le blog d'Evah5

l'air du temps qui passe

Voilà, c’est fait, François Hollande est élu président; je m’en réjouis; il sera un bon président. Il aura aussi, de plus, et en tout cas, vengé la défaite de Royal, cette défaite qui n’aurait pas dû être, on le voit bien maintenant; lorsque tout le monde rame dans le même sens avec les forces unies, la victoire est possible. Même si les conditions objectives sont bien différentes.  C’est bien que depuis quelques temps il lui ait clairement envoyé le signe de sa reconnaissance et de sa légitimité pleine et entière. Car elle a sa place au premier rang. Sans doute a-t-il pris la mesure de sa propre passivité antérieure, voire de son absence, et de ses conséquences. Les derniers rapprochements en tout cas sont heureux et riches de promesses. Car c’est elle parmi tant d’autres mais bien plus que d’autres qui a semé. Elle, qui promettait « d’autres victoires », avait vu juste. Celle d’aujourd’hui porte aussi en filigrane sa signature.

FH dit : « Elle laboure, je sème » (FR3 film), métaphore de terre corrézienne qui peut tout aussi bien être terre charentaise. Pourtant il serait plus juste de dire qu’elle a labouré et semé, elle a enlevé les mauvaises herbes, (attention ça repousse!),  elle a essuyé les plâtres, elle est restée debout malgré les vents contraires et les « animosités amicales »,  les « entourages » comme elle dit. 2007 l’a vue courageuse, déterminée, et inventive, relever la Gauche défaite, affronter le Président sortant présenté comme un homme neuf, celui qui avait pour lui sondages, media (de droite bien sûr mais aussi de gauche  hélas, tout le monde était béat devant ce personnage, sa rupture, son style, n’oublions pas! Lui qui se réclamait de Jaurès!). On se demande encore pourquoi et comment tant de gens se sont laissés ainsi bernés en 2007! Cette fascination naïve! 2012 a pu surfer aussi sur ce mécontentement, cette déception lourde. Et récolter sur l’entente, sur le choix incontournable, nécessaire.

Alors, merci Ségolène! Et tant mieux pour ces retrouvailles qui sonnent si bien avec les semailles.

Pour l’heure, en tout cas, il est essentiel de ne rien faire qui vienne obérer les actions politiques de FH. Il a une lourde tâche dans une période fragile, explosive, tendancieuse, crispée sur des certitudes politiques ici et là, des raidissements coupables, alors que nous, simples citoyens, voyons bien comment il faudrait réorienter, un peu, le Réel, un peu, simplement un peu, quelques réformes; que la  Banque Européenne,  que Mme Merkel, veuillent  bien se déplacer un peu…Pour les media, ça paraît bien difficile de s’en remettre à son Acte de Président, ça paraît bien difficile, quand on voit et que l’on entend  tous les commentateurs qui sont là sur le pont pour écrire l’avenir à la place de… celui qui a été élu. Certains bien sûr pour faire gagner la droite aux législatives, d’autres, beaucoup, parce que encore et toujours les journalistes savent, c’est écrit dans le marbre, ils écrivent la vie, l’opinion, l’avenir. Story-telling. Que de  commentaires qui ressemblent parfois à des diktats ! Ils savent… déjà! Ce qu’il va faire, ce qu’il ne doit pas faire, ce qu’il ne va pas réussir! Quel cirque! Peu de journalistes ont la lucidité de dénoncer cet orgueil déplacé. C’est leur symptôme, leur jouissance, ils sont les « sachants »! Signe d’un doute immense pour eux aussi.

Là, pour l’heure, ils vont pouvoir se régaler, les mediomanes avec l’arrivée de Zorro/JLM dans le Nord! Est-ce une bonne idée? Attention FdG, spectacle du Front contre Front. Que je sache, ça n’a pas donné grand chose aux Présidentielles. N’est-ce pas seulement au fond la mise en scène d’un homme qui veut exister, « un ego trop loin« ? Lui aussi serait-il un « sachant »?  C’est sans doute pas la meilleure idée de vouloir ainsi aller faire « front contre front ». Ca ressemble plus à un spectacle qui, à mon avis, va avoir pour seul effet de gonfler encore le FN, ce qui n’est pas, mais alors pas du tout souhaitable. Ah! le « duel », comme s’il était le Sauveur! Le Justicier face au Monstre, la « semi-démente ». Non non et non! Pas comme ça! Pas ainsi en miroir! Même si beaucoup de ces mécontents voteraient bien d’un côté ou de l’autre (toutes les voix perdues du PC), c’est d’ailleurs, si j’ai bien  compris, ces voix-là qu’il veut aller chercher. Noble intention bien sûr. Mais l’action au Parlement Européen n’a-t-elle plus d’intérêt?  Rien n’a démontré que la stratégie FdG et JLM surtout a permis d’affaiblir le FN et ses thèmes nauséabonds pendant les présidentielles.Et puis il semble qu’il y ait déjà des candidats à cet endroit, et la sagesse politique serait plutôt d’apaiser les haines et les dissensions souvent, trop souvent, dangereusement exploitées! Car sinon c’est à un renforcement des pulsions dévastatrices que l’on va assister, cela qu’a si bien su faire exister le Président d’avant; ce jeu mortifère qui consiste à se prendre pour la Vérité, le Seul, l’Unique, insultes et mépris en poche, au lieu du débat d’idées. Plus facile de déclencher la violence que de l’apaiser, toujours.

Car c’est cela le point d’ombre! La tache,sur notre vie commune, notre destin partagé.Tous ces temps, impossible d’écrire face à ce déchaînement haineux et mensonger permanent; ce réel paranoïaque dans le calcul le plus froid, qui impute à l’autre sa propre jouissance, son propre défaut. D’autres, beaucoup d’autres ont  écrit, relayé jour après jour. Prendre acte de l’état maladif de la France, depuis longtemps, si longtemps. Peur imaginaire de l’autre, exclusion, rejet, supposition que l’autre jouirait plus et mieux que soi, fondée sur sa propre ignorance, cette ignorance  exploitée par la militance FN, relayée par NS; cette croyance à la différence, où l’on voit même des immigrés voter NS, de même qu’en 2007. -On donne aux immigrés, pas à nous, nous, on a réussi – ceux qui arrivent pour nous envahir  vont nous prendre ce qu’on a, le petit peu que l’on a- la France métissée  des banlieues, c’est là où le vote FN décroit disent les études/ la France rurale et périurbaine pas mélangée avec les immigrés  vote elle par contre plus FN. Le Limousin rouge, mon cher Limousin résistant, et la montée du FN là-bas chez les paysans. Insupportable. Tous ces gens révoltés certes, souffrants certes, mais pourtant   »rétrécis », crispés sur leur trognon identitaire comme seule solution à leur haine de l’autre, qui bien sûr est alimentée par des faits réels, mais qui dit ce qui va au-delà dans l’excitation fantasmatique. Il faut prendre cela en considération sérieusement, cette haine. Cette réalité socio-politique qu’il faut sans cesse garder à l’esprit : l’état sérieusement anti-étranger, anti-islam notamment, d’une grande partie de l’électorat. L’idéologie permanente et bien réelle du rejet de l’autre, souvent construite imaginairement et entretenue pendant toute la campagne.

