, faites pour éteindre les débats. » Éric LAURENT. LQ 170. cf. aussi LQ 176.

Un enfant, c’est-à-dire chacun de nous, naît au lieu de l’Autre, d’un désir, généralement d’une rencontre entre deux personnes, quelle qu’elle soit, tenant compte des évolutions de la science. « Un désir non anonyme » disait J. Lacan (« Deux notes sur l’enfant »). La naissance d’un enfant nécessite l’invention d’un savoir-faire pour les parents, toujours, quelle que soit ou pas sa pathologie. Avoir un enfant déclenche forcément en chaque parent des désirs, des doutes des projections, des fantasmes, et oserai-je le mot, de la culpabilité bien sûr. Qui peut honnêtement prétendre le contraire? La culpabilité est la chose au monde la mieux partagée, combien de fois ce mot est-il prononcé dans une journée? Accuser les praticiens analystes de culpabilisation est quand même une arme fallacieuse, sauf à ne pas vouloir tenir compte des liens incontournables entre un bébé et sa mère et son père. Certains parents s’appliquent plutôt à vouloir en savoir un bout là-dessus, et ça produit toujours des effets.

Comment une méthode rééducative, ABA pour ne pas la nommer, pourrait-elle ainsi promettre l’impossible, comment pourrait-elle à elle seule régler la question de l’autisme et être la seule légitime à traiter cette pathologie? Sinon pour barrer l’accès à psychanalyse? Peut-on accepter ainsi que l’offre multiples de soins et de prises en charge soit refusée maintenant aux parents, qui pour beaucoup, même s’ils restent plus discrets, savent que cette offre multiple est la condition nécessaire à leur mieux-vivre et à celui de leurs enfants? On sait par notre pratique combien et comment des parents qui ne seraient  qu’éducateurs cela pourrait mener à la pire des choses. Certains traits humains ne se comptabilisent pas ne se chiffrent pas, ne se « casent » pas. L’amour, les sentiments, la tendresse d’un corps, les affects, tout cela ne peut se comptabiliser, sans reste. Or les cases sont remplies, oui/ non/ nsp/… sans reste.  C’est parce qu’il y a du reste, du en-trop, de l’insu,  qu’il y a de l’humain, de la question de la demande, et de l’échange entre les humains. Du vivant singulier, qui rate, échoue, pleure, crie, et dérange, et jouit.

Loin de moi l’idée que les parents et les enfants qui souffrent ne pourraient pas bénéficier de techniques qui amélioreraient la vie au quotidien et leur permettraient des apprentissages; quel enfant, quel adulte ne passe pas par des apprentissages? Personne ne les refuse dans les institutions ou ailleurs. Mais, de grâce, que l’on n’en fasse pas la voie unique autorisée pour  guérir; qu’elles soient à leur juste place, et que la nôtre qui  a aussi fait ses preuves nous soit conservée. Laissons le choix aux parents et aux autistes de là où leur pas les mène. Quelles que soient les causes, si on les isole un jour, il y a pour enfants et adultes un réel dont personne n’est le coupable mais dont chacun peut explorer les complexités et les effets souvent si délicats à apaiser, à mener vers plus de pacification et d’élaboration symbolique, pour le mieux-être de tous. Ne faisons pas croire  à des guérisons miraculeuses!

Enfin, je vous conseille vivement de prendre le temps de visionner la conférence du 4 mars à l’Hôtel Lutétia. Je ne peux ici en faire le compte-rendu; vous y entendrez des collègues psychanalystes respectueux, attentifs, troublés aussi il faut bien le dire par ce déferlement. Vous y entendrez des témoignages d’accompagnement clinique au quotidien et leurs effets. Je suis en plein accord avec  ce qui a pu être échangé dans ce riche débat. Puisque les media ne nous prêtent guère oreille pour l’heure…

(communiqué du collectif des 39/ la nuit sécuritaire)

Peut-on croire qu’une alternance politique irait vers plus de sagesse et de respect?