La victoire de FH est nette.  Elle est cependant à mettre en perspective avec le score hélas inquiétant de NS sur une ligne en permanence « Buisson », soit le pire de ce qui pourrait identifier le « peuple français » (lire à ce sujet « Buisson : une défaite à la Pyrrhus NOTE Par Olivier Ferrand« ). Que NS ait pu obtenir un tel score est  très inquiétant, quand on sait sur quels thèmes il a pu réunir ses suffrages!!  »Le « buissonisme » est une mèche longue autant qu’un poison auquel la gauche sera sans doute confrontée longtemps« , dit François Kalfon. Oui, ne l’oublions jamais.

Voilà c’est fait, François Hollande est élu Président de la République Française. J’ai  l’espoir que quelque chose d’autre advienne qui rétablisse a minima l’esprit républicain. Je ne souhaite pas la révolution comme d’autres, je souhaite que s’établissent plus d’ordre républicain, moral, éthique, et une justice fiscale sociale, écologique. Cela ne fait pas le tout d’un peuple et d’une communauté nationale. Il faut laisser la diversité pour tous et pour chacun la liberté de « respirer », c’est cela la difficulté de la responsabilité politique. Un « ordre juste » disait Mme Royal, merci à elle d’avoir inspiré le socialisme à venir.

« Quelque chose s’est levé… » ! Ne l’affaiblissons pas! Ne le parasitons pas! Ne l’entravons pas!

Montauban/Toulouse.

Au jour d’aujourd’hui beaucoup de questions restent non élucidées. Beaucoup le resteront sans doute, d’autres seront sans doute étouffées, pour un temps en tout cas. Questions sur les erreurs de la DCRI, sa « lenteur », son mode d’intervention, sur la présence permanente du ministre de l’intérieur non conforme à la séparation des pouvoirs (Eva Joly, et Fr. Rebsamen: « En tout état de cause, je m’étonne du fait que le président de la République ait demandé à Claude Guéant de piloter l’enquête. C’est du jamais-vu. On se demande même ce que Guéant faisait sur place pendant trois jours. Son rôle est de mettre à disposition de la justice les moyens pour arrêter la personne poursuivie, mais ce n’est pas à lui de donner les ordres.., le procureur n’étant là qu’à après-coup, pour venir expliquer ce qui s’est passé. Or c’est bien lui qui pilote l’enquête! »). Questions sur le déferlement médiatique couvrant l’immobilité de la scène et créant ainsi une jouissance avide de sang, il faut bien le dire, scène médiatique animée de psys  en tous genres (ah ce mot fourre-tout qui « nous » catégorise maintenant!), criminologues notamment en mal de story-telling, et bien d’autres. Iront-ils jusqu’à diffuser les vidéos, en rajoutant encore dans l’horreur? Sauront-ils faire preuve de sagesse?

De ce qui fait là évènement, dans le Réel, glaçant, je ne traiterai ici que deux aspects :

*D’abord à partir de ce que j’en sais dans ma pratique clinique. Car des jeunes gens comme Mohamed Merah j’en rencontre parfois dans mon cabinet. J’en ai aussi entendu parler par les éducateurs qui les côtoient. Ils sont certes plus arrimés au symbolique, la parole porte davantage, ils peuvent généralement accepter encore le pacte avec l’autre. Mais pourtant le même sourd désenchantement les habite. La même haine parfois. Haine parfois contre un père abandonnant, contre une famille maltraitante, haine qui se déplace contre l’humanité toute entière, contre tout ce qui bouge. Violence souvent retenue, mais parfois déclenchée, incontrôlable. Echec, l’employeur qui dit non, ou qui promet et qui laisse tomber, l’éducateur qui n’a pas assez de temps au moment où il faudrait, l’ami qui déçoit, le CMPP qui n’a pas de place, la tentation de faire payer à tous sa propre histoire.. Enfin, souvent un cri contre l’injustice, ce sentiment qui n’est pas a priori le seul lot de ces gamins-là, tant l’adolescence est sensible à l’exclusion, dont à la fois elle rêve et qu’elle rejette. Injustice devant les actes des adultes, la discordance entre acte et dire, la « trahison ». Pour la plupart, les appuis identificatoires sont suffisamment étayants. Seulement, là, ça vire à l’extrême.

Certes, ce sont des jeunes gens qui ont eu moins à faire à la justice; ce sont des jeunes gens qui ont eu l’opportunité plus tôt de bénéficier de structures d’accueil à la fois souples et bienveillantes, mais il en faudrait peu parfois pour que ça glisse sur la même pente. Ce sont souvent des jeunes gens qui, en bout de course, rêvent de l’armée, veulent l’armée, pour avoir un cadre, une discipline, pour aider les autres, pour tuer aussi parfois (je reprends là leur propre parole).

Et puis, parfois, en bout de course aussi, il y a la religion, musulmane mais pas seulement, la religion qui comme l’on dit sert de béquille pour le meilleur, mais aussi de métaphore délirante pour le pire. Celle qui vient suturer une question identitaire qui ne trouve pas à se résoudre. C’est bien souvent la question de la construction subjective, mais là, le hic, c’est que ça passe à l’acte, violemment, follement, empruntant pour le coup un discours « terroriste » pour éxécuter plutôt un crime « ordalique », vengeance, mission, épuration.  Julien Dray, à son propos, dit à juste titre :  »emplissant son vide identitaire par des conceptions pseudo-religieuses et une identification à des combats étrangers ».

Trouver une cause -à-être pour mourir. (Bien d’autres passages à l’acte existent, le suicide par exemple, ou le viol, mais ils font moins de bruit, surtout s’ils ne s’adressent pas au religieux).

Contre cela, contre une pathologie singulière, contre un chemin de vie cabossé, (« chien perdu sans collier »), on ne peut parfois pas grand chose. Cependant, et c’est le devoir de « la gauche » de s’en emparer, on devrait de façon plus collective et plus méthodique mettre l’accent sur : manque de structures d’accueil, prévention pédopsy, maison adolescents, structures de soin et d’éducation avec du personnel formé et rémunéré en conséquence, et bien sûr aussi plan d’attaque primordial par rapport aux banlieues. La jeunesse, puisque l’on veut s’en occuper, on doit le faire vraiment, authentiquement, intelligemment. Trouver un travail, développer l’alternance, certes, mais aussi faire essaimer les lieux de rencontre, de débats, d’échange. Du coup, on doit aussi avoir un discours clair contre toute criminalité prédictive, et ce poison mauvais qui germe quant à la maladie mentale.

Ce jeune homme s’est forgé une conviction délirante qui lui a donné stature identitaire « contre ». Son avocat, Christian Ethelin, dit bien comment le refus de l’armée à été un moment de bascule vers la haine (Le Point). La haine, cela qu’il ne faudrait pas que nous endossions maintenant à son égard, malgré la douleur collective légitime ressentie: il était même question de ne pas lui permettre une sépulture… décente. Au nom de quoi? Chaque mort d’homme est un échec pour la République, pour l’humanité. Il est un fils de France. Va-t-on ne plus enterrer les assassins? Merci  à ce père de famille: « Au JT de TF1, le père d’Abel Chennouf, le militaire tué le 15 mars, a présenté ses condoléances à la mère de Mohamed Merah ». Le parisien 22/03)

*Le deuxième volet de ma réflexionc’est la dérive communautariste française, envahissante, déréglée, dans la République Française. Pas sans lien, au fond, avec le premier, car elle fait fonction de discours.

Julien Dray parle des quartiers, des « pratiques religieuses en dehors des règles républicaines de la laïcité ». D’accord avec lui. Mais alors, là aussi le message doit être clair. On est envahi par les questions religieuses, les déclarations religieuses, les fêtes religieuses.. Peut-on encore exister si l’on ne se nomme pas, si l’on ne se détermine pas, si l’on ne s’identifie pas comme inscrit dans du religieux? La religion est partout, là où elle devrait être  dans l’espace privé. (Ironie, « Aux Etats-Unis, les athées sortent du placard« ).

Pourquoi les Elus de la République se déplacent-ils ainsi dans les mosquées, les synagogues, les cathédrales? En endossant les rituels et les contraintes, kippa sur la tête, séparation des hommes et des femmes, etc? Ne doivent-ils pas être les premiers à exiger la séparation franche de  l’Etat et de la sphère privée et/ou communautaire ? Pourquoi, lorsque l’on parle d’une personne dans les media,  doit-on toujours être informé si il/elle est juif, musulman, (chrétien on ne le mentionne pas, ça doit aller de soi que tous les français de souche sont forcément chrétiens), ou alors sinon rien du tout? Pourquoi confond-on régulièrement origine ethnique, géographique, et appartenance religieuse : juif/ israélien, arabe/ musulman/ maghrébin ? Pourquoi ne mentionne-t-on pas si l’on est catholique, protestant, boudhiste, athée? Le comble  bien sûr venant de cette parole du chef de l’Etat (qui ne reprend là qu’une pensée collective) : «  »Les amalgames n’ont aucun sens », a déclaré lundi matin sur France Info Nicolas Sarkozy, interrogé sur les tueries de Toulouse et de Montauban. Mais le chef de l’Etat… a poursuivi son discours par… un amalgame. « Je rappelle que deux de nos soldats étaient, comment dire, musulmans, en tout cas d’apparence, puisque l’un était catholique, mais d’apparence comme l’on dit : de la diversité visible », a expliqué Nicolas Sarkozy. Une manière de lier l’apparence physique d’une personne et son appartenance à une religion. ». On voit bien comment la confusion est réelle, venue là du sommet de l’état! On voit bien sourdement poindre sans cesse une question folle de l’origine, question sans réponse, l’Origine Absolue, Vraie. Qui peut dire?

A contrario merci à M. Barnavi qui dénonce « la confusion identitaire » en Israël.

« Parfois, la confusion identitaire prend un aspect presque irréel. Le soir du drame, l’ambassadeur de France en Israël, Christophe Bigot, est invité au journal télévisé de la deuxième chaîne israélienne. Le diplomate,…  trouve les mots qu’il faut. La présentatrice, visiblement émue, le remercie de sa compassion et de la solidarité qu’il manifeste dans l’épreuve que « nous traversons ». Extraordinaire renversement des situations. Des ressortissants français sont assassinés par un terroriste français sur le sol français, et l’ambassadeur de France offre des paroles de consolation au pays étranger où il sert, lequel les accepte avec gratitude. Il est vrai que les victimes avaient la double nationalité, mais tout de même….Oublieux qu’il n’existe plus de « juifs du silence » et que, dans leur quasi totalité, les juifs sont désormais citoyens d’Etats démocratiques qu’ils peuvent quitter à leur guise.. ».

Ici, en France on voit bien  que le discours entretenu notamment avec ces deux communautés, avec leur consentement me semble-t-il, génère une discrimination parfois positive, un épinglage singulier, comme s’ils ne pouvaient pas exister que comme citoyens. Rappelons-nous le crime de Richard Durn, doit-on  considérer cet acte  comme moins odieux, les victimes moins victimes parce que « seulement » françaises?

Cette enflure identitaire poinçonnée du côté de l’être-religieux est un agent de confusion dangereux, périlleux, qui forge le discours collectif, exaspère les différences, et ne laisse guère place à l’être dans toute autre appartenance . Elle vient à la place de ce qui fait trou pour chacun dans la question de l’origine. L’être, dont on doit savoir que son existence n’est jamais d’une seule identité, ni non plus recouverte pas différentes identités. Laissons de l’air, laissons du champ, laissons-nous être. Rien dans l’être qui ne nous détermine en totalité. Il y a là un discours  qu’on le veuille ou non, qui exaspère les tensions (je ne parle même pas de la période récente) qui nous traversent bien sûr, qui résonnent en chacun de nous, un discours pousse-au-crime, pousse-à-la-haine. Suis-je trop exigente de penser que la responsabilité politique implique d’être vigilant à ne pas mélanger les champs, les registres, les fonctions, les lieux pour tous avec les lieux du un-par-un?

Etre, cela qui est la question difficile pour chacun de nous et plus encore dans la traversée adolescente, la structuration subjective.

« Il y aura, si rien n’est fait, des gestes de désespoir radical, des actes de nihilisme sans pareil qui laisseront les pouvoirs publics sans ressources et sans voix… Il y a urgence, j’ai la ferme volonté d’empoigner ce problème à bras le corps, j’en ai la ferme volonté, je l’ai là, chevillée au corps parce que je sais au fond de moi, en tant que mère, que je veux pour tous les enfants qui naissent et qui grandissent en France ce que j’ai voulu pour mes propres enfants. » Ségolène Royal, discours de Villepinte, le 11 février 2007. Oui, il y a eu là sans doute un « désespoir radical » qui nous apparaît dans sa  froideur « monstrueuse » bien sûr. A charge pour chacun et pour tous, de sa place, de faire exister les frontières et de faire barrage autant que faire se peut à toute jouissance mortifère, voire mortelle.

Surtout, ne maltraitons pas nos enfants, tous nos enfants.

Hollande/Royal

capture d'écran France2 Des paroles et des actes 15 mars 2012

Cet homme regarde-t-il avec ferveur, avec froideur, cette femme?  Est-ce un instant de ferveur, la ferveur d’un instant?

Vers la 5ème minute de l’émission DPDA sur France2, Pujadas compare les sondages intentions de vote Royal-Hollande  concernant les votants (votes pour le candidat et votes contre l’autre candidat). 45/45 pour la première, 63/36 pour le second. A la question posée par Pujadas, qui lui demande si ce qui lui manque n’est pas d’ »avoir su ou de pouvoir créer un lien  avec les français », voilà-t-il pas que la réponse arrive, sèche, cassante : « Rappelez-moi ce qui s’est passé  en 2007? » Puis silence. Puis, « Ce qui compte c’est de gagner l’élection. Je ne veux pas créer je ne sais quelle ferveur d’un instant (temps de silence)…nécessaire« , puis « J’ai conscience de ce que me disent les français etc.. la vie chère…prix de l’essence, denrées alimentaires.. » Donc, si l’on suit bien, en 2007 c’était juste une « ferveur d’un instant…nécessaire ».