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JA Miller France-Culture Histoire de la Psychanalyse

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Ségolène Royal. Une semaine médiatique. Claire, nette, efficace. Constante dans sa détermination et sa vision.


Ségolène Royal invitée de « Bourdin 2012″ par segolene-royal


Ségolène Royal, présidente de la région… par rtl-fr
Ségolène Royal invitée de Elysée 2012 sur I>Télé par segolene-royal

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Ségolène Royal doit-elle porter plainte contre ce « magazine » qui l’annonce comme « la première tête à claques de l’année »? Ou bien ne devrait-elle pas plutôt en rire, s’en moquer ? Je ne sais.

Certes ce classement, qui a déjà eu lieu l’année dernière, est d’une violence assez notoire; violence ou bien stupidité? Sondage idiot aussi bien. Madame Royal est donc la  personnalité que les français « désignent » comme « la plus agaçante ». Comme première place on pourrait rêver mieux bien sûr. Nous sommes d’ailleurs un certain nombre à avoir rêvé mieux, et à l’avoir dit. (17 millions tout de même!).

Agaçante, dérangeante, elle-même disait qu’elle n’était pas formatée comme les autres; l’indomptable;l’affranchie, la femme debout. Impudente, effrontée; tout cela a été dit d’elle. Toujours à l’excès, dans l’amour mais aussi dans la haine, c’est aussi cela qu’elle récolte. Est-ce productif de monter au créneau comme elle le fait?  Je le comprends, je ne suis pas certaine cependant qu’une fois encore le message ne demeure plutôt incompris. Elle doit prendre acte de ce qui là surgit. Trouver une autre image est sans aucun doute  incontournable, puisque la politique, définitivement, ne peut se passer d’image (comme nous tous, pris aux rêts du virtuel, qui, loin d’enrichir comme support imaginaire, frôle plutôt dangereusement avec les zones de folie, d’obscénité, et de violence). Car c’est bien encore une fois de la  violence qui surgit là, et non du verbe! Un signifiant tout seul, « agacer », « tête à claques », méticuleusement choisi par des officines faiseuses d’opinion qui surfent sur un désarroi collectif, habilement entretenu/fabriqué dans le discours politique, désarroi collectif dont la défense et la parade est le penser-pour -soi, contre l’autre, ne nous y trompons pas. poursuivre la lecture…

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*L’ère de la peur et du chantage, l’argent, l’argent, les marchés. Le G 20, le spectacle des « couples », faux maîtres du Monde, Merkel-Sarkozy, et maintenant Obama-Sarkozy, les fausses promesses (paradis fiscaux, taxations financières). Partout, un diktat,  l’austérité, c’est ça ou rien, pas d’autre voie, l’injonction, sinon l’impasse, si l’on ose exercer un peu de démocratie (bien sûr un référendum n’est pas forcément le nec plus ultra de la voie démocratique, tant nous sommes sous la coupe de la peur et de la menace et du rejet de l’autre); ah! ces pauvres Grecs responsables de tout, juste bons à leur vendre des armes ou à aller bronzer dans leurs îles magiques! Certes, ils exonèrent les armateurs et l’Eglise, mais regardons donc devant notre porte : le ménage n’y est pas vraiment bien fait non plus, cadeaux aux plus fortunés, taxations des plus pauvres, affaires en tous genres; ne parlons pas de Merkel et de son deal avec les banques  suisses qui lui reversent une taxe sur ses créanciers allemands, sans que l’on touche au secret bancaire. Bravo!
Depuis quand Merkel et Sarkozy représentent-ils l’Europe des peuples ou des Etats, quelle légitimité ont-ils à imposer aux autres leur façon de voir, quel mandat, où sont les parlements, la Commission, etc..?

* Face à ce vacarme hostile, quant à moi, j’attends, j’attends, j’espère et j’attends. J’attends et je n’entends pas grand-chose. poursuivre la lecture…

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