Plus tard dans l’émission, on lui montre le porte à porte  de Royal.

Un pur moment de bonheur, ce contact, direct, non feint, cet accueil.. Vite, il rappelle : Royal candidate en 2007, fait le porte-à-porte, puis, très vite, nomme tous les autres, Aubry, Fabius etc…On la met dans le lot, pas un mot pour elle en particulier, sa loyauté, son engagement rien. Son message, ce qui lui vient tout de suite, c’est la ferveur d’un instant, cela qui a été rabaché par tous ses adversaires en 2007. Intéressant de constater que Hollande reprend cela. Plus rassurant cependant de consater que malgré sa volonté forcenée de refoulement et de déni, (comme un  petit garçon qui a peur de se faire gronder), les premières mesures dont il parle sont des mesures citées si souvent par Royal. Quant à l’expression « la vie chère » c’est aussi du Royal.

Tous ces témoignages de femmes à Bagneux et bien ailleurs sont-ils des ferveurs sans fondement, de l’irrationnel sans aucune intelligence?

Cette ferveur d’un instant, est-ce encore en écho « la ravissante idiote »? Il est vrai que sur le site FH2012 on peut  voir le candidat, pour le féminisme, en bonne compagnie, Mme épouse Jospin, celle qui a dit à propos de Ségolène Royal qu’elle ferait mieux de faire du cinéma, remember. Dans le même style au fond, Le Monde du 2 avril, M. Bartolone analyse le changement de « climat » par rapport à 2007  par « ..une sorte d’euphorie. Ségolène Royal pouvait lire les pages jaunes , elle aurait eu le même succès! Aujourd’hui il y a moins de place pour le rêve et l’irrationnel ». Oui, vous avez bien lu, les pages jaunes, du vide, du vent, quoi, une euphorie, une ferveur, et rien d’autre, pas de Pacte Présidentiel, rien, pas une idée!!!

Ferveur…nécessaire, pourquoi ce mot, est-ce la ferveur qui est nécessaire ou bien l’instant? Il a dû vouloir temporiser un peu.  Il a bien raison, la ferveur est nécessaire. (Et peut-être il en faudrait un peu plus ces temps-ci ; et plus de conviction, de vision).

Madame Royal, quant à elle, montre là, malgré tous les coups bas, encore une fois, sa plus haute disposition d’âme. Comment fait-elle? Lire la suite…

« Mais qu’ils se taisent »

 

La Haute Autorité  de Santé a donc « tranché ». Forte de sa légitimité et de son « indépendance », « chargée de  promouvoir les bonnes pratiques et le bon usage des soins auprès des professionnels de santé et des usagers de santé », la HAS , dont la présidence est assurée par  M. Jean-Luc Harousseau depuis janvier 2011. Je rappelle en passant que cette personne a perçu 205 482 euros des laboratoires depuis 2008. Certes dans les Principes fondateurs on peut noter : » l’abandon de leurs autres mandats et l’interdiction des conflits d’intérêt « , tout de même. On y lit aussi « La HAS procède à des comparaisons de produits, de techniques, de pratiques professionnelles, de structures et d’organisation, etc., », on y reviendra. Enfin concernant « la rigueur scientifique »: « Le doute formulé est le reflet du doute des scientifiques. » Diantre ! Nous voilà rassurés!

Cependant,  (je me réfère là à un excellent travail d’analyse d’Eric Laurent à ce sujet dans Lacan Quotidien 170) : « Sur la page de garde des dernières « Recommandations de bonne pratique » émises par la HAS en juillet 2011, version « phase de lecture et de consultation publique », figure l’énoncé explicite de sa méthode : « Recommandations par consensus formalisé ». … (Mais) Nous avons vu la semaine dernière (LQ164) , en suivant les critiques de l’équipe canadienne combien l’approche ABA est sujette à discussions du point de vue des critères mêmes de preuve qu’adopte la méthode du « consensus formalisé ». Il suffit de ne pas se laisser fasciner par les résultats des méta-analyses, de s’intéresser à l’histoire des méthodes comportementales, aux problèmes éthiques qu’elles soulèvent, à l’inclusion ou non des études admettant les punitions, et aux types de punitions admises, pour que l’évidence de grade B recule. Rien de ces débats, pourtant cruciaux, n’est mentionné.…  Dès la première recommandation d’importance, on nous dit que l’approche ABA est de grade supérieur à tout autre et qu’en plus, l’ensemble des interventions doit s’effectuer en utilisant le modèle éducatif comportemental « pour ne pas disperser l’enfant/adolescent ». ABA gagne contre la méthode intégrative proposée par la majorité de la psychiatrie française inspirée par la psychanalyse. » A-t-on même consulté les praticiens que nous sommes, qui ont aussi à dire?

Pourtant, comme l’avait déjà relevé le même Eric Laurent (lQ 164):  »L’adversaire le plus résolu des techniques comportementales ABA n’est pas une/un psychanalyste. C’est une chercheuse autiste qui réside au Canada. Il s’agit de Michelle Dawson née en 1961, qui a rejoint il y a un peu moins de dix ans l’équipe de recherche de Laurent Mottron à Montréal. Devant le tribunal canadien des droits de la personne elle a déclaré avoir été diagnostiquée autiste au début des années quatre vingt dix, donc assez tard. En 2004, elle signe un article retentissant « La mauvaise conduite des behavioristes ou les problèmes éthiques de l’industrie Aba-autisme. » Dans cet article, elle lit et commente très précisément les publications de Ivar Lovaas, fondateur de la méthode ABA, pour mettre au point ce qu’elle appelle des objections « éthiques »/… »

La HAS a donc dit la « vérité », sa vérité » : « 8. Quelle est la position de la HAS et de l’Anesm sur les interventions fondées sur les approches psychanalytiques et la psychothérapie institutionnelle ? L’absence de données sur leur efficacité et la divergence des avis exprimés ne permettent pas de conclure à la pertinence des interventions fondées sur les approches psychanalytiques et la psychothérapie institutionnelle. »

On voit  de quelles précautions scientifiques elle s’entoure, et son souci des « bonnes pratiques ». On a hélas plutôt l’idée que, forte du slogan « culpabilisation des mères », il s’agit bien sûr d’éloigner toute pratique orientée par la psychanalyse du champ de la santé, voire du champ social tout entier. D’ailleurs il suffit de voir la reprise en choeur  des journalistes et media ces derniers jours. (J’ai déjà suffisamment souvent analysé ici les mécanismes grégaires d’un journalisme mal informé à propos d’une certaine personnalité politique pour que l’on me soupçonne de ne parler que pour ma « chapelle » psychanalytique). Ainsi, on s’en donne à coeur joie dans la désinformation, ne soupesant même pas les termes de la HAS, qui indique seulement que cela ne « permet pas de conclure à la pertinence ».. On y va, à la grosse! En vrac, Laurent Joffrin Nouvelobs : « Nouvelle défaite pour la psychanalyse. Pour faire court, les disciples de Freud considèrent que les troubles qui affectent ces enfants – défaut de communication avec l’extérieur et comportements répétitifs – sont en grande partie imputables aux mauvaises relations qui se sont établies dès la naissance entre la mère et l’enfant. » Ca c’est certain il « fait court »! Eric Faverau, Libé, que l’on a connu plus objectif, tribune d’une page pour un chercheur en neurobiologie qui « dénonce la psychanalyse appliquée à l’autisme quand elle n’est pas évaluée ». Catherine Vincent sans surprise Le Monde 9 mars « la psychanalyse a perdu le combat ». Le nouvelobs encore:  » Autisme et psychanalyse le scandale enfin mis au jour » !!!

Last but not  least : « Vaincre l’autisme », Le monde 23 février, page Débats: « L’autisme est une maladie précoce qui prend naissance le plus souvent pendant la grossesse. On trouve plus de neurones dans certaines régions cérébrales des enfants autistes. La prolifération cellulaire ayant lieu exclusivement in utero chez l’homme, cette preuve ne peut être contestée ». On développe ensuite les causalités de ces «réseaux neuronaux aberrants », « une malformation cérébrale est un phénomène « biologique » qui ne se guérit pas avec des mots. » Bon! Fin de l’article: « C’est en bloquant  ces activités aberrantes (neuronales) avec des outils pharmacologiques (mais aussi de la rééducation nous dit-on plus haut) que les promesses les plus sérieuses.. » E. Laurent encore LQ 170 : « L’ennuyeux est que, comme le soulignait pour les lecteurs de LQ le neuroscientifique et chercheur Javier Peteiro, le dernier numéro de Nature consacré à cette question, en novembre 2011, concluait que rien n’est pour l’instant confirmé dans les nombreuses hypothèses émises sur la nature de l’autisme. »  De plus on a élargi considérablement le spectre autistique, y incluant entre autres le Syndrome Asperger, panier de crabes sans rigueur nosographique, permettant ainsi un marché plus juteux.Concernant les rapports autisme et labo : HuffingtonPost Martin Quenehen  »Rapport sur l’autisme : exclure les psys pour mieux engraisser les labos? » et Agnès Aflalo conférence du 4 mars).

Voilà où nous en sommes. J’ai déjà voulu témoigner dans un billet précédent, à ma mesure, de ce qui m’apparaît comme lourdement inexact dans les critiques faites à nos pratiques d’analystes, ici avec des enfants autistes. Il y a un emballement épidémique dont le fondement rationnel et scientifique précisément n’apparaît guère. Emballement médiatique aussi bien, auquel rien n’échappe plus de nos jours. Pourtant inexactitude sur nos pratiques en cabinet ou en institution, (cf. billet précédent et mon propre témoignage dans sa simplicité), inexactitude sur l’efficacité des TCC, inexactitude sur l’approbation qui serait générale des associations de parents ainsi que des autistes. Où sont les informations sur les nombreux livres d’autistes adultes et leur point de vue par rapport à leur « éducation »? ( Berger, Temple, Grandin, chercheuse Dawson etc..).

Comment en est-on arrivés là, ici, en France,  maintenant? Nous n’avons sans doute pas vu venir l’attaque; pas aussi forte. Nous ne nous soucions sans doute pas suffisamment de diffuser dans une langue plus simple nos travaux, leurs résultats, pour les rendre plus accessibles à l’opinion. Nous ne faisons pas de battage médiatique, mais aussi, je le crois, nous n’avons pas de tribune, parce que la pensée psychanalytique est une pensée et une pratique complexe qui demande une certaine éthique, un savoir-faire particulier, sans certitude, un autre rapport au temps, une clinique au singulier, au un par un et donc peu rentable, différente des protocoles randomisés et collectifs des TCC . Cela nécessite un savoir qui n’est pas seulement un acquis technique applicable dans des cases d’évaluation, un savoir qui s’élabore pas à pas à partir de ce que dit et demande le sujet (npc  avec passivité ou neutralité bienveillante qui n’a rien à faire ici avec les autistes), un savoir adossé à son propre savoir intime analysé, qui part du sujet accueilli, une clinique.  (cf. conférence. ECF l’exemple du garçon au bâton EL billet précédent).

Et puis la psychanalyse dérange. Ce n’est pas nouveau. Sans doute ce qui est nouveau, c’est le tour nouveau du discours du maître, l’importance  prépondérante donnée au corps dans sa dimension organique, au cerveau comme lieu de toutes les vérités, au marché et à ses productions pharmaceutiques, au pas pris par la jouissance sur le désir, à la nécessité voire l’exigence d’une vérité toute prête devant les désordres du monde (cf nationalismes, exclusions, ségrégations). Alors là où la pratique psychanalytique s’étaye sur de l’insu, du refoulé, de l’inconscient, du un par un, de la parole singulière, du parlêtre comme nous disons, et, je le répète de la complexité non-prédicitive, on voit venir le handicap, le corps, la cause génétique, la machine à réparer, la rééducation, le protocole. Protocoles, faire série, stéréotypes/ versus désir, kairos, intersubjectivité, trouver sa voie. Choix de vie, choix de civilisation.

La psychanalyse dérange parce qu’elle veut conserver une part à l’intime. On ne sait pas ce qui s’y passe, dans le cabinet. On va jusqu’à imaginer peut-être que l’on va allonger un enfant autiste criant et sans parole sur un divan! Rien n’est moins vrai; chaque patient, quelle que soit sa pathologie, son symptôme comme nous disons, est accueilli comme un être singulier. Mais voilà, on ne peut pas voir ce qui se passe là, on ne peut pas y être, sauf à s’y engager soi-même. Ce respect fondamental de la personne se transforme, en ces temps lourds de fantasmes complotistes,  en secret mauvais, malsain, attribuant au praticien des méthodes et des intentions diaboliques, hors du regard, et.. des cases. Nous connaissons ce trait du transfert dans une cure, mais quand il devient à ce point collecitf, politisé, il est plutôt le signe de lendemains qui ne vont guère chanter pour personne. C’est en ce sens que toute cette affaire, grave dans son  accusation, infondée et outrepassant ses droits, est signe d’une dérive civilisationnelle qui, hélas, nous concerne tous. Renoncement à l’esprit des Lumières, renoncement aux idéaux républicains, à la liberté de choisir?  Renoncement tout simplement à ce qui fait Humanité et lien intersubjectif. Ouvrir les bras à la technicité sans fin et à son alliance avec le marché sans sujet, signe d’une désespérance, française tout particulièrement, hélas.

De plus : La HAS s’appuie sur « l’absence de données ». Comment peut-on rayer ainsi d’un coup de plume les congrès, les publications, les notes cliniques? Sinon que tout ce qui ne serait pas mesurable et inscriptible dans des cases n’existerait pas? Sinon que la seule méthode qui vaille soit celle déjà choisie arbitrairement de ABA, et je suis désolée de le dire son conditionnement et son dressage. Sinon que la France serait donc le seul pays au monde à décider de ce que l’on peut exclure, et qu’une seule méthode vaille?

« En situation d’incertitude, il est crucial de préserver l’espace du débat démocratique. La question est globale. On sait le goût en Europe, des bureaucraties de tous ordres se pensant comme les guides sûrs de l’administration des choses, guidant les peuples, s’il le faut à leur insu, vers des solutions parfaitement calculées. On voit dans quel état est la zone Euro, résultat de l’action des bureaucraties financières après le crach des marchés de 2008. Les bureaucraties sanitaires européennes, devant le crach des certitudes scientifiques, ou leur prolifération « aberrante », sont tentées par des artifices divers pour imposer des solutions autoritaires inspirées par les lobbys scientistes.

Nous souffrons clairement d’un déficit démocratique qui ne cesse de se manifester dans les différents scandales qui traversent le milieu psy depuis la régulation abusive des psychothérapies en passant par le plan de la prévention précoce de la délinquance, objet de la pétition « Pas de zéro de conduite à 3 ans ». Nous nous sommes souvent gaussés, de ce côté-ci de l’Atlantique, du choix américain de soumettre le remaniement du champ psy à des votes au sein de l’American Psychiatric Association, qui vote sur les propositions de modification du DSM. Le système européen des agences « indépendantes », élaborant la loi qui sera ensuite opposable à tous, est sans doute, sous nos yeux, en train de trouver ses limites. Nous pourrions nous inspirer – sans pour autant copier – de l’exemple américain et de ses multiples centres de décision, aussi bien au sein de la bureaucratie fédérale du NIMH (National Institute of Mental Health) qu’en dehors, dans le milieu psy structuré par l’American Psychiatric Association ou son équivalent pour les psychologues. Il ne s’agit pas d’idéaliser le système mis en place. Les difficultés d’élaboration du DSM V, les oppositions violentes qu’il soulève, les lettres de protestation des responsables du DSM IV et III R, tout cela témoigne d’une vitalité démocratique qui nous manque . Nous ne pouvons plus continuer à coup de « méthode de consensus formalisé » et d’assertion du type « Il convient de rappeler quelques faits qui ne sont pas contestables ». Nous sommes dans un champ qui ne nous permet pas ces facilités. Commençons par réformer ces Hautes Autorités proliférantes, faites pour éteindre les débats. » Éric LAURENT. LQ 170. cf. aussi LQ 176.

Un enfant, c’est-à-dire chacun de nous, naît au lieu de l’Autre, d’un désir, généralement d’une rencontre entre deux personnes, quelle qu’elle soit, tenant compte des évolutions de la science. « Un désir non anonyme » disait J. Lacan (« Deux notes sur l’enfant »). La naissance d’un enfant nécessite l’invention d’un savoir-faire pour les parents, toujours, quelle que soit ou pas sa pathologie. Avoir un enfant déclenche forcément en chaque parent des désirs, des doutes des projections, des fantasmes, et oserai-je le mot, de la culpabilité bien sûr. Qui peut honnêtement prétendre le contraire? La culpabilité est la chose au monde la mieux partagée, combien de fois ce mot est-il prononcé dans une journée? Accuser les praticiens analystes de culpabilisation est quand même une arme fallacieuse, sauf à ne pas vouloir tenir compte des liens incontournables entre un bébé et sa mère et son père. Certains parents s’appliquent plutôt à vouloir en savoir un bout là-dessus, et ça produit toujours des effets.

Comment une méthode rééducative, ABA pour ne pas la nommer, pourrait-elle ainsi promettre l’impossible, comment pourrait-elle à elle seule régler la question de l’autisme et être la seule légitime à traiter cette pathologie? Sinon pour barrer l’accès à psychanalyse? Peut-on accepter ainsi que l’offre multiples de soins et de prises en charge soit refusée maintenant aux parents, qui pour beaucoup, même s’ils restent plus discrets, savent que cette offre multiple est la condition nécessaire à leur mieux-vivre et à celui de leurs enfants? On sait par notre pratique combien et comment des parents qui ne seraient  qu’éducateurs cela pourrait mener à la pire des choses. Certains traits humains ne se comptabilisent pas ne se chiffrent pas, ne se « casent » pas. L’amour, les sentiments, la tendresse d’un corps, les affects, tout cela ne peut se comptabiliser, sans reste. Or les cases sont remplies, oui/ non/ nsp/… sans reste.  C’est parce qu’il y a du reste, du en-trop, de l’insu,  qu’il y a de l’humain, de la question de la demande, et de l’échange entre les humains. Du vivant singulier, qui rate, échoue, pleure, crie, et dérange, et jouit.

Loin de moi l’idée que les parents et les enfants qui souffrent ne pourraient pas bénéficier de techniques qui amélioreraient la vie au quotidien et leur permettraient des apprentissages; quel enfant, quel adulte ne passe pas par des apprentissages? Personne ne les refuse dans les institutions ou ailleurs. Mais, de grâce, que l’on n’en fasse pas la voie unique autorisée pour  guérir; qu’elles soient à leur juste place, et que la nôtre qui  a aussi fait ses preuves nous soit conservée. Laissons le choix aux parents et aux autistes de là où leur pas les mène. Quelles que soient les causes, si on les isole un jour, il y a pour enfants et adultes un réel dont personne n’est le coupable mais dont chacun peut explorer les complexités et les effets souvent si délicats à apaiser, à mener vers plus de pacification et d’élaboration symbolique, pour le mieux-être de tous. Ne faisons pas croire  à des guérisons miraculeuses!

Enfin, je vous conseille vivement de prendre le temps de visionner la conférence du 4 mars à l’Hôtel Lutétia. Je ne peux ici en faire le compte-rendu; vous y entendrez des collègues psychanalystes respectueux, attentifs, troublés aussi il faut bien le dire par ce déferlement. Vous y entendrez des témoignages d’accompagnement clinique au quotidien et leurs effets. Je suis en plein accord avec  ce qui a pu être échangé dans ce riche débat. Puisque les media ne nous prêtent guère oreille pour l’heure…

(communiqué du collectif des 39/ la nuit sécuritaire)

Peut-on croire qu’une alternance politique irait vers plus de sagesse et de respect?

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« … La HAS – Haute Autorité de Santé — a été sommée de bannir la psychanalyse de la liste des « bonnes pratiques » relatives à l’autisme. Des médias moutonniers ont fait écho de cette tentative de proscription publique d’une discipline que l’on pouvait croire reconnue et honorable. Bref, une atmosphère de « croisade » et de « chasse aux sorcières ».

L’Université populaire Jacques-Lacan a voulu étudier posément ce phénomène d’opinion, et le contrarier en faisant entendre d’autres voix. Son Institut de l’Enfant a réuni dimanche dernier, 4 mars, une « conférence de presse » à l’hôtel Lutétia. Cette réunion, qui a duré 3 heures, a été intégralement filmée par l’équipe de La Règle du jeu ; elle donnera lieu à une publication »  — Jacques-Alain Miller

La vidéo de la conférence de presse de ce dimanche 4 mars au Lutétia


AUTISME ET PSYCHANALYSE (partie1) par laregledujeu


AUTISME ET PSYCHANALYSE (partie2) par laregledujeu

le 21 février 2012 alors que NS est dans le coin….Ségolène Royal revisite les « promesses » non tenues du candidat.

Conférence de presse à La Rochelle le 21 février… par segolene-royal

Stop à la confusion, le déferlement de haine et d’ignorance, la manipulation et la transgression. Ce qui arrive là n’est pas tout à fait nouveau. Les tentatives de destruction et de dénigrement des pratiques psychanalytiques et leur savoir-faire clinique ont depuis longtemps  fait leur sombre propagande. Là, elles en remettent un coup, virulent. Profitant du désarroi légitime des parents et de leur implication très forte auprès de leurs enfants, bien légitime aussi, même si parfois un peu plus de distance permet des effets plus pacificateurs (comme pour toute difficulté les plus proches ne peuvent pas toujours être les mieux placés pour aider.. aïe je sens que là déjà j’en dis trop.. ), bref profitant de ce désarroi, surfant sur évaluation, discours scientiste, rentabilité, efficacité, mirages en tous genres, pour contrevenir au mal-être et dénier toute dimension psychique et singulière pour chacun de nous, humaniste a minima plutôt que mécaniste, voilà donc que ces associations outrepassent allègrement leur pouvoir et leur savoir, si mince! Mieux, voilà que l’Etat, et une Instance Publique, la Haute Autorité de Santé (HAS), projettent de se proclamer légitime pour décider quelle thérapeutique est à autoriser ou à interdire. Sortant là effrontément de leur rôle. Psychanalystes, délinquants peut-être? L’attaque est rude et sévère, exorbitante. C’est un plan très concerté, le même qui tente de faire sortir la psychanalyse des enseignements universitaires, le même qui veut fabriquer des psychothérapeutes au rabais.

../ »- L’enjeu, quel est-il ? C’est de savoir où iront les fonds publics. Extrêmement minoritaires, les techniciens du conditionnement comportementaliste voudraient bénéficier désormais d’un soutien exclusif de l’Etat. À cette fin, ils ont excité des parents d’autistes, et manipulé leur souffrance, sans nul doute authentique, pour la transformer en force de frappe anti-psychanalyse et anti-psychiatrie. Ces associations aux maigres  effectifs se sont coalisées, et se sont livrées à un lobbying prolongé. »/..  (note de synthèse  d’un Haut-Fonctionnaire à l’intention de sa hiérachie)

../ »Si la HAS suit les recommandations extrêmes inspirées par « Vaincre l’autisme » et ses experts, cela revient à créer ex-nihilo une bureaucratie médico-sociale pouvant prendre en charge 800.000 personnes et 8.000 enfants chaque année. Nous retrouvons là le type d’utopie inspirée au gouvernement britannique, par les mêmes secteurs scientistes, d’un vaste réseau de centres de psychothérapie comportementale brèves pour lutter contre la dépression et le chômage. Cette vaste usine à gaz a eu du mal à dépasser les Centres expérimentaux. Le changement de gouvernement a mis un terme à ce déploiement et l’on attend la publication des résultats »/..E. Laurent La fin du règne de la HAS.

Une association notamment se démène « Vaincre l’autisme », tel est son nom. « Vaincre l’autisme », quelle curieuse conception, illusoire, rabattue sur le médical, ou sur la guerre .. Vaincre le cancer, vaincre le sida,  la pauvreté  peut-être même,  mais là ne devrait-on pas d’abord et avant tout  mettre en avant  les autistes eux-mêmes, sujets qui pour être « affectés » d’une certaine pathologie de structure n’en sont pas moins sujets; « vaincre l’autisme », pour faire croire que cela peut disparaître?

Pour ma part, je ne reprendrai pas ici les questions autour de la génétique, ni non plus les insuffisances criantes de lieux d’accueil et de soins pour ces enfants, je  dirai ceci:

J’ai été auprès d’enfants et adolescents autistes en pédopsy pendant plusieurs années. Je n’ai pas hésité à y proposer ateliers peinture, journal, comptines, promenades, pour créer un espace de rencontre, et ne me suis pas contentée d’être dans un bureau à « pratiquer des cures ». Qui peut croire cela, qui peut honnêtement faire croire cela, que les psychanalystes qui s’occupent d’autistes pratiquent ainsi la psychanalyse ? Notre équipe était, comme beaucoup d’équipes, dans l’humilité de savoir la plus sérieuse qui soit, attentive à leur souffrance, leur « inadaptation » dit-on maintenant, mais aussi, quand cela était le cas, à leur demande, leur éveil, leur joie. J’ai reçu les parents, seuls ou en couples, en consultations suivies. J’ai donc su combien parfois l’angoisse parentale et l’histoire de la naissance n’étaient pas, bien sûr, sans lien avec l’état de l’enfant. Disant cela je n’accuse personne et bien sûr pas les mères. Ceci étant d’ailleurs plutôt un mythe qu’autre chose. J’ai vu des parents hostiles, avides de vouloir tout savoir de ce que leur enfant « faisait » dans la journée (ceux qui ne parlent pas); méfiants, habités par une certaine détestation de l’autre, sous couvert d’une posture sacrificielle et souffrante. Mécanisme de défense subjective qui ne leur est pas propre, même s’il peut là être exacerbé. J’ai aussi rencontré des parents qui, à mes côtés, essayaient une élaboration, un point de vue, une question, un pas vers l’acceptation de cet enfant issu d’eux, différent, énigmatique, et il faut bien le dire souvent très, très, perturbant. Le pacte thérapeutique alors scellé dans le non-savoir partagé permettait parfois un bougé, un mot, un éveil, un déplacement, par rapport à l’envahissement souffrant que vivent ces enfants. (Le non-savoir n’est pas l’ignorance, il est plutôt une position subjective singulière issue et déchiffrée au cours d’une analyse, nous mettant à l’épreuve de nos positions imaginaires, et de nos certitudes moïques, il n’est pas l’ignorance et ne peut faire l’impasse sur une solide élaboration théorique). 

On mélange des pathologies complexes; ces derniers temps, tout le monde était schizophrène, maintenant tout le monde est autiste; et demain? Absence de rigueur du diagnostic, absence d’humilité, absence de consentement au non-savoir, le matraquage idéologique qui met en avant les méthodes comportementales est hélas très productif. Quand on lit les commentaires sur les sites en ligne, on ne peut que constater majoritairement un aveuglement et une haine contre la psychanalyse, révélant là ce qui ne va pas dans le dire et dans le fantasme: un Autre méchant, trompeur,  dangereux, responsable de tous les maux, un Autre qui ne promet pas le bonheur, qui ne berce pas d’illusions, mais qui dit que nous sommes tous et chacun soumis à l’arbitraire de la castration. Qu’il existe de l’Autre, infranchissable, parfois « irréparable », un arbitraire, un impossible, et que nous devons faire à notre mesure.

Sans doute insoutenable face aux « promesses » comportementalistes. Les méthodes comportementalistes ne sont pas, loin de là, le sauveur suprême; celles-ci sont des méthodes éducatives; elles sont parfois adéquates, parfois trop violentes, pour un sujet en défaut spéculaire, sans accès symbolique (précisons qu’il y a plusieurs autismes et que c’est maintenant la nouvelle lubie d’en voir partout, ce qui était le cas avant de la schizophrénie).Elles sont en tout cas des techniques d’éducation, et comme toutes méthodes éducatives, elles comportent une part de dressage; parfois il est soft et adapté au cas par cas  et pas sans la parole, parfois il est mécanique et s’applique aveuglément de façon objectale. Il ne peut exclure la dimension thérapeutique, cure par la parole quand c’est possible, inventive, et toujours comptant l’autre comme sujet. Là où on invente, on bricole, on apprivoise, on suscite un peu de vie, un par un, à chaque fois.

Il faut bien comprendre que nous, psychanalystes, ne faisons pas sans l’inconscient, et ce que cela dit ou pas, et ce que cela agit qui nous échappe. Nous ne sommes pas au lieu de l’éducatif. (je laisse de côté la question génétique, qui, même si elle était fondée, ne ferait pas d’un petit sujet un être sans corps, sans vie, sans jouissance, sans désir, sans pulsion, un être humain quoi, et pas une machine ou un animal à dresser. La responsabilité psychique qui vaut pour chacun de nous du lieu de l’inconscient, n’est pas à confondre avec la culpabilité, la faute n’est pas la cause, psychique, logique,ce qui fonde et construit le petit sujet dans le désir parental et donc le désir maternel. Tout un chacun qui explore cela dans une analyse, je ne parle pas là d’autiste, sait bien comment nous sommes parlés par l’autre, constituant du désir, notre défense contre le réel.  Les autistes sont verbeux disait Lacan, même s’ils ne parlent pas ils sont pris dans le langage et d’autant plus s’ils ne parlent pas.
Il me faut aussi rappeler l’incidence d’une formation psychanalytique « personnelle » longue pour chacun de nous; des publications, des groupes de travail, de réflexion, d’un sérieux qui n’a d’égal que le désir qui y est investi… humblement, mais pas sans  assise théorique. Vous pouvez consulter sans retenue cet excellent travail: Recherches psychanalytiques sur l’autisme: L’autiste, son double, et ses objets. PUR 2009.
Et puis:
.. / »Les autistes qui écrivent ne sont pas des fous littéraires. Ils ne croient pas comme ces derniers avoir fait une grande découverte. Ce sont des sujets à prendre au sérieux. Ils s’expriment pour faire savoir qu’ils sont des êtres intelligents, pour être traités avec plus de considération, et pour appeler à un respect de leurs inventions élaborées pour contenir l’angoisse. Souhaitent-ils qu’on interdise légalement leur écoute pour les soumettre, le plus souvent sans leur consentement, à des méthodes d’apprentissage ? Faut-il prendre le parti de les écouter ou celui de les contraindre ? Choisir de les écouter expose à se confronter à des opinions dérangeantes. Une des autistes de haut niveau parmi les plus connues, Donna Williams, n’hésite pas, à l’égard du traitement de l’autisme, à s’engager fortement : « la meilleure approche », écrit-elle, ce serait « celle qui ne sacrifierait pas l’individualité et la liberté de l’enfant à l’idée que se font de la respectabilité et de leurs propres valeurs les parents, les professeurs comme leurs conseillers1 ». Une autre confirme : « … les personnes qui m’ont le plus aidée ont toujours été les plus créatives et les moins attachées aux conventions 2» La psychanalyse n’est pas une, elle est multiple, comme le sont les pratiques psychanalytiques ; elles ont pourtant toutes un point commun : elles sont fondées sur l’écoute de l’autre. Songer à interdire légalement l’écoute d’un groupe humain révèle une idéologie politique sous-jacente des plus inquiétantes. Certes, toute écoute n’est pas psychanalytique, mais comment le législateur fera-t-il la différence entre la pratique psychanalytique nocive de l’écoute et celle bénéfique autorisée? »/.. Ainsi J-Claude Maleval pose-t-il le problème dans une excellente étude appuyée sur les productions littéraires de ces personnes appelées « autistes de haut-niveau ». J-C Maleval « Ecoutez les autistes ». 
Et puis:
::/ »La campagne de presse préparée par des professionnels pour soutenir la thèse d’un ensemble d’associations de parents d’autistes raconte une histoire. Elle caricature la psychanalyse pour proposer les seules thérapies comportementales comme solution adaptée à l’autisme dans son ensemble, et sur toute l’étendue de son spectre./..Aux USA, les traitements comportementaux rencontrent des objections et des limites : éthiques, économiques et légales. L’objection éthique porte sur le nombre et l’intensité des punitions à exercer pour forcer l’isolement du sujet. Quel est le juste prix de la greffe d’un comportement répétitif sur un sujet très replié sur lui-même ? Certains pratiquants de la méthode ABA ont pu cristalliser des plaintes pour « comportements non éthiques » envers des enfants. Jusqu’où aussi peut-on transformer les parents en éducateurs intensifs de leurs enfants ? Certains l’ont fait jusqu’à l’épuisement, provoquant une sorte de burn-out parental. Au Canada, pays spécialement sensible à la protection des communautés, l’objection est allée jusqu’à considérer l’imposition de ces comportements comme une atteinte aux droits du sujet autistique comme tel. Il fallait partir de l’autisme pour concevoir des apprentissages appropriés et non imposer l’apprentissage répétitif simple. Entre les deux positions radicales, les USA et le Canada présentent toute une série d’approches mixtes qui souhaitent s’éloigner de techniques rigides, assimilables à un dressage, pour solliciter les particularités de l’enfant dans l’étendue du ‘‘spectre’’ des autismes. Aux USA, les techniques ABA sont plutôt considérées comme le passé. »/..Pour en savoir davantage sur les méthodes comportementales E. Laurent « Storytelling et jugement ».

De façon plus large  mais étroitement liée :  « La folie n’est concevable qu’irréductiblement liée à la condition humaine. » (collectif des 39 contre la nuit sécuritaire) + Guy Baillon  Le pouvoir, la psychanalyse, la psychiatrie, et le désir « d’interdire » + E. Laurent   »Critique de la HAS : une politique anti-ABA pour l’autisme ». Lire aussi ce convaincant témoignage  d’une mère d’enfants autistes : J. Berger  Sortir de l’autisme  Buchet-Chastel 2007 et B. Jordan biologiste moléculaire, Autisme, le gène introuvable, de la science au business Seuil 2012.

Alors prenons garde, aujourd’hui l’autisme et demain tout le reste.. Lire la suite…

Chloé Delaume, une « femme » qui cherche, crée, parle, invente, prend des risques; cela qui est si rare de nos jours, loin de la bouillie romancière et fictionnelle qui envahit le marché. Merci.

Merci Mediapart pour ce moment précieux. (extraits) (plus ici).


Chloé Delaume: une geste politique par Mediapart

Chloé Delaume: vous en êtes où avec votre Je? par Mediapart

Chloé Delaume, Une femme avec personne dedans, Seuil, « Fiction & Cie », 180 p., 15 euros Lire la suite…


Ségolène Royal, un parcours d’Exception 2007-2011 par lesblogueursassocies

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Une pionnière indéfectible